Vie de parent

(Dé)confinement : pour certains parents, la situation se complique

Alors que le déconfinement se construit phase après phase, pour certaines familles, cette liberté sous conditions ne se vit pas forcément très bien. Parfois même, la situation empire. Le stress est là, palpable, prêt à gonfler au moindre incident. Ce constat est formulé du côté des répondant·e·s de la ligne « SOS Parents » lancée fin mars par des chercheuses de l’UCLouvain.

(Dé)confinement : pour certains parents, la situation se complique

Ce mardi, nous vous parlions de l’enquête menée par l’Institut de recherche en sciences psychologiques de l’UCLouvain. Avec un pourcentage de burn-out parental qui aurait diminué durant le confinement. Cela dit, cette baisse ne doit pas cacher la détresse réelle de nombreuses familles qui continuent à vivre une situation difficile. Parfois même, celle-ci empire.

Elsa Guillier, psychologue sur la ligne SOS parents, confirme : « On a remarqué sur ces deux dernières semaines, que les intervenant·e·s de la ligne SOS parents devaient de plus en plus parler avec l’ensemble de la famille. On a d’abord la personne qui appelle (généralement la maman), puis le conjoint ou le mari, voire même ensuite les enfants ». Signe d’une situation sévèrement dégradée.

En fait, à côté des familles qui vivent le confinement comme un paradis ou, tout du moins, assez sereinement, d’autres peinent à trouver leurs marques. Parfois les parents y développent un burn-out parental. Selon des rythmes différents.

« Durant le confinement, des parents ont ainsi développé certains symptômes du burn-out parental. Pas tous, une partie seulement. 15% des pères sont concernés, 20% des mères. Quand le stress augmente et que ce début du burn-out n’est pas désamorcé, s’il n'y a pas de prise en charge, pas d’apaisement, ça devient de pire en pire et ces familles vont de plus en plus mal. Il y a même parfois quasiment de la gestion de crise pour la personne en contact avec la famille parce la situation devient ingérable ». Au point d’avoir des cas où il y a danger de mort ? Oui, ça arrive. Le désespoir peut parfois nourrir des idées morbides.

Aide et écoute

Heureusement ces cas extrêmes sont rares, mais les situations de détresse, elles, restent nombreuses. Le chaudron familial bout et il suffit d’un coup de chaud pour que ça déborde d’un coup.

« Dans ces cas-là, pour rétablir une communication au sein de la famille, il est important de faire en sorte que chacun puisse être entendu, explique Elsa Guillier, généralement ce qui bloque dans le conflit, c’est le sentiment d’incompréhension. »

Cas concret : dans le cas de cohabitation difficile avec les ados, il faut parfois enrayer ce système de défense qui fait que les parents ne comprennent « forcément pas » ce que ces ados sont en train de vivre. « Du coup le fait d’avoir une tierce personne dans la discussion apporte un regard plus extérieur, plus hélicoptère. Chacun, chacune a son temps de parole, doit se sentir entenduꞏe et comprisꞏe ». Cela permet le rétablissement de la communication, la recherche d’une solution qui soit acceptable pour tout le monde.

L’idéal, c’est évidemment de demander de l’aide lorsque l’on sent monter les symptômes du burnout. Si on sent qu’il y a une perte du plaisir d’être parent. Un épuisement récurrent. Une distance émotionnelle qui s’installe. Il faut aller chercher de l’appui ailleurs.

« D’abord chez sa famille, chez son conjoint, chez ses enfants ou, si c’est possible, chez un ami, un membre plus éloigné de la famille. On peut aussi solliciter le coup de main d’un·e professionnel·le. Il n’y a pas de honte à ça. Il faut dépasser ce sentiment. Cela arrive à beaucoup de gens. L’épuisement parental, ça touche quand même 8% des parents. »

Mais, voilà, c’est parfois difficile à admettre, les parents épuisés se sentant coupables de ne pas correspondre à la perfection familiale que renvoient les médias, la publicité, les réseaux sociaux.

Stress et ressources

« Il faut diminuer le stress et augmenter ses ressources », martèle la psychologue. Mais ce confinement qui s’incruste, ces phases qui se succèdent dans un temps qui se fait long, génèrent des dégâts. « Certains qui s’en sortaient tant bien que mal, avaient aménagé des routines qui faisaient que le confinement tenait. Alors ici, avec ces phases de déconfinement, tout est à réaménager. Il faut retrouver de la flexibilité pour reprendre le travail, alors qu’on a peut-être un des enfants qui ne va pas à l’école tous les jours, voire qui n’est pas scolarisé avant septembre. On parle d’une potentielle deuxième vague, d’un potentiel reconfinement… Ce sont beaucoup de points d’interrogations.  Quid des stages d’été ? Les vacances, est-ce qu’elles tiennent encore ou pas ? »

Le stress pour certains est clairement là et alimente des spirales négatives. Quant aux ressources préconisées par Elsa Guillier, elles ne sont pas toujours accessibles. « Les ressources comme les vacances, les gardes par les grands-parents, la vie sociale qui distrait, on n’y a pas encore accès. Tout cela vient fragiliser les parents déjà en difficulté ».

Ce que la psychologue note, c’est le décalage dans les vécus des parents, un décalage qui s’accentue. « Le fossé est grand entre ceux qui ont vu le confinement comme une opportunité de qualité et ceux qui ont stressé, angoissé, tiré sur la corde. Finalement, ceux-ci vont reprendre le boulot en même temps que les autres avec un écart d’énergie conséquent. Une situation qui va sans doute d’autant plus fragiliser ceux qui ont mal vécu le confinement ».  

T. D.

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