Vie de parent

Des familles d'accueil
pour les enfants dans le besoin

Que faire quand un enfant se retrouve seul car ses parents sont hospitalisés ? Potentiel porteur du virus, qui pourrait l’accueillir ? Rien n’a été pensé pour eux. Ce genre de situation est inédite. Face à cela, une initiative citoyenne, le Réseau de solidarité enfant-relais, est née. L'action vise également à recruter des familles d’accueil pour les enfants victimes de violences intrafamiliales.

Des familles d’accueil pour les enfants dans le besoin

Laurie est policière à Bruxelles. La semaine dernière, le bourgmestre de sa commune l’a contactée pour régler une situation très compliquée : une petite fille de 8 ans, dont les parents sont séparés, risquait de se retrouver sans famille, car sa maman, contaminée par le Covid-19, devait être hospitalisée. Son papa, étant âgé et souffrant du diabète, ne pouvait pas la garder, d’autant plus que l’enfant était potentiellement porteuse du virus. Personne n’avait de solution et on a chargé Laurie d’en trouver une.

« J’ai d’abord fait appel à mon réseau professionnel. J’ai contacté le service d’aide à la jeunesse (SAJ) pour un placement en famille d’accueil, mais celui-ci s’est vite révélé impuissant. D'une part, les institutions d’accueil refusent la prise en charge de nouveaux enfants surtout s’ils sont à risque, d’autre part, ce service n’est pas compétent pour ce cas particulier de prise en charge d’un enfant dont le parent est hospitalisé. Étant donné que l’enfant concernée ne souffre pas de maltraitance intrafamiliale, je ne souhaitais pas non plus faire appel au Procureur du Roi et judiciariser la situation. Je me suis donc dirigée vers mon réseau privé de familles d’accueil, étant moi-même accueillante d’un enfant. Rapidement, on m’a mise en contact avec une assistance sociale qui m’a expliqué qu’un réseau de solidarité citoyenne avait été créé dans une commune voisine et que plusieurs familles étaient prêtes à accueillir des enfants dans le besoin. On s’est donc tourné vers cette idée-là, tout était organisé, on a trouvé une famille pour la petite fille. Finalement, par chance, la maman n’a pas été hospitalisée et tout est rentré dans l’ordre. Mais heureusement que ce réseau s’est mis en place, sinon je ne sais pas ce qu’on aurait fait ! »

Des services d’accueil d’urgence saturés

Parallèlement à ce genre de situation, des enfants continuent d’être placés dans les familles. Ce sont les enfants victimes de violences ou de maltraitances intrafamiliales. Pour ceux-là en particulier, des services agréés, les services d’accompagnement en accueil familial (SAAF) se chargent de leur trouver un foyer. Il en existe trois types : les SAAF d’urgence, de court terme et de long terme. Ils sont mandatés par le Service d’Aide à la Jeunesse (SAJ), le Service de Protection de la Jeunesse (SPJ) et les juges de la jeunesse.

Suite au confinement, la demande de placement d’enfants dans les services d’urgence et de court terme a explosé. Valentine d’Udekem, la coordinatrice de la fédération des SAAF, explique : « Non seulement il fallait clore les dossiers d’enfants en cours, mais en plus de nouvelles demandes ont afflué. Même les services pédiatriques des hôpitaux ont fait appel aux SAAF pour y placer des enfants. Les SAAF ont donc essayé de tout régler un peu dans l’urgence ».

Risque d’augmentation d’enfants victimes
de violences intrafamiliales

Depuis lors, la demande de placement semble avoir diminué. Des inquiétudes persistent néanmoins : « Le problème, c’est qu’aujourd’hui, le contexte de confinement rend les familles invisibles, précise Valentine d’Udekem. Généralement, ce sont les écoles et les équipes professionnelles du SAJ ou du SPJ qui repèrent si les enfants sont maltraités. Mais comme actuellement les écoles sont fermées et les équipes de l’aide à la jeunesse doivent télétravailler, c’est plus compliqué d’identifier le danger. Nous craignons l’après-confinement, nous craignons de découvrir de nouvelles situations très graves. Nous réfléchissons donc à une stratégie pour être encore plus solidaires vis-à-vis de nos services d’urgence et de court terme qui sont saturés et, à la fois, pour préparer l’après-confinement ».

Un réseau de solidarité citoyenne

Les solutions pour ces enfants dans le besoin, qu’ils aient leurs parents hospitalisés ou qu’ils soient victimes de maltraitances, sont donc compliquées en ces temps de crise. Face à cela, et après avoir eu un contact avec Laurie la policière, un réseau citoyen de solidarité est né dans les communes de Laeken et Berchem-Sainte-Agathe. Il vise à trouver des familles pour accueillir des enfants dans le besoin dans toute la Belgique, tout en veillant à garder le lien avec les organismes agréés.

Isabelle Lecocq est à l’initiative du projet : « Nous nous sommes rendu compte qu’aucun service n’existait pour traiter des cas comme celui de cette petite fille de 8 ans. Les réseaux en place (le CPAS ou les familles d’accueil) nécessitent en principe une judiciarisation préalable, mais, en plus, ils sont saturés ou vont l’être très vite. Or, beaucoup d'autres demandes de ce type risquent d’arriver dans les jours qui viennent, ainsi que des demandes de placements d’enfants victimes de violences ou de maltraitances ».

Ce réseau est donc aussi en contact avec des personnes comme Valentine d’Udekem, qui marque tout son soutien : « On parle là de  familles-relais pour faire la différence avec les familles d’accueil. Il ne s’agit pas de notre secteur, mais d’initiatives citoyennes, volontaires, bénévoles. Nous sommes ouverts à collaborer avec eux bien que nous devons rester prudents : on ne place pas un enfant chez des inconnus, même si ces derniers ont la meilleure volonté du monde. Il faut un minimum préparer et tester la famille candidate avant de lui confier un enfant. Mais vu la situation de crise actuelle, et s’ils ont des familles-relais à nous proposer, nous serions ouverts à coopérer ».

Alix Dehin

En pratique

Recherche personnes ou familles volontaires

Le réseau recrute d’abord des personnes célibataires, jeunes et en bonne santé, qui pourraient accueillir un enfant dont le(s) parent(s) est/ sont hospitalisé(s). Ensuite, des couples, en famille, avec ou sans enfant, qui pourraient devenir des familles-relais pour accueillir temporairement un enfant qui a été retiré de sa famille pour sa sécurité. Enfin, il recherche des psychologues, assistants sociaux, éducateurs, professeurs, etc., qui pourraient soutenir par téléphone ces familles-relais.

Si vous êtes intéressés par le réseau de solidarité relais-enfant, contactez (d'abord par email au préalable en précisant l’objet du message) :

- Isabelle Lecocq : barefootbelgique@gmail.com - 0472/36 04 24
- Jean-Luc Haentjens, coordinateur du projet : staffdu7351@gmail.com - 0473/88 82 20

Bon à savoir

Numéro gratuit pour les violences intrafamiliales (et pas seulement pour les violences conjugales) : 0800/300 30