Vie de parent

D’abord la santé !

Bien sûr, vous souhaitez le meilleur pour votre descendance. Un bon équilibre, la vie la plus saine possible. Il n’y a rien de plus important que de voir pousser et mûrir le fruit de ses entrailles. Le mouvement est magique. C’est aussi un défi, le plus grand, le plus beau. Le premier qui nous vient en tête avant même son apparition, et peut-être même l’ultime, jusqu’au dernier souffle avant d’aller serrer la main aux anges : que nos enfants demeurent en bonne santé. Nous avons rencontré des parents qui en témoignent. Et un psychologue, Jan De Mol, qui nous propose quelques clés pour mieux comprendre cette facette de la parentalité.

D’abord la santé !

UN ENVIRONNEMENT SAIN

Cécile, deux filles de 2 et 6 ans : « J’établis un cadre salubre »

Cette maman met tout en ordre pour la bonne santé de ses enfants. « Pas de boissons sucrées, le maximum de produits bio. J'évite les plats préparés le plus possible. Incontestablement, c'est très difficile, surtout que l'on travaille tous les deux, mon compagnon et moi. Comme nous habitons en ville, je fais en sorte que mes filles respirent le bon air de la campagne le plus possible. Nous avons pour objectif de vivre au bord de la mer, principalement pour les filles, afin qu'elles évoluent dans un cadre sain et dans une ambiance un peu plus sereine que celle du bruit des klaxons et des odeurs de pots d'échappement. »

Martine, deux filles de 21 et 22 ans : « Je suis stricte sur l’alimentation »

Cette « monop’ », comme elle se définit, a placé l’alimentation au cœur de son activité professionnelle. Le « bien manger » est son axe principal d’éducation. Pour ses enfants, comme pour le reste de son entourage. « J’ai été très sévère avec mes filles pendant toute leur adolescence. J’ai voulu incarner un modèle de droiture. Être un cap contre vents et marées. Elles m’en ont voulu. Elles rêvaient de fast-food et de sodas à la maison, comme toutes les gamines de leur âge. Elles m’ont traitée de ringarde, m’ont dit que j’étais à l’ouest et dépassée. J’ai tenu bon. Je leur ai expliqué que le corps n’est pas une poubelle et que l’on est responsable de son capital santé. Aujourd’hui enfin, maintenant que mon discours semble moins radical, puisqu’elles grandissent, je passe moins pour une extrémiste. Elles m’ont remerciée pour cela et c’est une grande réussite dont je parle à tout le monde autour de moi. Le changement commence chez soi. »

► L'avis de l'expert

La parentalité ne va pas sans certaines représentations sociales : des idées, des évidences. Dans notre société où la santé est tellement importante, on ne peut pas bafouer cette nécessité de base. Un parent qui s’occupe mal de l’alimentation de son rejeton est considéré comme un mauvais parent. J’en ai rencontré certains qui me disent par exemple : « Nous, on donne toujours des vitamines ». Or, des études démontrent aujourd’hui qu’il faut les donner avec parcimonie. Dans ce contexte, difficile de suivre. On veut donner le meilleur pour le développement de son petit. Tout tourne autour de la question : qu'est-ce qu'une bonne éducation ? Toutes les idées sont constructives et alléchantes, mais souvent fausses. « Tu es ce que tu manges », « Le sucre rend nerveux », « Le pain rend paresseux »… Les concepts sont épatants certes, mais dénués de preuves… À vous de voir ce qui est le mieux pour votre enfant. Au final, il n’y a que vous qui le sachiez.

 LE SPORT, QUE DU BON !

Sophie, trois enfants de 3 à 12 ans : « Je crois en la paix par le sport »

Heureuse surprise : dans tous les témoignages, l’activité sportive revient systématiquement. Psychomotricité pour les plus petits, sport loisir, puis compétition plus tard. Le capital-santé s’entretient par le fait de bouger pour les parents d’aujourd’hui. Comme nous l’apprend Sophie, maman célibataire, dont les petits sont tous astreints au jogging et à la paire de baskets qui va avec, dès le plus jeune âge. « Chez nous, le sport, c’est sacré. Mon ex était d’ailleurs professeur d’éducation physique et sportive. En plus, je m’arrange pour que toutes les activités tombent en même temps le samedi matin et même l’après-midi pour les plus grands, comme ça, je peux respirer un peu ! »

Thierry, deux garçons de 18 et 22 ans : « Une super balise »

Pour ce papa entraîneur du dimanche, le sport est une manière de souder les liens. « Je suis passionné de hockey sur glace et j'ai transmis cela à mes deux grands garnements. L'aîné a fait pas mal de conneries durant son adolescence. Mauvaises fréquentations, ennuis avec la justice, condamnation... Quand il s'en est sorti, il m'a avoué que la chose à laquelle il se raccrochait, c'était le sport et la rigueur que cela lui apportait à l’époque. C'était sa seule bouée. Aujourd'hui, les deux ont quitté la maison, mais on se voit tous les week-ends pendant les matchs, avec le club. C'est notre famille, notre gang, et ça nous rend plus forts, plus mordants. Et, parfois, un peu plus rustres aussi, c'est vrai ! »

► L'avis de l'expert

Je trouve qu’il y a un drôle de paradoxe avec les activités sportives. Les parents en parlent comme un facteur de bien-être et ils ont raison. Pourtant, ils passent des heures dans leur voiture pour notamment conduire leurs enfants, courent à droite à gauche et sont sous stress. Et leur santé à eux ? Et l’exemple qu’ils donnent à suivre ? Autre chose : bouger, faire du sport, très bien. Mais gare à la compétition. Cela revient souvent dans les témoignages d’ados dépressifs. Ils disent qu'échouer est impossible. Ils se demandent si on peut encore s'amuser innocemment. Les plus jeunes devraient dire à leurs parents : « Tais-toi, on s'amuse, on ne veut pas être les meilleurs ». Je n’accuse personne. Les adultes eux-mêmes se demandent ce qu'ils peuvent faire et comment sortir de ces représentations sociales. Je pense que le mieux est d’en parler, avec les petits, entre parents ou même avec l'entraîneur. N’hésitez pas à mettre cette complexité sur la table. D’où vient ce besoin de compétition ? Y réfléchir apporte beaucoup. Nous sommes emprisonnés par tout un tas d'idées. Chercher à les résoudre, se demander comment les dépasser, c'est un peu chercher comment vivre.

UN ENFANT COMME LES AUTRES

Jacques et Hélène, trois enfants, dont Nicolas, 20 ans, atteint de trisomie 21 : « Lui donner une autonomie »

Pour certains parents, la question du bon équilibre et du capital-santé ne se pose même pas. L'éducation est un combat pour arriver à une chose, une seule : l’inclusion. Jacques et Hélène se sont battus toute leur vie pour que leur fils puisse avoir les mêmes aspirations que ses autres copains. « La maladie de notre enfant a été un choc. Nous avions passé tous les examens nécessaires et il n'a jamais été question de trisomie. Nous l'avons pris comme un signe, comme le début d'un engagement. Nous avons même monté une association. Nous nous sommes armés pour que d'autres parents comme nous donnent toutes les chances possibles à leur enfant, comme n'importe quel adulte le ferait pour n'importe lequel de ses gamins. Et nous avons la chance d'avoir aujourd’hui un petit qui a son propre appartement, un job, une petite amie et un avenir. C'est notre plus grande joie. »

Delphine, deux enfants, dont un atteint d’un trouble du comportement :« Mon combat ? Son bonheur »

Monoparentale, comme elle aime à le préciser, elle se bat seule pour la bonne santé de son fils et semble résignée à tout faire pour. « Évidemment, la première chose que je souhaite pour mon petit, c’est son bon équilibre. Le reste n’a pas ou peu d’importance. Lorsque l’on me demande ce que je souhaite qu’il devienne plus tard, je réponds que je veux en faire un homme intégré. Je ne veux plus lire l’effroi dans le regard des parents ou l’incompréhension dans les actes des autres enfants. Je veux un petit tout ce qu’il y a de plus heureux, qui ne souffre en aucun cas d’être différent des autres. Plus qu’un souhait, plus qu’un objectif, c’est un combat de tous les jours qui rend la vie vraiment belle. »

► L'avis de l'expert

Le parent est responsable du futur et du bien-être de ses enfants. Dès qu’il y a une anomalie, une situation inédite, il se sent coupable. Il pense pouvoir agir sur le développement des plus petits, les conduire à, les faire évoluer. Avoir une bonne santé, être équilibré, c'est une condition de base pour être heureux, pour fonctionner dans notre société. Évidemment, si tout cela se déroule comme prévu, pas de problème. Dans le cas inverse, s'il est malade, c'est toute la capacité du parent qui se retrouve chamboulée. Delphine, dans son témoignage, se définit comme mère monoparentale. Premier souci : on se base toujours sur la famille nucléaire. Comprenez la famille atome : papa-maman-enfant. Tout est construit et organisé autour de cette idée. Quand on est seul, on se sent encore plus responsable. La tension est plus forte. Beaucoup d'études sont menées autour de cette pression. Un conseil aux parents : qu’ils se débarrassent de l'idée qu’ils sont seuls à influencer leur enfant. Il y a aussi la société, les copains, l’enseignement, etc. Chaque enfant a ses propres données et avec celles-ci, on ne fait pas ce que l'on veut. Mais les parents ont des idées, vivent des expériences qu’ils peuvent partager. Et ça, c’est déjà merveilleux.

Yves-Marie Vilain-Lepage

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