Vie de parent

Des enfants dorment
dans la rue à Bruxelles

Le 13 mai dernier, à Bruxelles, des familles étaient jetées à la rue et forcées de vivre dans des tentes de fortune. Une situation qui ne respecte pas la Convention des droits de l’enfant pourtant ratifiée et signée par la Belgique. Où en est-on en cette fin du mois de mai ? La situation a évolué, mais de manière plutôt délirante.

Des enfants dorment dans la rue à Bruxelles : du neuf !

Le 13 mai, la veille du long congé de l’Ascension, les assistants sociaux ont été forcés de mettre plusieurs familles de Roms à la porte de leur logement. Après avoir squatté différents immeubles abandonnés, elles l’occupaient depuis plusieurs mois grâce à une convention humanitaire entre Fedasil et le Samu social.
Cette convention, à laquelle Fedasil a mis unilatéralement un terme, prévoyait, selon Selva Ben Khelifa, une des avocates des familles, un accompagnement social. « Ces familles sont en situation d’errance entre la Slovaquie, qui les rejette et les persécute, et la Belgique, qui ne fait rien pour qu’ils puissent, comme citoyens européens et comme êtres humains, être acteurs de leur propre destin. On les envoie vers Actiris comme tout le monde et on leur fait rédiger un cv pour des boulots d’agents d’entretien. On sait bien que le cv d’un pauvre n’a pas de valeur. Et qui veut d’un grand gaillard tatoué pour faire le ménage dans le cadre des Titres-Services ? », s’exclame-t-elle.

Une errance qui coûte cher

« Par contre, il y a ici un homme qui parle six langues. Or, on sait qu’on a besoin d’interprètes dans le domaine. Pourquoi ne pas former un animateur communautaire afin d’identifier les potentiels ? Pourquoi, avant tout, ne pas les stabiliser dans un endroit fixe - ce qui reviendrait moins cher que des logements d’urgence à répétition ? Comment assurer la scolarité obligatoire des enfants qu’on trimballe partout et qui doivent chaque fois changer d’établissement ? », poursuit-elle. Et d’affirmer : « Cette politique qui entretient cette errance coûte cher à tous. L’État belge finit toujours par être condamné et l’on compte chaque fois des enfants parmi les victimes. » 

Soutenus par les citoyens

Le Délégué général aux droits de l’enfant, Bernard Devos, a compté vingt-et-un enfants, entre 8 mois et 15 ans, qui sont dans la rue depuis une semaine. Aucun soutien officiel, fédéral, régional, communautaire, communal, ne leur a été apporté.
Ce sont les citoyens, avertis par les réseaux sociaux, qui se sont mobilisés autour du Délégué, pour apporter des tentes, des couvertures, des réchauds et, quotidiennement, quelques anonymes viennent déposer de la nourriture, des bidons d’eau, des langes, quelques jouets, des vestes pour la pluie.
Les enfants ne peuvent pas retourner à l’école. Il n’y avait pourtant ni urgence ni nécessité de les chasser de leur logement. Et comble de malchance, toutes les voies de recours judiciaires étaient impossibles au beau milieu d’un congé.

« C’est de la maltraitance ! »

Comme toujours, trois figures militantes des droits des enfants se sont mouillées, au propre comme au figuré, puisque certaines sont restées dormir parmi les familles qui n’avaient pas assez de tentes pour abriter tout le monde.
Alexis Deswaef, président de la Ligue des droits de l’homme : « Quel que soit le problème, on ne laisse pas des enfants dormir dehors. Il y a des bâtiments libres, il faut les loger et puis étudier la problématique. »
Bernard Devos, Délégué aux droits de l’enfant, a bien évoqué les ébauches de solutions échangées entre les différentes entités concernées, mais regrette que la Task Force sur le sujet, mise en place il y a un an, ne se soit réunie qu’une seule fois et joue un ping-pong permanent.
« Or, ici, la Convention des droits de l’enfant, le texte international le plus ratifié et signé au monde, n’est pas respecté. Plusieurs articles sont bafoués. La scolarité, la sécurité, la situation sanitaire… Et si la Slovaquie a des problèmes avec les Roms, nous avons le devoir de nous montrer solidaires pour régler ce problème. »
Enfin, Benoît Van Keirsbilck, directeur de DEI-Belgique et président de DEI-Mouvement international, ne cache pas sa colère : « C’est de la maltraitance ! Même si les dispositions légales sont complexes, on ne peut pas laisser des enfants dehors. La Cour constitutionnelle s’est maintes fois exprimée sur le sujet. Le regard international sur la Belgique n’est pas positif. Le Commissaire européen aux droits de l’homme sera ici en visite dans quelques semaines, nous lui montrerons la réalité. »

Béatrice Demol (13 mai 2015)

Dernière minute !

Le point sur la situtation, à la date du 26 mai. Suite à la mobilisation des citoyens et des médias, Fedasil a déclaré accepter le retour des familles dans leur logement. Une fois arrivées sur place, une seule - celle pour laquelle Fedasil vient d’être condamnée - a pu réintégrer ce logement. Les autres, malgré les suppliques des accompagnants, ont été refoulées dans la rue. Elles seront réintégrées au coup par coup, chaque fois que l’Etat sera condamné, car il le sera à chaque fois : il enfreint totalement la loi et doit chaque fois payer des indemnités. Combien de temps ces familles devront-elles attendre avant d’être réintégrées dans leurs droits ? C’est du vrai délire.

« Je vis dehors, j’ai peur qu’on se moque de moi à l’école. »

Pour l’heure, entre deux averses, les vêtements n’arrivent pas à sécher sur les haies qui bordent le parc situé en face du bâtiment de l’Office des étrangers. Les enfants se déplient hors des minuscules tentes-igloos et s’éparpillent sur les pelouses, pas loin des badauds qui profitent aussi des éclaircies en ne sachant sans doute pas ce qui se déroule à quelques mètres d’eux.
Les mamans cuisent des gaufres et des boîtes de raviolis sur des gazinières mais, déjà, les bonbonnes manquent. Les papas font le tri entre les dons comestibles et le matériel, attentifs à ce que les jouets soient utilisés par tous.
Sebastian, 11 ans, me demande si je n’ai pas des langes pour son petit frère. Puis, il ajoute qu’il ne retournera pas à l’école cette semaine « parce que je dors dehors et que je n’ai pas envie qu’on se moque de moi. »

Pour mieux comprendre 

  • Fedasil est l’agence fédérale pour l’accueil des demandeurs d’asile. C’est elle qui a pris la décision de mettre ces familles Roms qui relèvent de l’Union européenne à la rue.
  • Samusocial a pour mission première de s’occuper de l’aide urgente aux sans-abri. Il a été mandaté par Fedasil pour héberger ces familles et doit se plier aux injonctions de l’agence fédérale. Ces familles expulsées devenant de facto des sans-abris, le Samu tente de leur assurer un suivi, mais manque de places d’accueil. Depuis le 15 avril, plus de 16 familles se partagent, l’une après l’autre, les trois chambres d’accueil d’urgence disponibles à Bruxelles.
  • Les organisations suivantes mettent tout en œuvre pour, notamment, faire respecter les lois en faveur du bien-être et des droits des enfants :

 ► Le Délégué général aux droits de l’enfant,
 ► La Ligue des droits de l’homme,
 ► La CIRE, Coordination et initiatives pour réfugiés et étrangers,
 ► DEI, Défense des enfants Belgique.