Dans les coulisses du biberon

Une tétine de biberon qui tente de se faire passer pour un mamelon, un biberon connecté qui collecte la quantité de chaque bib’ avalé par le petit dernier, un tire-lait qui ne fait presque plus de bruit… On les a vus ! Et directement dans le laboratoire de la marque Avent, ouvert pour la première fois aux journalistes.

Dans les coulisses du biberon - © Philips Avent

High Tech Campus Eindhoven. À deux heures de voiture de Bruxelles, un zoning technologique semble planté au milieu de nulle part. Les bâtiments sont en verre, entourés d’un plan d’eau aux allures zen et de terrasses qui feraient rêver si le vent n’était pas si glacial.
Et puis, il y a des vélos, beaucoup de vélos, parqués en grappes, comme pour se tenir chaud sous ce ciel couvert et menaçant. Normal, nous sommes aux Pays-Bas, devant les bureaux et laboratoires de Philips. Objectif du jour : voir les coulisses de la marque Avent.
Une trentaine de journalistes sont attendus. Une seule Belge, moi. Le bloc-notes sous le bras, smartphone planqué car les photos sont interdites et badge autour du cou, je suis prête à entrer dans le temple du biberon.
L’intérieur est spacieux, épuré, propre. Il y a beaucoup de verre, de lumière - malgré le temps maussade - et des petits locaux au sol vert qui donnent aux bureaux un air campagnard assez agréable.

Et les labos ?

Ça y est, les portes s’ouvrent. Et on voit… des tables claires, des ordinateurs et des expériences en cours. Pas de laborantin en blouse blanche et lunettes à grosse monture. Ici, ce sont des machines qui travaillent. Un ingénieur apparaît devant la porte pour nous guider et nous expliquer brièvement dans un anglais impeccable les tests dévoilés.
Sur un premier écran, on voit une tétine de biberon modélisée en 3D, d’une couleur verdâtre plus qu’étrange, qui semble être en mousse. Pas très appétissant. Plus loin, un cube en verre attire notre attention. Il s’y passe une horrible scène de torture. Un écarteleur des temps modernes étire la partie caoutchouteuse d’une tétine fièrement dressée. Pincée par ce robot d’acier, elle s’allonge de 1, 2, 3, 4, presque 5 centimètres. Craquera, craquera pas ? La pression se relâche, le bras lui rend sa position initiale avant de lui imposer un nouveau stretching musclé. Sur la vitrine, un papier annonce la durée du test en cours : 48 heures sans interruption. Le temps nécessaire pour s’assurer qu’un petit mordeur ne parviendra pas à déchiqueter la tétine en quelques coups de quenottes.
Plus loin, un immense lave-vaisselle est rempli de biberons. Sa particularité ? « Ici, on lave 200 fois les biberons avec des produits de vaisselle différents. On teste ainsi la résistance, la transparence, la matière et les éventuels changements que ces lavages successifs font subir aux biberons », explique notre guide.

Biberons high tech

À côté de cet énorme lave-vaisselle, une drôle d’expo sous vitrine. Des biberons remplis de liquides aux couleurs variées - pour ne pas dire douteuses - semblent attendre quelque chose. Soupe à la tomate, jus d’orange ou autre grenadine y stagnent afin d’observer les réactions du biberon. « Il y a la théorie, ce qu’on recommande de faire. Et puis, il y a ce qui se passe dans la vraie vie. On doit aussi se préparer à ça et étudier toutes les possibilités », explique l’ingénieur.
Juste en face, le test du secouage des biberons par bras en acier intrigue et fait presque rêver les mamans aux bras fatigués. « Au total, les biberons Avent passent plus de vingt tests avant d’être commercialisés », nous rapporte fièrement notre guide.
Et justement, quoi de neuf du côté des biberons ? Deux choses. En matière de tétines tout d’abord, la composition de la tétine « natural » a été modifiée pour gagner en souplesse. « Notre but est qu’un bébé puisse passer du sein au biberon sans broncher, ni voir la différence », déclare un des concepteurs en titillant cette nouvelle tétine du bout des doigts. On l’a examinée de près. Elle n’est pas aussi douce ni souple qu’un mamelon, bien sûr, mais en comparaison avec une tétine classique, la différence est flagrante.

« 76 % des parents utilisent leur GSM pour chercher un conseil »

L’autre nouveauté prometteuse, c’est la valve AirFree : un ajout vert à glisser à l’intérieur du biberon. Il évite la formation de bulles d’air dans la tétine quand elle se remplit de lait. Moins d’air pour moins de rots et peut-être même moins de coliques. Pour 4 euros, c’est une nouveauté qui mérite d’être testée.
« On a sondé les futures mamans et plus de 90 % d’entre elles veulent allaiter leur bébé », déclare Victoria Davies, directrice des produits de puériculture chez Philips. « Notre priorité, c’est l’allaitement », ajoute-t-elle en oubliant de préciser : avec tire-lait et biberon. Parce que si cette marque semble à l’écoute des parents et des professionnels de la petite enfance, c’est bien sûr pour ensuite leur proposer les produits les plus adéquats.
Du coup, le tire-lait Avent a également été amélioré pour pallier son principal défaut : son bruit de succion et de petit moteur qui empêchait les mamans de passer pour des ninjas de l’allaitement. Visuellement, le nouveau modèle est le même que son ancêtre. Blanc, mauve et transparent avec ses petits coussinets en silicone, son conduit incliné pour éviter que la maman ne doive se pencher lors de la récolte de lait.
La nouveauté, c’est le tout petit bruit de succion qui ne s’entend presque plus. Ce nouveau tire-lait sera commercialisé en Belgique dans le courant du mois d’avril. Au même prix et avec la même gueule que l’ancien, il faudra bien vérifier l’emballage pour ne pas acheter l’ancien modèle, plus bruyant, que les magasins tenteront certainement d’écouler en premier. Le nouveau packaging vante un tire-lait silencieux, l’ancien insistait sur le confort de la maman, bon à savoir !

Même le GSM s'en mêle

« On veut apporter des solutions aux parents, leur donner la bonne info au bon moment et être à leurs côtés pendant les mille premiers jours de la vie d’un bébé. On veut mettre la technologie en support pour renforcer les parents », déclare Pearl Vyas, conseillère médicale chez Philips Avent.
Et pour être au plus près des familles, quoi de mieux que de s’incruster directement dans les smartphones ? « 76 % des parents utilisent leur GSM pour chercher un conseil », précise Victoria Davies. La marque a donc créé l’application uGrow qui collecte les données du thermomètre, de la caméra et dans laquelle on peut encoder le temps de sommeil du bébé jour par jour, son poids, sa taille pour avoir une vue d’ensemble de son évolution. Mais ce n’est pas tout.
Vous vous demandez si votre bébé a bu assez ? Avent a une solution et propose un traqueur de biberon sous forme de manchon blanc. Concrètement, on y glisse un biberon plein de lait, le traqueur enregistre le temps du nourrissage et la quantité de liquide absorbée et envoie toutes ces données sur l’appli développée par Philips. « C’est génial pour toutes ces mamans angoissées qui se demandent sans cesse si leur bébé a bu assez. Elles pourront désormais comparer sur leur smartphone l’appétit de leur enfant au fil des jours ». Hum… « Cette application aide les parents qui ne sentent pas forcément leur instinct de parent, si instinct il y a », déclare Erin Leichman, venue tout droit de Philadelphie pour parler du sommeil des bébés.
Une blogueuse allemande prend la parole : « Bonjour, je suis là en tant que journaliste mais, avant tout, je suis sage-femme. Je m’étonne d’entendre vos recommandations. Parce que tout ce que vous venez de dire va à l’encontre de tout ce que j’ai toujours dit aux mamans qui viennent me voir et à celles qui me lisent. Moi, je leur dis : faites-vous confiance, observez votre bébé, apprenez à vous connaître. Vous ne devez pas stresser, tout peut très bien se passer. Ayez confiance en vous. Et si vous doutez ou que vous vous sentez perdue, appelez une maman, une amie, une grand-mère ou une sage-femme… une vraie personne qui pourra vous écouter et vous conseiller. Je ne suis pas sûre qu’une application puisse remplacer le contact et l’échange humain ».
Elle a tout lâché d’une traite. Les joues rouges, elle se rassied. Elle tremble un peu. Mais elle s’est fait entendre. Rien ne remplace le contact humain, la chaleur d’un câlin pour réconforter ou une paire de bras pour faire notre vaisselle quand on est trop fatiguée.

Estelle Watterman

En vrac

Pourquoi l’allaitement, c’est top

En marge de cette visite des labos, Avent organisait à Amsterdam un colloque sur le thème du sommeil et de l’alimentation des bébés. On a pu assister à la première conférence donnée par Atul Singhal, professeur en nutrition pédiatrique à l’University College London, qui vantait haut et fort les bienfaits de l’allaitement. Morceaux choisis :

  • « Allaiter son enfant, c’est hyper-important. Lors d’une étude réalisée avec des familles pauvres du Brésil, on a remarqué que les bébés allaités ont un QI plus élevé que les biberonnés ».
  • « La nourriture de l’enfant, c’est de la santé publique, plus qu’un choix personnel ».
  • « Le plus important, c’est d’allaiter six mois exclusivement. Après, c’est du bonus. Plus on allaite, mieux c’est ».
  • « Chaque mois d’allaitement diminue de 4 % les risques d’obésité ».
  • « L’allaitement diminue également les risques d’AVC et de diabète. Ça a de nombreux effets bénéfiques à long terme sur la santé ».

L’avis de la journaliste

Entre quatre yeux

Des journalistes chouchoutés, encadrés, un lieu prestigieux et des discours parfaitement rodés. Rien n’était laissé au hasard pour qu’on puisse admirer les nouveautés de la marque. Biberons, tétines et tire-laits ont toute mon admiration. Mais quand la technologie devient intrusive, je tique. Toutes ces images de mamans souriantes allaitant ou berçant leur bébé le smartphone à la main me dérangent. Outre la question de l’utilité de rajouter un média entre le bébé et la maman, un slogan de Yapaka crie dans ma tête : « Pas d’écran avant 3 ans ! ». Et quid du sommeil du bébé éclairé à la lueur d’un smartphone ?
Pendant le lunch, je me suis invitée à la table d’Erin Leichman, spécialiste du sommeil des bébés à l’Université Saint-Joseph de Philadelphie qui nous a présenté le sommeil, ses perturbations… et les bienfaits de l’application uGrow, pour lui demander entre quatre yeux si un smartphone près d’un bébé ne pouvait pas perturber son sommeil.
Elle a paru surprise. J’ai précisé ma pensée, parlé de la lumière bleue des écrans et des ondes GSM aux effets incertains sur les jeunes enfants… Elle m’a répondu : « Pour les ondes, je n’en sais rien. Mais sinon, vous avez raison. Les smartphones renvoient une lumière bleue à l’œil qui produit de la mélatonine et empêche le bébé de bien dormir. Il faut effectivement éviter d’exposer un enfant à un écran dans l’heure qui précède son coucher ».
En Belgique, on déconseille l’exposition aux écrans dans les deux heures précédant l’endormissement et puis, surtout, on déconseille tout écran avant 3 ans. Bref… une appli qui rassure les parents peut être une bonne idée… si elle est consultée quand le bébé est dans son lit, loin du smartphone !

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