Vie de parent

De 3 à 7 ans : l’ère du touche-pipi

Oh, la mignonne période. Celle où se mélangent les amitiés et les amours. Le moment où les princesses Disney et les superhéros à la sauce Marvel pullulent dans les couloirs de l’école… et polluent les habitats des parents. Les cœurs se font et se défont, on aime à tout-va. Tout le monde y passe : les maîtresses, les copains, les copines, les mamans, les papas… On explore, on s’explore, on se chasse, on se remplace, on teste, on grandit. Le tout sous votre regard amusé, mais aussi inquiet, parce que vous ne pouvez pas toujours suivre. Pas de panique, Mireille Pauluis, psychologue, vous répond.

De 3 à 7 ans : l’ère du touche-pipi

Chez vos petits marmots, la sexualité est avant tout un jeu. Ils partent à l’exploration de leur corps et de ses mécanismes. De la même manière qu’il se récure le nez, le petit marcassin explore ses zones génitales. Cela vous tracasse beaucoup. Et on comprend…

« Mon fils de 3 ans n’arrête pas de se tirer le ‘chboubi’, est-il obsédé ? »

Non, il ou elle n’est pas obsédé(e). Jamais à cet âge. Il n’y a rien de mal à ça. Que les parents se rassurent. En revanche, expliquez-lui simplement que cette histoire de tripotage, c’est son intimité, et qu’on ne la partage pas avec tout le monde. Dites simplement à votre enfant qu’il peut le faire au lit ou dans son bain, par exemple. Mais pas au milieu du salon, encore moins quand papa et maman ont des invités. Vous pouvez le lui dire en toute discrétion. Pensez surtout à bien lui faire comprendre qu’il ne fait pas quelque chose de mal.

« Ma fille de 4 ans et son cousin n’arrêtent pas de se tripoter. Que faut-il faire ? »

Comme dit plus haut, vous pouvez prendre votre fille par la main, la prendre sur vos genoux. Et lui dire tout doucement pour être certain qu’elle écoute : « C’est ton intimité, tu la respectes ». Jusqu’à 5-6 ans, ils jouent au docteur, ils s’explorent. Vous devez accepter cette curiosité. La façon dont vous intervenez doit se faire en douceur. Pas d’énervements. Encore une fois, il n’y a rien de malsain là-dedans. En fait, c’est vraiment à la maternelle que tout commence. L’espace social s’élargit, il n’y a plus de langes comme à la crèche, ce qui change toute la donne ! C’est donc à ce moment-là qu’il faut leur dire que ces petits tripotages sont réservés à un moment plus personnel.

« À la maternelle, c’est le ‘touche-pipi général’. Jusqu’où faut-il les laisser faire ? »

Parents ou enseignants doivent tenir le même discours. Je suis personnellement très convaincue de la nécessité de leur parler très simplement d’intimité. Ça peut certes faire mot magique, mais cela leur inculque un certain respect de leur corps et des règles collectives. J’ai l’exemple d’un gamin de 6 ans qui était très intéressé par ce qui se passait dans les culottes de ses copains et copines. J’ai reçu ses parents qui se demandaient même si leur enfant allait devenir un pervers ! Qu’on arrête de délirer et surtout que l’on ne fasse aucune projection du comportement sexuel de l’adulte sur l’enfant.
Dès 6 ans, les petits sont capables d’assimiler le fait que l’autre peut penser autrement qu’eux. On peut alors imaginer une éducation à l’intimité. Et quand ils arrivent en fin de maternelle, les règles peuvent devenir plus précises. Reprenons l’exemple du « jouer au docteur » : la règle à cet âge peut être celle de garder ses sous-vêtements. Le reste est privé.
Il ne faut pas avoir peur d’expliquer qu’il y a des limites. Et, bien sûr, les adultes, parents et proches doivent jouer le jeu jusqu’au bout. Les règles qui s’appliquent aux enfants s’appliquent aux parents. Il faut que vous mettiez une certaine distance avec vos petits, comme « Tu peux te laver seul, c’est ton territoire intime ». À vous de ne pas encombrer la salle de bain à ce moment-là. Et s’il va dormir chez un copain, recommandez-lui de ne pas se faire laver par quelqu’un d’autre et encore moins de se laisser toucher par un grand. Sans rentrer plus que cela dans les détails. S’il vous pose des questions, répondez-y simplement.

« Ma fille de 5 ans a un amoureux. Qu’est-ce que ça représente pour elle ? »

On peut avoir des amoureux à tout âge. Dès la crèche, on voit des bébés qui ont des affinités avec d’autres. Bien sûr, on ne l’est pas de la même façon à 2 ans, à 14 ans ou à 20 ans. Les amours de bac à sable sont parfois tragiques. Les petits se laissent envahir par leurs émotions pour tel ou tel copain.
Que les parents laissent faire. Il faut juste veiller à ce que ce ne soit pas trop exclusif. Ce n’est pas l’âge pour. Et si c’est le cas, il faut peut-être multiplier les amitiés. On peut inviter Joachim à venir prendre le goûter. Mira peut venir dormir à la maison. On prévoit une sortie dans le parc avec Antonin, etc.
Il arrive aussi qu’une petite ait une amoureuse ou qu’un petit ait un amoureux. Inutile de spéculer sur une quelconque homosexualité. L’identité sexuelle arrive beaucoup plus tardivement. Vous pouvez peut-être expliquer que d’habitude ce sont les filles et les garçons qui s’aiment, même s’il arrive qu’une fille en aime une autre ou un garçon un autre.

« Mon fils de 4 ans s’intéresse au sexe de sa petite sœur et me demande pourquoi elle n’a pas de zizi »

Vous pouvez tout simplement dire qu’elle a autre chose. S’il s’accroche et demande pourquoi cela se présente sous cette forme-là, n’hésitez pas à avoir recours à une image : « Parce que c’est complémentaire, comme les prises de courant ». C’est bien de répondre à toutes les questions, mais il ne faut pas aller plus loin. Inutile de devancer ses interrogations. Laissez-lui digérer une information à la fois. Et, bien sûr, n’hésitez pas à montrer des histoires ou des images adaptées à leur âge comme il en existe des milliers, c’est un support qui a parfois plus d’impact qu’un discours-fleuve qu’ils lâcheront en cours de route (lire l’encadré).

« Je suis enceinte, mais ma fille de 6 ans ne me pose aucune question. C’est normal ? »

Si elle parle, joue, chante et continue à vivre sa vie, cela veut peut-être dire une chose : c’est qu’elle n’a pas de question à poser ! Il n’y a pas une classification qui consiste à dire qu’à partir de tel âge, les enfants doivent poser tel type de demandes. Chacun explore le monde qui l’entoure à sa manière. Comme on l’a dit précédemment, si l’enfant interroge, on répond.
Après, il serait intéressant de savoir comment vous évoquez votre grossesse avec votre fille. Si la petite est mal à l’aise, elle ne demandera rien. Est-ce que vous lui parlez du bébé ? Est-ce que vous projetez votre fille dans ce futur événement ? Si vous lui avez déjà expliqué comment naissent les enfants, rassurez-vous, les questions les plus pertinentes des petits arrivent toujours au moment où on s’y attend le moins.
Je me souviens que, vers 15-16 ans, mon fils m’emmenait courir et c’est toujours au moment où la pente était la plus ardue qu’il me posait la question qui coupe le souffle. C’est une jolie métaphore, je trouve… Si on est pris de cours, que la question du petit est complexe et que les circonstances ne s’y prêtent pas, expliquez simplement que vous prendrez le temps d’y répondre plus tard. Lors d’un moment calme, celui du coucher, du bain, à table… En gros, un instant propice pendant lequel vous allez pouvoir prendre le temps de répondre.

« Notre fils de 7 ans nous a surpris au lit. Comment je lui en parle ? »

Une fois encore, ne transposez pas votre vision des choses à celle de vos enfants. Ne le noyez pas sous les informations ou les mises en garde. Vous pouvez tout simplement expliquer que papa et maman se font un câlin. Là encore, n’hésitez pas à parler d’intimité. Vous pouvez même préciser : un temps d’intimité. Pour marquer l’aspect ponctuel.
N’hésitez pas non plus à expliquer certaines règles : « Quand la porte est fermée, il ne faut pas que tu entres ». Et, bien sûr, lui rappeler que vous l’aimez très fort. C’est apaisant pour un enfant. Inutile d’en dire plus, les questions les plus embarrassantes seront toujours posées plus tard !

Yves-Marie Vilain-Lepage

Lu pour vous

  • Comment on fait les bébés, Babette Cole, Éditions Seuil Jeunesse (dès 4 ans). En voilà une idée intelligente. Ici, les enfants racontent à leurs parents comment on fait les bébés. Ce sont eux les savants. Des illustrations tendres et efficaces, des explications sérieuses et impertinentes, vous avez sous les yeux le premier Kâmasûtra facétieux. Interdit aux plus de 10 ans !
  • Les filles et les garçons, Dominique de Saint Mars et Serge Bloch, Collection Les petits savoirs, Éditions Bayard (dès 5 ans). Très joli recueil d’une petite quinzaine d’histoires à lire à vos petites et petits. Le livre met en scène la vie d'Alice et de son petit frère Martin avec leurs familles et leurs amis. On y apprend que les garçons et les filles sont différents et complémentaires. L’ouvrage aborde très progressivement différentes questions que peuvent se poser nos poussins au sujet de leur corps, de leur évolution physique, de leur différence sexuelle, des sentiments amoureux, du cycle de la vie… Voici une façon très adroite de permettre aux enfants de mieux se comprendre et peut-être de mieux aimer ?
  • L’amour et les bébés, Pascal Hédelin, Éditions Milan (dès 6 ans). Les parents se posent des questions, certes, mais rien à côté des milliards de certains gamins. Pourquoi les garçons croient que les filles n’ont pas de zizi ? Est-ce que je peux me marier avec mon papa ? L'ouvrage aborde le vaste sujet de l'amour et de la sexualité. Il répond à 16 questions d'enfants avec simplicité et beaucoup de tendresse. Très efficace en cas d’embarras de certains adultes.
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