Vie de parent

Déconfinement : vendredi, il s’agira d’être clair

C’est le mot du moment. Déconfinement. Alors qu’il devrait être synonyme de libération pure, il inspire inquiétudes et questionnements. Notamment au niveau des parents. Comment ce déconfinement va-t-il s’opérer ? Quel va être son impact sur la vie des familles ? Quid des écoles, de la crèche ? Questions sans réponses. Tourments sans apaisements. Raison de plus pour garder son esprit critique et faire entendre sa voix.

Déconfinement : vendredi, il s’agira d’être clair

« Je ne peux répondre à cette question ». Cette phrase est de la ministre de l'Éducation Caroline Désir dans l’Echo de ce weekend. La question ? « À quelles conditions l’école peut-elle reprendre selon vous ? ». Honnêteté intellectuelle, mais sentiment d’impuissance.

Face à cela, les parents en sont réduits à des conjectures. À se contenter de ce qui est dit lors de ces fameuses conférences de presse sacralisées. L’incertitude ? Oui, inconfortable. La Première ministre, Sophie Wilmès, le concède dans le Soir de ce samedi. Lorsqu’on lui demande s’il ne faudrait pas uniquement communiquer les infos lorsqu’elles sont suffisamment claires, elle répond : « Je pense qu’il y a un besoin de savoir et quand on sait plus ou moins, on peut s’organiser, que ce soit personnellement, en tant qu’entité familiale, qu’entreprise, ce n’est pas pour ça qu’on a besoin de savoir à quelle date, à quelle minute, de quelle manière tout se passera. Mais cela vous mettra en mouvement »

Cette phrase de la Première laisse un peu perplexe. Quel est le sens de ce fameux mouvement que devrait inspirer le point presse de mercredi aux parents ? Se diriger vers les magasins de bricolages ? Et peut-être, à moins que non, si c’est possible, et encore, rendre visite à un parent ou grand parent dans un home ? C’est un peu court.

« L’organisation familiale » mise sur le tapis par Sophie Wilmès dépend essentiellement d’une chose : l’équilibre à (re)trouver entre la vie de famille et la vie professionnelle, la prise en charge des enfants et le boulot. Un équilibre qui a toujours été au centre des préoccupations des parents et qui, là, crise oblige, revient avec une force d’autant plus grande.

Conciliation boulot/vie de famille

Cette revendication d’une meilleure prise en compte politique de cette articulation « vie de famille/vie professionnelle » n’a pas toujours été prise à bras le corps par les différents gouvernements. Le silence politique qui a accueilli la demande d’une indemnité pour les parents obligés d’arrêter leur job pour s’occuper de leurs enfants, par temps de Covid-19, en est un exemple criant.

Tout ce qu’espèrent les parents, c’est que la crise sanitaire va finalement faire bouger les lignes et que dans les décisions prises, cet aspect-là sera un des éléments moteur essentiels. Les parents ce sont les travailleurs, ce sont les consommateurs qui font tourner la vie économique de ce pays. Ne pas entendre leurs voix serait une erreur.

Nous disons bien leurs voix, au pluriel, car chacun vit cette période dans un périmètre qui lui est propre. Chaque situation est différente. Chaque aspiration en est le reflet. Une constante : tous les parents ont des revendications de bien-être, de justice, de précautions sanitaires. Ils veulent qu’au lendemain de cette crise, se (re)construise une société plus juste en toute sérénité, avec un sens partagé, un objectif sain et durable. Jusqu’à présent, cela fait défaut. Il n’y a pas d’indice pour cette mise en mouvement-là.

C’est même un peu plus inquiétant. En écoutant peu les acteurs de terrain, en privilégiant l’approche purement scientifique et politique de la gestion de la crise et donc du déconfinement, le gouvernement n’est pas en phase avec les familles qui effectivement veulent savoir comment s’organiser, parce que « peut-être » dans deux semaines les écoles vont ouvrir, parce que « peut-être » les magasins vont commencer à être accessibles. Peut-être. Peut-être. On ne s’organise pas avec des peut-être. On peut imaginer, envisager, tirer des plans sur la comète. Mais c’est tout.

De la clarté avant tout

Alors, le terrain, il s’exprime par ailleurs, par la bande. Parfois avec colère et incompréhension légitimes. Ceux qui s’occupent de « l’humain » mettent aussi leur grain de sel, comme ces chercheurs universitaires qui préconisent une fermeture des écoles jusqu’au 30 juin.

Au-delà d’une simple date, ces experts exhortent le fédéral à prendre des mesures qui permettent d’avoir une vision claire sur la fin de l’année scolaire. On est loin du compte. De plus, on imagine que la préconisation de ces chercheurs doit résonner bizarrement dans la tête des parents. « Jusqu’au 30 juin, mais comment on pourrait s’organiser avec le boulot ? », s’inquiétait une maman à la caisse du magasin ce matin.   

Le déconfinement est un casse-tête. On le comprend. Comment prendre des mesures cohérentes ? Comment relâcher la pression alors que l’épidémie court toujours et que ce maudit virus continue à faire des ravages ? Comment justifier une espèce de retour à la normale, tandis que masques, gants, distanciation sociale seront là pour nous rappeler, à tout moment, que la crise sanitaire est toujours bien présente.

Cette situation-là, en particulier, aura des implications psychologiques sur les familles, les parents, les enfants, les grands-parents. Il s’agit fondamentalement de ne pas en remettre une couche en créant du désarroi et du désespoir par des mesures annoncées à l’emporte-pièce, comme ce fut le cas pour les visites dans les maisons de repos, ce mercredi.

De la clarté, c’est ce qui est réclamé depuis le début de la crise. À cela est venu s’ajouter un besoin de cohérence et de justification. Les déclarations et événements de ces derniers jours ont montré que le fédéral naviguait à vue. Et qu’au bout du compte, cela induisait des mesures pas forcément crédibles et rassurantes pour les familles.

À ce titre, le point de vendredi sera fort attendu. Il sera évalué à la hauteur de sa précision, de son ambition, de ses objectifs, de son humanité, de la pertinence des mesures annoncées. Les familles jaugeront celles-ci à l’aune de leur créativité, de leur pertinence et de leur capacité potentielle à concilier, sans heurts et stress supplémentaires, vie familiale et vie professionnelle. Ce sera le marqueur essentiel, au-delà des évidentes préoccupations sanitaires qui doivent rester prioritaires.

Thierry Dupièreux

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