Vie de parent

Dans les parcs, les adolescentes disparaissent

La Ligue des familles en appelle urgemment aux communes : les adolescentes disparaissent de l’espace public. Les communes ont trois choses à faire pour les voir réapparaître : une approche genrée des politiques d’aménagement des espaces publics, l’utilisation d’outils spécifiques pour une consultation genrée lors de projets d’aménagement de l’espace public et le renforcement de la parité dans les organes décisionnels.

Dans les parcs, les adolescentes disparaissent

Vous l’aurez compris, il ne s’agit pas ici de kidnapping. Mais bien de la manière dont notre société fait progressivement disparaître les jeunes filles de l’espace public à cause de l’aménagement des parcs, rues et lieux récréatifs publics.

« La rue est à tout le monde ! ». « Les filles peuvent jouer au foot ! ». « Nous vivons dans une société où la mixité a gommé les différences de genre ! ». Ces affirmations sont-elles correctes ? Nous avons étudié les parcs, les cours de récréation et les terrains de sports en libre-service. Bref, des espaces de loisirs où les enfants jouent à des jeux non dirigés. Nous en tirons trois constats principaux.

Mixité et égalité : la théorie n’est pas réalité

Premièrement, il y a une égalité apparente d’accès aux jeux, quel que soit le genre. Il n’y a aucune indication spécifique mentionnant que les espaces sont réservés aux garçons ou aux filles. En théorie, donc, la mixité et l’égalité semblent garanties.

Mais, deuxièmement, nous constatons que, dès 6 ans, les garçons et les filles jouent de moins en moins ensemble et ont des activités différentes : les garçons jouent à des jeux de ballon, de course-poursuite, se bagarrent. Tous ces jeux prennent de la place ! Les filles sont alors cantonnées dans l’espace restant à des activités de discussion, de balade, de jeu avec un élastique…

Cela contribue à générer des comportements spécifiques chez les filles et les garçons. L’expérience de la vie en société a donc appris aux enfants que les garçons doivent aimer le foot et les filles doivent discuter et se mettre sur le côté. Et gare aux petits garçons qui voudraient jouer à l’élastique et aux petites filles qui voudraient jouer au foot : ils et elles seront directement moqué·e·s par leurs petit·e·s camarades. Chacun·e son rôle, chacun·e ses jeux.

Troisièmement, nous constatons qu’à partir de l’adolescence, les filles disparaissent de l’espace public (parcs, terrains de sports)… Quelques éléments d’explications.

Infrastructures pour les garçons,
insécurité pour les filles

En premier lieu, les enfants intègrent les normes de genre dès le plus jeune âge. Elles sont inculquées par la société, l’école, les parents, les copains et copines de classe, les médias… Sans prise de conscience, ils/elles sont condamné·e·s à les reproduire.

Ensuite, nous constatons que la plupart des investissements publics favorisent la pratique des activités dites masculines dans l’espace public. Les trois-quarts des budgets des politiques publiques de la jeunesse, des sports ou de l’urbanisme dans les grandes villes européennes servent à financer des loisirs assimilés à des activités masculines : terrains de foot, de basket, skate park, centres sportifs…

De leur côté, les jeunes filles ne se sentent pas en sécurité dans l’espace public dès l’adolescence. Et pour elles, le harcèlement de rue est une réalité dès leur entrée en secondaire.

Finalement, il y a un contrôle parental différent selon le genre de l’enfant. Une étude française montre qu’à 17 ans, 15 % des adolescents peuvent sortir occasionnellement jusqu’à 2h du matin contre seulement 7 % des adolescentes.

Alors, que pouvons-nous faire pour faire réapparaître les jeunes filles dans l’espace public ? Évidemment, chacun·e, à son niveau, peut combattre le sentiment d’insécurité et les stéréotypes de genre.

Aux communes de jouer

Dans cet édito, la Ligue des familles choisit d’interpeller les communes, principales responsables de l’aménagement des espaces publics. Dans ce cadre, la Ligue des familles demande :

► Une approche genrée des politiques d’aménagement des espaces publics. C’est-à-dire qu’avant toute décision d’aménagement des espaces publics, le pouvoir communal évalue l’impact de cette mesure en termes de genre et propose des alternatives si besoin.
► L’utilisation d’outils spécifiques pour une consultation genrée lors de projets d’aménagement de l’espace public, par exemple des marches exploratoires de femmes et jeunes filles. Lors de ces marches, elles relèvent tous les problèmes qu’elles rencontrent et les solutions envisageables. Ces méthodes ont, en plus, le mérite d’impliquer les habitant·e·s dans le co-aménagement de leur lieu de vie.
► Le renforcement de la parité dans les organes décisionnels. En effet, rien de mieux que l’expérience vécue pour prendre des décisions adaptées. Avoir plus de femmes échevines de l’aménagement du territoire permettrait une meilleure adéquation des espaces publics aux réalités des femmes.

Christophe Cocu, directeur général de la Ligue des familles

Pour aller + loin

Pour compléter votre lecture, lisez également l'analyse faite sur le sujet par le Service études et action politique de la Ligue des familles.