Vie de parent

Des familles de réfugiés
resteront sur le banc

Les Belges avaient le coeur à la fête le week-end dernier. Pas les réfugiés et demandeurs d'asiles. Le gouvernement envisage de fermer 10000 places d'accueil à l'aube des flux migratoires de l'été. C'est l'intégrité, physique et morale, ainsi que l'avenir de parents et d'enfants qui sont en jeu.

Des familles de réfugiés resteront sur le banc

Belgique 3 - ... Demandeurs d'asiles 0. Derrière le décor des parades en noir jaune et rouge, les familles réfugiées et demandeuses d'asile en Belgique n'avaient pas le cœur à la fête ce week-end. Vendredi, le Secrétaire d’État à l’asile et à la migration, Théo Francken, a décidé de fermer 10 000 places d’accueil. Selon la Ligue des droits de l'homme (LDH), il s’appuie sur les chiffres montrant que le nombre de demandeurs d’asile baisse de plus en plus.

« Mais le secrétaire d’État a la mémoire dangereusement courte, s'écrie la Ligue des Droits de l'Homme. La situation était la même il y un an : les arrivées diminuant, un plan de fermeture des places d’accueil avait été exécuté. Une soudaine arrivée massive en été, non-anticipée, a nécessité la création, dans une urgence chaotique, de places de piètre qualité. »

Les associations « gênantes »

Pour le Ciré (Coordination et initiatives pour réfugiés et étrangers), le gouvernement « ne semble pas répondre à l'ambition initiale : adapter le réseau d’accueil au contexte actuel ». Et profiterait même de cette mesure pour « se débarrasser de partenaires associatifs gênants ». « Le gouvernement profite du plan de fermeture de 10 000 places pour supprimer le modèle d’accueil des associations actif depuis dix-sept ans ».

Le modèle en question, établi en partenariat avec Fedasil, « favorise l’autonomie et l’intégration » en proposant aux demandeurs d’asile un hébergement dans des appartements, avec un accompagnement adapté à leurs besoins. « Depuis 1954, les associations ont accueilli, au fil des crises migratoires, les réfugiés hongrois, albanais, rwandais, kosovars, irakiens, afghans, syriens... »

La fermeture concerne aussi des places structurelles. Pour ces associations, en période d’arrivée importante de demandeurs d’asile, le gouvernement devrait ouvrir des places « extra », « d’urgence » et « temporaires » et lorsqu’il y a une diminution de ces arrivées, fermer ces places-là et revenir à une base de places structurelles de qualité. C'est pourquoi le Ciré invitait à une action ce lundi matin :

Non à la fermeture de 10 000 places d'accueil pour les demandeurs d'asile. Action ce matin. https://t.co/Hg0VJZFLn5pic.twitter.com/hly8KX3R6i

— CIRÉ asbl (@CIREasbl) 20 juin 2016

Un drame humain

En ce 20 juin 2016, journée mondiale des réfugiés, la Ligue des droits de l’homme a remis son bulletin à Théo Francken. Avec la Plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés, elle dénonce cette politique d'accueil « inacceptable » qui a « des conséquences désastreuses pour les demandeurs d’asile ».

« En Belgique et en Europe, tout demandeur d’asile a droit au gîte et au couvert, à un accompagnement social, juridique, linguistique, médical et psychologique, ainsi qu’à un accès à l’école et aux formations. Ça, c’est pour la théorie. En pratique, cet accueil respectueux de la dignité humaine n’est pas effectif en Belgique. »

Sans le soutien du gouvernement, les assistants sociaux et bénévoles présents dans les centres d’accueil peinent à offrir aux demandeurs d’asile des conditions d'accueil dans le respect de la dignité humaine. Et derrière ces décisions, c'est un véritable drame humain qui se joue. Ce sont des familles, des papas, des mamans, des enfants qui resteront sur le banc... de la société, vivant dans l'incertitude et l'insécurité, quant à leur intégrité physique et morale, leur santé, leur avenir... Soyons humains. Refusons ces règles du jeu.

Stéphanie Grofils

Action avec la Ligue des familles

La Ligue des familles demande un plan urgent de protection de tous les enfants, particulièrement des Mineurs Étrangers Non Accompagnés (MENA) ainsi qu'une protection des femmes et la mise en place d’un passage sûr et légal pour les migrants cherchant protection en Europe. « Ces personnes qui arrivent chez nous ont traversé plusieurs pays, passé des frontières toujours plus difficiles à franchir, risqué leur vie, dépensé ce qui leur reste pour payer les passeurs et vécu dans des conditions épouvantables. »

La Ligue des familles s’est également mobilisée pour un accueil solidaire des réfugiés en organisant des rencontres publiques pour répondre aux besoins concrets des familles migrantes

Que fait l'Europe ?

Myria, le Centre fédéral migration, s'est penché de près sur la réaction de l’Europe à la situation exceptionnelle concernant les réfugiés en 2015 et 2016. Sa préoccupation : l’Europe apparaît emportée par une spirale infernale rabaissant les normes de protection des demandeurs d’asile et des réfugiés, causée par l’addition d’une série de mesures prises par l’UE et par des États membres individuellement. Myria appelle au respect des obligations européennes et des droits fondamentaux, dans son communiqué.

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