16/18 ans

Des métiers qui font des étincelles

On sait que les entreprises viennent cueillir les étudiants les plus performants à la sortie de Solvay. On sait moins qu’elles sont tout autant en recherche de bons électriciens, qu’ils soient techniciens ou ouvriers. Des travailleurs très recherchés, dont beaucoup ont été formés par Roland Devos. Rencontre avec ce professeur, amoureux du travail bien fait, ce qui est préférable quand on a affaire avec la fée Électricité !

Des métiers qui font des étincelles

Il faut que le plomb général saute pour qu’on se rende compte de l’immense - voire féerique - progrès que fut la découverte de l’électricité. Le peintre Dufy ne s’y est pas trompé en acceptant la commande de la Compagnie parisienne de distribution d'électricité qui devait être exposée au Pavillon de l'Électricité à l'Exposition Universelle de 1937.
Pour répondre à l’objectif qui était de « mettre en valeur le rôle de l'électricité dans la vie nationale et dégager notamment le rôle social de premier plan joué par la lumière électrique », Dufy a réalisé une œuvre monumentale, La Fée Électrique, composée de 250 panneaux, exposés aujourd’hui dans une salle spéciale du Musée d'art moderne de la ville de Paris.
Inutile d’essayer d’attirer votre gamin vers l’électricité aussi mystérieuse soit-elle, si son bonheur, c’est de réciter le Bateau ivre de Rimbaud ou Sous le Pont Mirabeau d’Apollinaire. Par contre, si il ou elle aime comprendre comment fonctionnent les choses et ne craint pas le travail manuel, vous pouvez lui proposer d’explorer le domaine de l’électricité. Deux filières pour apprendre à le maîtriser : l’enseignement technique ou professionnel avec, à la clé, un emploi assuré !

Technique : de l’emploi à coup sûr

Aujourd’hui, on ne forme plus que des électriciens automaticiens qui font plus de numérique que d’électricité. Autant le savoir, si votre jeune est surtout attiré par la fée Électricité. D’autre part, la filière technique demande plus de théorie (dessiner le schéma électrique, par exemple) que de pratique (quatre heures par semaine) et exige actuellement, hélas, de décrocher un graduat en supérieur pour être sûr d’être engagé. Avantage : la filière technique permet aux hésitants de pouvoir continuer des études supérieures quelles qu’elles soient.
Selon Roland Devos, le meilleur métier pour le jeune qui a fait les techniques et qui n’a aucune envie de prolonger ses études en supérieur est celui d’électromécanicien. « Ce métier exige des compétences en électricité, mais aussi en forage, fraisage, tournage, etc. Autant ne pas faire n’importe comment les trous dans les murs ! C’est dommage que cette formation ait été supprimée côté francophone car le secteur privé recherche des travailleurs de ce type. Il y a cependant un moyen d’y arriver par l’apprentissage. Beaucoup de patrons sont prêts à former le jeune s’il respecte les horaires, présente bien, est poli et s’il maîtrise un minimum de connaissances. Des conditions qui ne me semblent pas inatteignables », conclut-il par un grand rire.

Professionnel : pas une voie de garage si on le veut bien !

Votre enfant n’aime pas étudier, mais par contre est habile de ses mains et n’hésite pas à se lancer dans des tâches plus opératives ? La filière professionnelle devrait bien lui convenir avec ses seize heures de pratique par semaine qui le formeront soit comme électricien en bâtiment - tirage de fils, tubes, éclairage, interphone, etc. -, soit comme électricien industriel - démarrage de moteurs, montage de pompes, placements d’ascenseur, etc.
Et s’il a soudain de nouvelles ambitions, en fin de 6e, il peut toujours faire une 7e année qui le rééquilibre, lui permet de rejoindre le niveau technique et de s’inscrire à un graduat (Attention : il existe trois 7es années, renseignez-vous pour choisir la bonne auprès de la direction). L’étudiant professionnel peut donc rejoindre le supérieur et n’est plus perdu comme jadis.
« Ça, ce sont les possibilités, confirme Roland Devos. Mais dans la réalité, beaucoup de gosses décrochent, nous confie-t-il aussi. Les études sont trop longues, beaucoup d’élèves vivent déjà seuls et travaillent le soir pour assumer leurs besoins… Par contre, ceux qui s’accrochent et arrivent en dernière année s’en sortent très bien. »

L’effet magie

Qu’est-ce qui pousse à choisir l’électricité comme spécialisation ? Roland Devos repart d’un grand rire, en disant qu’il n’est sûrement pas la référence en la matière puisque ce choix s’est fait un peu par hasard, pour rassurer maman.
« À trois rues de chez moi, il y avait une école technique. Ma mère vivait seule avec ses trois fils, elle n’avait pas envie que je m’éloigne trop de la maison familiale ». D’accord, mais Roland n’a pas pris ses jambes à son cou et il a persévéré dans cette orientation.
« Ce que j’aimais, c’était l’imagination que l’électricité, ce phénomène invisible, me demandait. On voit les effets de la fée Électricité, mais il faut une sacrée dose de créativité pour approcher ce phénomène qui n’est pas facile à comprendre. Il y a beaucoup de physique - calculer la section d’un fil, la puissance pour tel circuit - et un peu de chimie. Le danger qui y est lié m’a aussi motivé : on ne peut pas mettre une section de1 mm s’il y a 50 ampères qui passent dedans au risque de mettre le feu ! J’ai travaillé pendant dix ans dans le privé et là, je me suis senti investi d’une grande responsabilité, j’y ai développé le goût du travail bien fait. Suffit pas de tirer des câbles, faut que ça tourne et il ne s’agit pas de nous rappeler deux jours après parce que l’installation ne fonctionne pas. »

Myriam Katz

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People

Roland Devos a eu comme étudiant en électromécanique un certain Nabil Ben Yadir. Quelques années plus tard, il réalisait Les Barons et La Marche qui vient de sortir en salle. Comme quoi l’électricité mène à tout !

Ils en parlent...

« En dernière année technique, on a trois semaines de stage obligatoire à faire avant les vacances de Pâques. C’est là que j’ai décidé de continuer mes études en supérieur. Je ne veux pas forer toute la journée ou être sous les ordres d’un mec qui connaît moins que moi. Ce stage, c’est bien, ça te montre la réalité sur le chantier ! »
Younès, 20 ans, 6e technique en électricité

« Un des problèmes de l’enseignement professionnel, ce sont les grosses classes pour lesquelles on n’a pas assez de matériel. Il y en a qui vont très vite, d’autres qui mettent un temps fou pour terminer l’exercice… Alors, on doit occuper les gars une fois qu’ils ont terminé leurs travaux pratiques sinon ils rigolent, ils se donnent des petites claques, ils se lancent des trucs… et ça dégénère. »
Laurent, prof de travaux pratiques

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