Vie de parent

De 0 à 2 ans : rien à voir
avec votre sexualité

Un papa angoissé apprend qu’il va être le père d’une petite fille et l’imagine déjà le soir de sa nuit de noces. Une maman ne sait pas trop quoi faire avec le zizi de son fiston… Vos questions concernant la sexualité de votre enfant commencent tôt, très tôt. Annie Dumont, pédiatre, et Mireille Pauluis, psychologue, arrivent en renfort pour vous aider à y répondre !

De 0 à 2 ans : rien à voir avec votre sexualité

Un mot est lié au bébé : apprentissage. Les apprentissages ! Et ça commence par son corps, l’un des premiers espaces qu’il arpente. Le garçon découvre son pénis au même titre que son nez, ses orteils, ses mains vers 7 ou 8 mois. La fille, elle, parcourt sa vulve autour de 9 ou 10 mois. Ces adorables têtards se découvrent par tous les bouts. Voici donc le tout début d’une belle aventure : celle des sens. Celle du corps.

« Ma fille se chipote à 6 mois. C’est un peu tôt, non ? »

La psychologue : Ne vous inquiétez pas, c’est tout à fait naturel. Cela revient à sucer son pouce. À ce stade, on doit davantage parler de sensualité que de sexualité. Ces inquiétudes chez les parents sont fréquentes. Dites-vous bien qu’il ne s'agit en aucun cas de masturbation, comme on peut l’entendre au sens adulte, mais bien d'un apprentissage. Le toucher de diverses parties du corps peut être agréable.

La pédiatre : On peut conseiller aux parents et même aux gardiennes de bien aider les bébés à identifier leurs organes génitaux par les termes justes : « vulve », « pénis ». Sans mots farfelus, type « nénette » ou « zozotte ». Ils favorisent alors le confort et renforcent le sentiment chez l’enfant d’être à l’aise. C’est toujours mieux que de cacher, interdire et courir le risque de susciter de la honte vis-à-vis du corps. Il s’agit là d’une manière de contribuer au bien-être global de l'enfant.

« J’embrasse le zizi de mon fils de 10 mois. Est-ce que je risque de l’exciter ? »

La pédiatre : À cet âge-là, les bébés réagissent avant tout en termes de réflexes. Ils n’ont pas de réaction à une quelconque situation érotique et, a priori, pas non plus à une excitation. Mais je n’encourage pas ces pratiques. J’ai l’exemple d’un papa qui passait systématiquement un coup de sèche-cheveux sur la vulve de son bébé de quelques mois. « Ça la calmait », observait-il. Je veux bien le croire ! Mais n’est-ce pas un peu malvenu de la part d’un parent ?

La psychologue : Je ne trouve pas que ce soit une bonne idée d’embrasser un zizi. Pour une simple question de respect. Donnez donc des bisous partout, où vous voulez, mais pas sur les parties génitales de votre petit.

« Il n’a pas 1 an et a déjà des érections. Normal ? »

La pédiatre : Encore une fois, les bébés garçons ont souvent des érections. À n’importe quel moment de la journée, même pendant leur sommeil. Chez certains, ça peut être tôt. Chez les bébés filles, c’est la même chose, elles peuvent être lubrifiées à peine âgées de quelques mois. Attention, on ne peut en aucun cas parler de réactions à une stimulation érotique. On est dans un mécanisme. Il s’agit d'une réponse naturelle au toucher, à la friction et parfois même à un besoin d'uriner ! Encore une fois, essayez de ne pas transposer ces automatismes à votre propre sexualité. Ce sont des réactions qui relèvent de réflexes purement physiques.

« Peut-on faire l’amour dans la même pièce que bébé ? »

La psychologue : Si le bébé dort et qu’il a son petit coin à lui, pourquoi pas ? Le mieux est quand-même d’attendre qu’il soit plongé dans un sommeil paisible, de profiter d’un moment où l’on peut se retrouver tranquillement et prendre le temps de faire l’amour. Bon, après, si les débats sont déchaînés, mieux vaut le changer de pièce. On parle de bébés de quelques mois. Par la suite, n’oubliez pas de respecter les frontières et faites dormir votre bébé dans une chambre rien qu’à lui (ou avec un frère, une sœur) afin de ne pas le mettre dans des situations déplacées.

Yves-Marie Vilain-Lepage

La question  

À partir de quand faut-il s’inquiéter de ne pas avoir repris des rapports sexuels après la grossesse ? 

Il est capital de reprendre une vie sexuelle. Si pour certains d’entre vous, la réponse est limpide, pour d’autres, cela peut devenir une véritable source de conflits. L’amour, oui, mais à partir de quand ? Les spécialistes interrogés sur ce dossier recommandent d’attendre la fin des saignements avant de reprendre les relations intimes. Ils soulignent un point primordial : que chacun soit prêt psychologiquement.
L’intimité, elle, est vivement encouragée. Plus vous serez proches de l’autre, plus il sera facile de retrouver la flamme le moment venu. Quelques marques d’amour ici ou là, beaucoup de tendresse, ne pas se focaliser sur « l’avant », accepter qu’aujourd’hui les choses sont différentes (pas forcément synonyme de moins bien). Une communication ouverte ne peut que vous permettre de mieux vous comprendre, d’accepter la situation et diminuer les petites acrimonies de part et d’autre. Voici donc l’occasion de vous redécouvrir physiquement et émotionnellement, d’évoluer et, plus que jamais, de faire équipe !

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