Dad, ce papa poule des années 2010

En bientôt six albums, la série Dad est devenue un incontournable des éditions Dupuis. Comme dans le Ligueur, tous les parents s’y retrouvent. Mais pas seulement. C’est d’ailleurs la satisfaction de Nob : avoir créé un univers qui parle à tous !

Dad, ce papa poule des années 2010 - © Chloé Vollmer Lo

Que ce serait-il passé si, en 2013, le rédacteur en chef de Spirou, Frédéric Niffle, n’avait pas insisté pour que Nob soit plus présent dans le journal de Spirou ? Dad ne serait peut-être pas né. C’est en effet lui qui, il y a six ans, a servi d’aiguillon à l’imagination du dessinateur.

« J’avais envie de parler de paternité. Il trouvait le thème intéressant, m’a demandé de développer le projet. J’avais deux enfants, mais je n’avais pas envie de dessiner ma vraie vie. Je suis donc parti sur ce père qui élève ses quatre filles de mères et d’âges différents. »

C’est qu’entre Bébérénice (la plus petite) et Panda (la plus grande), il y a plusieurs années de différence. Quand l’une apprend à marcher, l’autre est déjà aux études. « Ce stratagème m’a permis de ramener sur le même plan les différents âges de l’enfance auxquels on est confronté quand on est parent. Les quatre mamans différentes, ça permettait aussi d’avoir des caractères très variés et d’imaginer un passif assez compliqué pour le père ». C’est sur ce canevas que tout s’est construit, naturellement.

Crédible ?

Nob a donc deux enfants, Constance et Jules. Ils ont aujourd’hui 13 et 16 ans. Nob l’avoue, même s’il voulait ne pas parler de sa « vraie vie », il s’est quand même inspiré d’eux. « Surtout au début, précise le dessinateur. C’était flagrant. Mais au fur et à mesure, les personnages ont gagné en épaisseur, ont développé leur propre caractère. Là, ils existent par eux-mêmes ».

Finalement, Nob voit grandir ses personnages comme on voit grandir ses enfants. « Je me rends compte que les filles, par exemple, se développent par phase. Bébérénice était fort présente dans le tome 5 avec ses premiers pas. Cette fois-ci, c’est Panda qui se retrouve au centre de l’attention. Elle était plus centrée sur ses études, moins active dans les gags. Les choses changent ».

« Au début, j’avais l’impression que la série n’était pas crédible ». Cette crainte de Nob sera vite battue en brèche par les rencontres avec les lecteurs, lors des séances de dédicaces par exemple. « J’ai commencé à avoir des contacts avec des papas lecteurs (ou des mères d’ailleurs) qui étaient dans la même situation que Dad. Ils (et elles) me disaient que la bonne humeur de la série permettait de dédramatiser certaines situations qui ne sont pas toujours simples à gérer au quotidien. »

Question de point de vue

Même si c’est drôle, même si c’est décalé, Nob fait vibrer de temps en temps une corde sensible. « Parfois, je reçois des messages pour me dire que j’ai abordé une thématique lourde sur un ton qui a touché. Je me rends compte que ça crée des discussions, des relations ».

Le dessinateur se souvient ainsi d’un lecteur soulignant l’intérêt d’une page où Roxanne (une des filles) explique qu’elle écrit ses mémoires pour évacuer « son enfance difficile ». « Dad réplique qu’elle n’a pas eu une enfance difficile et qu’il s’occupe bien d’elle. Mon lecteur m’a expliqué que cela mettait bien en avant les différences de ressentis qu’il peut y avoir entre parents et enfants ».

La différence de point de vue. C’est ce qui fait aussi la richesse de Dad aussi bien lu par les parents que les enfants. « En dédicaces, les parents me disent que les filles exagèrent un peu avec Dad et qu’elles tirent sur la corde. Les enfants estiment que Dad est quand même parfois de mauvaise foi et que les filles sont dans leur droit ».

Les lectures sont diverses et, pour Nob, c’est tant mieux ! « Ce qui est intéressant dans ce genre d’histoires où on évoque des sentiments sans vraiment rentrer dans les détails, c’est qu’on laisse au lecteur le soin de s’approprier ce qu’il lit. Les gags, certains vont les lire au premier degré, tandis que d’autres vont vivre des choses fortes, voire tristes, parce que cela fait appel à leurs souvenirs ».

Papa poule

On l’a compris, chez Nob, on est loin du schéma de la famille traditionnelle à la Boule et Bill. « Quand j’étais gamin, je trouvais ce modèle plutôt faux. J’avais autour de moi d’autres enfants dont les situations familiales étaient très compliquées. Il y avait la façade et une réalité plus complexe. Des familles comme celle de Dad, il y en avait dans les années 1960 ou 70, mais elles étaient moins visibles. Aujourd’hui, les familles dans ce cas sont moins pointées du doigt, ça fait moins jaser ».

Et Nob d’évoquer la série Papa Poule qui était diffusée tout au début des années 1980 sur Antenne 2. L’histoire d’un père qui élève ses quatre filles. « La base est différente de Dad, mais il y avait déjà ça ».

Une chose à ajouter ? « Oui, que la thématique de Dad n’est pas celle d’un père célibataire, pour moi, c’est l’éducation parentale. C’est pour ça que j’ai beaucoup de lectrices qui lisent la série. Dad est un peu unisexe, il est à la fois masculin et féminin. Il représente les deux parents. En y réfléchissant, c’est peut-être ça qui fait l’actualité, la modernité de Dad. Son côté féminin aurait été traité différemment, il y a quinze ou vingt ans, du moins je le pense ».

Thierry Dupièreux