Vie de parent

Crise sanitaire : « Pensez aussi aux jeunes ! »

L’hôpital des enfants Reine Fabiola et l’ULB mènent une enquête sur l’état émotionnel des parents et de leurs enfants âgés de 8-17 ans. Objectif, mettre éventuellement en place des dispositifs pour prévenir les conséquences psycho-sociales chez les enfants et les ados.

Crise sanitaire : « Pensez aussi aux jeunes ! »

« Pensez aussi aux jeunes ! ». Lorsqu’on lui demande quel est le message qu’elle veut faire passer aux politiques, Véronique Delvenne, cheffe du service pédopsychiatrie de l’hôpital universitaire des enfants, a la réponse qui fuse, comme un cri du coeur. « Personne ne se préoccupe des enfants et des ados. C’est l’avenir quand même ! ».

C’est que, sur le terrain, Veronique Delvenne et ses équipes sont plutôt inquiètes. Elles constatent une augmentation du nombre de situation d’urgence en pédopsychiatrie. « Elles ont presque doublé, avance la professeure de l’ULB. Mais il faut toujours se méfier de son ressenti, de son expérience terrain. Il faut pouvoir objectiver les choses. C’est la raison de cette enquête. On veut savoir ce qui se passe dans la population globale ».

« Pour nous, il y a quelque chose de pas très favorable qui se développe… »

Pourquoi cette crainte ? Parce que les services sont sollicités comme jamais. « On a même dû mutualiser des gardes entre hôpitaux avec Erasme, ce qu’on n’a jamais fait ». À l’Huderf, on voit arriver des jeunes qui ont tenté de se suicider, qui sont victimes de trouble comportementaux ou de maltraitance.

« On voit clairement des augmentations à nos consultations, mais ça ne concerne qu’une petite frange de la population. On voudrait donc explorer la partie non visible de l’iceberg. Et voir si ce qu’on ressent se confirme. Pour nous, il y a quelque chose de pas très favorable qui se développe… »

Pour ce travail de validation, une enquête sur internet a donc été lancée. Les parents ET les enfants sont invités à répondre à un questionnaire. Le but est de voir dans quelle mesure il ne faut pas développer « des stratégies d’intervention pour prévenir les conséquences psycho-sociales chez les jeunes de cette crise sans précédent ». Mais au fil de la conversation, Véronique Delvenne ne le cache pas, il s’agit aussi de sensibiliser le monde politique.

« Je suis très choquée lorsque j’entends qu’on accuse les jeunes de quasiment tuer leurs grands-parents ! »

« Le gouvernement avait parlé de débloquer plusieurs millions pour la santé mentale. Mais ce qu’on a entendu du cabinet Vandenbroucke, c’est que ça concerne plus la psychiatrie des adultes que celles des enfants et des ados ». Or, pour la cheffe de service pédo-psy de l’Huderf, c’est tout aussi important de s’intéresser à la santé mentale des enfants et surtout de prévenir en mettant en place des mesures adaptées. « C’est vital, ils sont dans une période de leur développement très particulière qui mérite, nécessite une grande attention ».

Soumis au stress, les enfants peuvent vite voir leur résistance psychologique diminuer. D’autant que ce stress à tendance à se propager un peu partout, même dans le cercle familial qui devrait plutôt jouer le rôle de cocon rassurant. « Pensez aux jeunes ! » C’est donc le cri de Véronique Delvenne : « Je suis très choquée lorsque j’entends qu’on accuse les jeunes de faire n’importe quoi, de participer à la propagation du virus, de quasiment tuer leurs grands-parents par leur insouciance alors que je les trouve assez disciplinés et pas très révolutionnaires. »

Pour aider l’Huderf à mieux cerner l’état émotionnel des jeunes, les parents d’enfants de 8 à 17 ans peuvent donc participer à l’enquête qui leur prendra de 15 à 30 minutes. On y accède à l’adresse suivante, les données recueillies sont évidemment confidentielles et l’anonymat est garanti.

T. D.