Vie de parent

De 8 à 11 ans : un ange passe…

On commence à parler d’« âge de raison », même si les enfants comprennent vite que ça n’existe pas. Tant mieux, il n’y a aucune période pour être raisonnable. Les filles et les garçons sont devenus des ennemis jurés. Mais, secrètement, ils ne pensent qu’à elles. Les petites ne sont pas en reste, sous couvert de chorégraphies dédaigneuses, elles rêvent que ces fiers petits mâles ne s’agitent que pour elles. Tout ça alors que les questions se bousculent dans votre tête de parent. Faisons-en le tour avec Pascal De Sutter, docteur en psychologie et professeur à l’UCL.

De 8 à 11 ans : un ange passe…

« Ma fille de 9 ans se montre nue à tout bout de champ et ça m’inquiète… »

Je pense que la nudité n’est pas problématique, y compris pour un enfant. Aidez-la à faire la distinction : « S’il fait beau et que tu es dans le jardin, tu peux te mettre toute nue ». Mais si elle s’exhibe à l’école, dans les parcs ou dans d’autres lieux où elle est susceptible de choquer ou de se mettre en danger, mettez le holà. Expliquez-lui qu’elle doit faire attention à bien respecter les règles. De la même manière qu’on met sa main devant sa bouche quand on tousse, on ne se met pas nu dans la rue. Donnez des exemples, mais essayez de ne pas y mettre de pathologies. N’imaginez pas qu’elle est perverse. Ne lui dites pas : « Il va t’arriver de sales histoires ». Et évitez également de ramener cette manie à quelque chose de sexuel.
Il arrive aussi que les enfants de cet âge se montrent pudiques à l’extrême. Là aussi, il faut peut-être mettre une limite. Expliquez qu’au-delà d’un certain point, c’est ridicule. Car, tôt ou tard, l’enfant devra se déshabiller dans un vestiaire. Autant qu’il soit à l’aise avec cette idée.

« Mon fils de 8 ans se tripote : je dis stop ? »

Absolument ! Mais là encore, on ne dramatise pas. Faites-lui comprendre que ça ne se fait pas de le faire en public, de la même façon qu’on ne met pas ses doigts dans son nez. C’est un comportement inadéquat en société. Et surtout, ne vous inquiétez pas, ce n’est que normal ! Il s’agit d’une façon de se déstresser. Les enfants de cet âge-là peuvent se détendre de cette manière. Ils aiment le faire aussi parce qu’ils ont l’impression de se livrer à quelque chose d’interdit. En revanche, vous pouvez commencer à vous inquiéter à partir du moment où ça devient compulsif, qu’il le fait plusieurs fois par jour. Là, il est peut-être intéressant de l’emmener voir un pédopsychiatre et de lui exposer la situation.

« Mon fils de 10 ans se fait traiter de ‘pédé’ à l’école : qu’est-ce que je fais ? »

La première chose que vous vous pouvez vous dire, c’est que c’est absurde. Un enfant de cet âge n’a absolument aucune orientation sexuelle. Ensuite, il faut essayer de comprendre d’où viennent ces attaques. Peut-être qu’il a une attitude féminine ? Dans ces cas-là, il est intéressant de l’amener à se viriliser un peu. Ce sera toujours plus facile de vivre avec les codes que la société attendra de lui.
J’attire votre attention sur un point important : il est primordial de bien veiller à ce que ces histoires d’insultes ne virent pas au harcèlement. Cela arrive. Prenez bien soin de le protéger. N’hésitez pas à en parler à l’école et à trouver très vite une solution en concertation avec le personnel de l’éducation.
Autre conseil très important : ne l’enfermez pas là-dedans. Dans le langage psy, on appelle ça une prophétie autoréalisée. En gros, ne soyez pas obsédé par cette caricature, éliminez-la de la composante avec laquelle vous l’éduquez. Il le sera, ne le sera pas, changera de sexualité en cours de route, on n’en sait rien. Finalement, tout ça ne regarde que lui et il est encore trop tôt pour penser à ça.

« Notre fille de 11 ans feint de faire l’amour avec ses copains. Faut-il s’en mêler ? »

Dans le temps, on disait « jouer au docteur ». Les enfants n’y voient aucun mal. Ils peuvent pratiquer ce genre de jeux, il faut juste leur en expliquer les limites. J’entends aussi parfois des théories où l’on dit qu’il faut laisser faire les garçons et mettre en garde les petites filles sur leur réputation. Je trouve cela injuste et j’ai tendance à dire qu’il faut les traiter sur un pied d’égalité.

« Jusqu’à quand je peux me montrer à poil devant ma fille qui a 8 ans ? »

À partir de la pré-puberté, disons vers 11 ans - tout dépend des mômes -, il faut respecter sa pudeur. Il est important de se contraindre à une certaine distance et éviter de s’exhiber. Il faut aussi penser qu’elle pourrait raconter à l’école ce qui se passe chez vous et risquer que le propos soit déformé. Un enfant qui explique qu’il dort avec son papa nu, ça peut apparaître douteux.
On peut prendre son bain avec un enfant de 4-5 ans, pas de souci. Mais dès 8 ans, il faut commencer à prendre une certaine distance. Il est important que l’enfant sente que ses parents se comportent normalement. Sauf, évidemment, si cela fait partie de votre mode de vie. Dans ce cas, exposez vos valeurs de façon simple tout en interrogeant l’enfant sur ce qu’il en pense.

« Notre fille de 11 ans nous rejoint au lit et dort des nuits entières avec nous. On laisse faire ? »

Si c’est de manière occasionnelle, après une série de cauchemars ou tout autre évènement traumatique, on peut l’accepter une nuit ou deux. Mais il ne faut pas en prendre l’habitude. Il est capital que l’enfant ait sa propre place. Il doit prendre l’habitude de dormir seul ou avec ses frères et sœurs, loin des parents.

Yves-Marie Vilain-Lepage

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