6/8 ans

Dans la peau d’un enfant
à besoins spécifiques

En tant que parent d’un enfant « dys » (dyslexique, dyscalculique, dyspraxique…), de nombreuses questions surgissent tout au long du parcours sinueux de son enfant. Questions qui ne trouvent pas toujours de réponses, puisque d’un enfant à l’autre, les différences sont nombreuses. Rencontre avec Perrine Bigot, une orthopédagogue spécialisée dans le suivi d’enfants « dys ».

 

Dans la peau d’un enfant à besoins spécifiques

Votre atelier se nomme « Dans la peau d’un enfant à besoins spécifiques ». Est-il possible de se mettre à la place d’un enfant présentant des troubles que nous n’avons pas ?
P. B.
 : « En tant qu'orthopédagogue, un de mes objectifs est d'apporter des outils aux parents et aux enseignants. Mais avant même de proposer des outils, il me semble indispensable de leur faire comprendre comment ces enfants fonctionnent. Et je suis profondément convaincue que, pour les comprendre, il faut se mettre dans leur peau. Ressentir le vécu émotionnel que ces enfants vivent au quotidien est une expérience qui vaut plus que tous les livres et les conférences théoriques réunis ! »

Quel est le rôle de l’orthopédagogue dans l’aide à l’enfant et aux parents ?
P. B. : « Avant même de parler de suivi thérapeutique (en logopédie, en neuropsychologie...), il faut avoir élaboré un bilan. En fonction du résultat de ce bilan, la présence d'un trouble peut donc être diagnostiquée et un suivi thérapeutique s'avère donc nécessaire. Mais, parfois, les parents ne savent pas vers qui se tourner en premier. L'orthopédagogue peut aider à cibler les difficultés de l'enfant pour pouvoir le rediriger vers les professionnels compétents. Il peut aussi accompagner l'enfant dans un suivi personnel basé sur la revalorisation de l'estime de soi, souvent abîmée, et sur la motivation pour retrouver l'envie et le plaisir d'apprendre. La Belgique manque cruellement d’orthopédagogues ! »

Le diagnostic posé, comment le comprendre et l'accepter ?
P. B.
 : « Accepter le diagnostic de son enfant est souvent une étape difficile pour un parent. Comprendre que le diagnostic est l'ouverture de la porte vers une solution, des solutions permet ensuite d'envisager les pistes et les chemins à prendre pour redonner à l'enfant l'accès à son plein potentiel et à retrouver sa joie de vivre. Chacun d'entre nous a une place, il faut juste la trouver, et parfois même la créer. »

Que faire concrètement pour que ces enfants retrouvent le goût d’apprendre ?
P. B. : « Le seul chemin pour que ces enfants retrouvent le goût d'apprendre est la co-construction d'un monde où l'école n'est plus calquée sur un modèle fixe et figé, mais où l'école offre la possibilité à chacun de se comprendre, de se connaître, de s'accepter et de se respecter les uns les autres. Ce changement se fait par la prise de conscience de tous : parents, professeurs, directeurs, mais aussi et surtout par les pouvoirs politiques et les institutions. Améliorer la qualité des formations initiales, enrichir et diversifier les formations continuées pour les enseignants, initier un travail de collaboration entre les écoles et les professionnels extérieurs... La nature a créé des différences, l'homme en a fait des inégalités" : à nous de créer enfin un monde où nos DYSférences seront nos richesses ! »

Comment communiquer le plus efficacement avec l'équipe éducative ?
P. B. : « Dès le début de l'année, il faut que la communication entre toutes les personnes qui accompagnent l'enfant se mette en place : l'école, la famille et les thérapeutes extérieurs. Certaines écoles demandent systématiquement à voir le dossier médical de l’enfant. Car, bien souvent, l'origine des problèmes vient d'un manque de compréhension des uns et des autres et d'un manque de transfert entre les apprentissages faits en séances extérieures et à l'école. L'enfant n'arrive pas à mettre en place en classe ce qu'il développe lors des séances individuelles et les enseignants ne savent pas comment mettre en place des aménagements concrets pour l'enfant. Les situations sont souvent complexes et demandent une communication bienveillante, basée sur le respect de l'enfant dont le seul objectif devrait être son épanouissement, à l'école comme à la maison. »

Les enseignants sont-ils assez formés à cette problématique ?
P. B. : « Que ce soit en maternelle, en primaire ou en secondaire, les enseignants manquent souvent de formation sur les troubles de l'apprentissage et sont à la recherche d'outils et de pistes concrètes à mettre en place en classe. Et pourtant, c’est bien à l’école que les équipes éducatives sont les mieux placées pour repérer les troubles de l’apprentissage et leurs conséquences, puisque c’est à l’école que les difficultés apparaissent. La vigilance des enseignants est donc essentielle. Mais ce sont les spécialistes (neuropédiatres, logopèdes, psychologues et orthopédagogues) qui poseront le diagnostic. Tout cela en collaboration étroite avec les parents et le centre PMS. »

Comment aborder la vie quotidienne à la maison : les devoirs, la gestion des crises ?
P. B. : « Une des priorités, je pense, est que chacun reste à sa place : les parents ne doivent pas se transformer en professeurs particuliers en reprenant pendant des heures la matière scolaire. Et c'est malheureusement ce qui se passe souvent. La famille doit rester un lieu d'échanges et de partage où l'apprentissage se fait dans le plaisir et les expériences de vie. »

K. M.

En savoir +

  • Fondation Dyslexie : une mine d’infos sur la dyslexie, des témoignages, des trucs et astuces, des adresses, à qui s’adresser… La fondation a ouvert sa première Maison de la Dyslexie à Uccle (Chaussée de La Hulpe, 1). Elle a pour principale fonction d’accueillir et de traiter les demandes des familles, des enfants, des thérapeutes et des enseignants. Permanence téléphonique de 9h30 à 14h30 au 02/375 70 72.
  • APEDA: Association Pour Enfant en Difficulté d’Apprentissage.
  • UFAPEC: dossier complet et boîte à outils pour parents d’enfants DYS.
  • Asbl Cœur à Corps: soutien et accompagnement des familles avec enfants en difficultés d’apprentissages. Groupes de parole, conférences, soupers-rencontres…

À lire

  • Quels sont les signes avant-coureurs de la dyslexie ?
  • Quelques livres pour mieux comprendre : Comprendre les DYSférences de Marie-Jeanne Petiniot, Éditions Érasme (À la rescousse) ; La Dyslexie : 100 questions/réponses de Jeanne-Marie Kochel, éditions Ellipses ; Adieu la dyslexie ! de Béatrice Sauvageot, Robert Laffont.
  • Des livres pour les enfants DYS : J’ai attrapé la dyslexie de Zazie Sazonoff, Actes Sud Junior (dès 3 ans) ; L’enfant qui n’aimait pas les livres de Martin Winckler, Éditions de La Martinière Jeunesse (dès 7 ans) ; Le tiroir coincé du Dr Anne-Marie Montarnal, Tom Pousse (dès 3 ans) ; Les mots du ventre. La dyslexie de Brigitte Marleau, Boomerang (dès 3 ans).

Ils en parlent...

Un rituel, un drame

« Quand Juliette était en 3e maternelle, son institutrice avait instauré un petit rituel pour les enfants. Quand ils rentraient en classe, le matin, chacun devait repérer un petit carton avec son nom écrit dessus. Juliette détestait ça, car elle ne le reconnaissait jamais. Alors, chaque matin, c’était le drame pour qu’elle aille à l’école ! »
Olivia, maman de Juliette

Trois fois plus de temps… trois fois moins de temps

« La dyslexie, tu la traînes avec toi toute ta vie. À l’école, je mets trois fois plus de temps que les autres pour comprendre les questions pendant les interrogations. Résultat, j’ai rarement le temps de finir mes exercices dans les temps. Et donc, mes points sont pas toujours terribles. Ça m’énerve parce que je travaille beaucoup le soir à la maison et j’ai pas le temps d’être sur Facebook avec les autres ! Du coup, je suis jamais au courant de ce qui se passe avec mes copains. »
Tom, 12 ans

Agenda de ministre et famille touchée

« Mon fils a un agenda de ministre ! Entre l’école, la psychologue, l’orthophoniste, la logopède, les devoirs et autres, il n’a plus le temps de pratiquer de sport, plus le temps de faire de la musique, plus le temps pour rien d’autre que la dyslexie. Et moi, j’ai du changer de boulot afin de calquer mon horaire sur le sien et pouvoir l’accompagner partout. Quant à nos soirées, elles sont exclusivement réservées aux devoirs et aux leçons. Et ne parlons pas des week-ends ! Un enfant dyslexique, c’est toute la famille qui trinque. »
Murielle, maman de John, 10 ans

 

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