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Départ du dernier enfant : coup de blues d’une maman

Il y a peu encore, il était là assis autour de la table. Ses copains et copines débarquaient à l’improviste. Puis, brutalement, la maison s’est vidée, le frigo et le chariot de courses se sont allégés, les chaussettes ne traînent plus par terre et le sac à linge sale ne déborde plus.

Départ du dernier enfant : coup de blues d’une maman - Shutterstock

Certains jeunes sont lâchés tôt, trop tôt peut-être, parce qu’ils partent étudier loin de chez eux. Et même s’ils reviennent de temps en temps avec leur ballot de linge à laver, ils échappent à la vigilance quotidienne de leurs parents, laissant parfois le sentiment amer d’une éducation inachevée.
Passé un temps d’adaptation, la plupart des parents s’en accommodent. Sentiment du devoir accompli, heureux d’avoir conduit leurs enfants, devenus jeunes adultes, sur le chemin de l’autonomie. Mais ce changement de vie n’est pas toujours facile à gérer. Et la psychologue Béatrice Copper-Royer reconnaît que « le départ du dernier enfant est un renoncement qui s’apparente à l’une des plus grandes difficultés de notre vie d’adulte. »

Faut s’y faire !

Claire, 45 ans, maman de Julien 21 ans : « Il est évident que l’on élève ses enfants pour qu’un jour ils s’en aillent. Mais entre la théorie et la pratique, ce n’est pas toujours aussi facile à vivre. Julien est parti pour 6 mois en Erasmus en Espagne. Pas si loin, me direz-vous ! Et puis, ce n’est pas définitif, il va revenir ! Mais pour nous, ses parents, ça n’a pas été une mince affaire. C’est la première fois que notre fils unique part vivre de longs mois loin de chez nous. Première étape sans doute d’un départ définitif de la maison. Comment ne pas lui transmettre nos angoisses ? Pourra-t-il se débrouiller tout seul, trouver un logement, se faire à manger, organiser son quotidien ? Il a l’âge pour s’envoler, c’est vrai… mais quand même, pas trop loin, pas trop longtemps. Et puis, pourquoi se plaindre ? On a Skype, les SMS… Mais une fois par jour, tous les deux jours, toutes les semaines ? Histoire de ne pas devenir trop envahissants. Il y a aussi l’avion, mais est-ce bien de tenter de recréer pendant deux ou trois jours, le cocon familial ? Bref, on se pose des tas de questions auxquelles on a peu de réponses raisonnables ! »
Gino, 48 ans : « Pour nous, ça a toujours été une évolution logique que nos enfants quittent la maison à un certain âge. Alors, bien sûr, on a éprouvé un sentiment de vide un peu bizarre, mais on s’y attendait et on était tellement contents pour eux ! C’est sans doute avec le recul que je dis ça… Mais heureusement, notre couple est épanoui, ça aide. »

Le syndrome du nid vide

Certains parents vivent ce départ comme un soulagement, une étape naturelle à franchir. D’autres se trouvent confrontés brutalement au « syndrome du nid vide » : certaines mères dépriment, vivent un « baby-blues » comparable à celui qui peut suivre la naissance. Et certains papas-poules ont du mal à lâcher leurs petits. Et la psychologue Geneviève Djénati de souligner qu’il serait plus difficile pour les pères comme pour les mères de se séparer de leurs filles.
La place centrale qu’occupe aujourd’hui l’enfant dans la famille rendrait son départ plus difficile. Dans son livre, Le jour où les enfants s’en vont (Albin Michel), Béatrice Copper-Royer souligne qu’« aujourd’hui l’enfant est extrêmement regardé, investi ; on attend beaucoup de lui, y compris de rendre ses parents heureux. C’est lui qui fédère la famille ; et le vide qu’il laisse après son départ n’a jamais été ressenti de manière aussi aiguë. Dans le départ des enfants se jouent beaucoup de choses : la peur de la solitude à venir, du vieillissement, mais aussi la crainte pour cet enfant devenu grand, lâché dans le monde perçu comme incertain, dangereux. »
Et, selon la psychologue, ces séparations sont de plus en plus chargées d’angoisses, même si celles-ci cachent des paradoxes. « Les parents font souvent vivre aux enfants des situations assez rudes quand ils sont petits : des cadences de vie rapides, des divorces, des gardes alternées, des recompositions familiales… Mais au moment de les lâcher, ils ne les lâchent plus, comme s’ils voulaient rattraper les choses. »
Et d’ajouter que les enfants eux-mêmes sont ambivalents : « Quand ils sont adolescents, ils aimeraient bien s’échapper, mais quand ils grandissent, ils sont moins pressés, car leur vie de jeune adulte est facile chez leurs parents. Certains n’arrivent jamais à trouver le bon boulot ni la bonne copine : on se demande si inconsciemment, ce n’est pas le désir de rester collés à leurs parents qui les animent. »

Karin Mantovani

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Et pour les familles monoparentales et recomposées ?

Dans cette situation, les parents solos - majoritairement des femmes - sont mis à rude épreuve. C’est le constat de Béatrice Copper : « On voit, par exemple, des mères qui ont construit toute leur vie affective autour de leurs enfants et pour elles c’est vivre un deuil très lourd lorsque ceux-ci quittent la maison. Quand aux enfants, ils ont du mal à s’arracher, sans éprouver un sentiment de culpabilité. »
Au sein des familles recomposées, le départ des enfants réactive parfois un sentiment de culpabilité, les parents se sentent responsables de la blessure qu’ils leur ont infligée. « Ce sont probablement ces jeunes qui ont le plus de mal à partir. Il a fallu accepter les éventuels enfants du beau-parent, voire un nouvel enfant du couple. Et c’est justement au moment où un nouvel équilibre a été trouvé que l’adolescent doit partir », constate la psychologue.

À LIRE

  • Le jour ou les enfants s’en vont, Béatrice Copper-Royer, Éditions Albin Michel.
  • J’aime pas me séparer, Nicole Fabre, Éditions Albin Michel.
  • Lorsque l’enfant s’en va, Brigitte Bloch-Tabet, Éditions Chiron.