Vie de parent

De pédiatre à maman d’accueil

Au-dessus du masque, les yeux de Sara sont d’un bleu vibrant. Il suffit de les croiser pour sentir de l’empathie et de la douceur chez cette mère de 46 ans. Lorsqu’elle dévoile sa profession, aucun métier ne semble mieux lui convenir : « Être pédiatre, c’est soigner, mais c’est aussi créer de vrais liens avec l’enfant et sa famille ». Portrait d’une femme animée par son amour de l’autre.

► Cet article a été réalisé par des étudiant.e.s en Master 2 de la section Presse / Info de l'Ihecs, école de journalisme à Bruxelles. Dans le cadre du cours de "journalisme vivant", ces étudiant.e.s ont brossé les portraits de personnes dont le quotidien se décline au service des autres sur fond de crise sanitaire...

De pédiatre à maman d’accueil

Si elle travaille aujourd’hui dans un hôpital de Gand, Sara exerçait auparavant à l’hôpital Saint-Pierre à Bruxelles. C’est là que sa vie a changé. Saint-Pierre fait partie des hôpitaux belges qui abritent de jeunes enfants confiés par l’Aide à la jeunesse, alors que ces derniers ne nécessitent pas ou plus de soins de santé́. Ils y restent quelques semaines, parfois quelques mois, avant d’être placés en institution ou en structure d’accueil. Les places manquent cruellement pour ces enfants et la Belgique tarde à organiser des solutions.

Les voir grandir dans les couloirs de l’hôpital

Pour Sara, travailler avec ces « enfants parqués » est difficile. « On regarde s’ils n’ont pas un retard de croissance, on met en ordre leurs vaccinations, puis ils repartent, mais on ne sait pas où ils vont », confie-t-elle, frustrée. Il faut trouver le bon équilibre entre leur apporter amour et réconfort tout en fixant des limites, pour ne pas trop s’attacher, pour les préserver et se préserver soi-même.

Sara a vu des dizaines d’enfants passer par les chambres aseptisées de l’hôpital. « Je me suis retrouvée à un moment clé où je me demandais si j’arriverais encore à observer tout cela sans rien faire », se rappelle-t-elle.

En pleine remise en question, Sara ne se doute pas qu’une rencontre va bousculer son quotidien. Lors d’une de ses rondes, elle s’apprête à entrer dans la chambre d'un nouvel arrivé. Mais, surprise, personne. Seulement quelques rires étouffés, ceux de Kenzo. « Ça m'a frappé que ce petit garçon un peu triste, tout juste déposé par son grand-père, parvienne à faire jouer sa copine de chambre, à lui rendre le sourire », raconte-t-elle.

La pédiatre ne connaît que trop bien le fonctionnement de l’hôpital, elle sait que le petit risque d’y passer des mois sans aucune activité extérieure. Elle propose alors à l’équipe de SOS enfants et à la mère biologique de Kenzo de le prendre avec elle le week-end, pour qu’il puisse voir autre chose que des blouses blanches et des néons.

C’est le coup de foudre pour Ivo, le mari de Sara, et leurs trois garçons, Ruben, Remko et Jonah. De week-ends occasionnels en séjours prolongés, Kenzo s’intègre de plus en plus à la famille, jusqu’au jour où Sara se sent prête à faire plus.

Débutent alors les démarches, les prises de contacts avec le SAJ, le Service de l’aide à la jeunesse. La maman se rend vite compte que ça ne sera pas facile. On lui reproche de ne pas avoir voulu directement devenir famille d’accueil. « Sara, tu dois laisser tomber, ils n’accepteront jamais ta candidature. Mais je vais lui trouver une bonne place en institut », lui promet une assistante de SOS enfants.

Au bout du tunnel

Kenzo se retrouve placé à la Colline, une maison d'accueil. Les visites dans la famille continuent. Elles deviennent de plus en plus dures, les séparations de plus en plus insupportables. Ce va-et-vient durera trois ans. Jusqu’à cette semaine de Noël après laquelle Sara se prépare à ramener Kenzo à l’institut. Le petit lui murmure : « Pourquoi je dois y retourner, pourquoi je ne peux pas rester ici ? ».

Cette demande redonne à Sara la force de se battre pour la garde. Le miracle arrive, la famille reçoit enfin un avis positif. « On en a parlé avec les enfants, qui étaient super enthousiastes ! Finalement, la maman a donné son accord et Kenzo est arrivé chez nous », retrace-t-elle, encore émue.

Aujourd’hui, Sara est en congé. Elle est au bord du terrain de rugby, accoudée à la rambarde, pour soutenir ses garçons. Kenzo joue aux cotés de Jonah, de dix mois son aîné, coaché par le plus grand, Ruben. Il est le plus jeune sur le terrain, mais ne se laisse pourtant pas marcher sur les pieds et n’hésite pas à prendre sa place. Sara rayonne, fière de ses fils et du combat qu’elle a gagné.

Marie-Flore Pirmez, Salomé Lauwerijs et Anne-Isabelle Justens

Être famille d’accueil, ce calvaire administratif

Manque de places en maison d’accueil, violences institutionnelles, « enfants parqués » à l’hôpital. Les Services de l’aide à la jeunesse belges en appellent toujours à plus de familles d’accueil. Une solution qui offre à des jeunes un cadre plus stable, afin de mieux vivre leur enfance et leur adolescence. Si accueillir un enfant chez soi, dans sa famille, est un projet humain ambitieux, cette décision généreuse cache toujours une montagne de tâches administratives.

Joke Callewaert, avocate pour mineurs et amie proche de Sara, déplore cette lourdeur : « L’investissement en temps pour devenir famille d’accueil est invraisemblable », explique-t-elle. Au contraire de l’adoption, aucune juridiction ne peut accorder l’autorité parentale aux accueillant·e·s, ce qui complique les démarches administratives les plus élémentaires. C’est le cas qui occupe Sara. « Une simple inscription à la commune devient un calvaire sans l’autorisation de sa maman », regrette son avocate.

Enfants parqués, faute de mieux

En Fédération Wallonie-Bruxelles, cela fait plus de trente ans que des enfants sont pris en charge à l’hôpital lorsque les places se font rares en structures d’hébergement. Selon les derniers relevés de la Coordination des ONG pour les Droits de l’Enfant (CODE) datant de 2016, ce sont près de 300 jeunes de 0 à 6 ans qui sont recueillis à l’hôpital chaque année, dans l’attente d’un mieux. L’objectif des prises en charge : mettre ces bambins à l’abri le plus rapidement possible, car certains nécessitent réellement une hospitalisation.

Seulement voilà, en dehors des cas de maltraitance physique ou psychologique qui requièrent un bilan médico-psychosocial complet, on comprend rapidement que l’hôpital n’est pas un lieu de vie pour des enfants. Les couloirs froids et le manque d’infrastructures de certains hôpitaux peuvent mener de surcroît à des situations de maltraitance institutionnelle. Et sans l’ouverture d’un plus grand nombre de places en maisons d’accueil, le problème reste le même. Car si, au terme du bilan, l’enfant ne peut pas réintégrer une situation familiale stable, le diagnostic aboutit alors à un placement en institution. Et c’est à ce moment que le séjour à l’hôpital, lui, peut se prolonger.

Le constat n’est pas neuf et touche toujours plus durement la partie francophone du pays, particulièrement Bruxelles et Charleroi. En 2016, le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles avait débloqué des fonds permettant l’ouverture de 28 nouvelles places en service d’accueil spécialisé de la petite enfance (SASPE). Des efforts qui, quatre ans plus tard, ne semblent pas avoir payés.

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