Des séries à regarder
chacun de son côté

Les ados, on les scrute sous toutes les coutures. Créatures aussi fascinantes que déroutantes, on en arrive parfois à n’y plus rien comprendre. On a beau être passé par là, on se sent totalement largué. Qui sont-ils ? Comment ça fonctionne ? L’heure est au rattrapage. Anja, 20 ans, prodigue ses meilleurs conseils, sous forme d’un guide très perso des séries ados à ne manquer sous aucun prétexte.

Des séries à regarder chacun de son côté

Depuis que vos enfants ont passé le cap des 10 ans, vous semblez avoir été plongés dans un liquide mutagène dont les effets agissent à l’inverse de ceux dans la série animée Les tortues-ninjas : vous perdez vos moyens. Vous avez du mal à appréhender leurs réactions, à vous adapter à leur évolution rapide.
Anja, notre spécialiste, rassure : « C’est tout à fait normal. Il y a plein de choses dont on ne peut pas parler directement avec nos parents, ils seraient tout simplement hyper choqués ». Elle se propose donc de vous accompagner dans les méandres de la vie adolescente : « Regardez les séries qui parlent de nous ! Vous vous rendrez mieux compte de ce qui nous préoccupe ».

Pourquoi le succès des séries ?

Si ces séries cartonnent, c’est parce qu’elles parlent vrai, confie Anja. « Elles sont très axées sur la puberté, sur le passage à l’âge adulte. Je les adore parce qu’elles peuvent être regardées à plein de moments différents. Elles s’adressent à tous. Des post-ados, comme moi, déjà passés par là. Il y a une petite nostalgie, un côté régressif qui nous amuse et nous fait du bien. Pour ceux qui sont en plein dedans, c’est juste un régal : ils ne sont pas seuls, ils ne sont pas dingues. Et pour les plus jeunes, super curieux, ça leur donne une idée de ce qui les attend. Je dirais qu’on peut regarder la plupart à partir de l’âge de 12 ans. Mais ne vous leurrez pas : le langage que vous y entendrez, les grossièretés, c’est comme cela que l’on parle entre nous, et souvent beaucoup plus tôt déjà ! ».

Du l’humour, mais pas toujours

En effet, dans la plupart de ces séries, on parle de tout, sans tabou. « C’est cru, c’est trash et c’est souvent drôle. Grâce à l’humour, on peut y aller, c’est d’ailleurs comme ça qu’on aborde ce qui a trait à la sexualité, on en rit beaucoup ». L’humour dédramatise et banalise un peu les bouleversements de cette période : premiers baisers, virginité, émissions nocturnes, bandaisons, masturbation, homosexualité, contraception.
Mais les séries ne se cantonnent pas à parler de sexe, dit Anja, « les thèmes sont variés, on y aborde aussi des sujets de société qui nous préoccupent, comme l’amour et l’amitié, le harcèlement, les réseaux sociaux, le port du voile, le racisme, la maladie mentale. On regarde aussi des drames, qui nous bouleversent, nous font réfléchir… ».
Enfin, celle qui ne manque rien de ce qui se propose sur le petit écran, passionnée par les productions d’aujourd’hui comme celles d’hier, ajoute une mise en garde. « Attention, mieux vaut éviter la ‘gênance’, elles sont à découvrir chacun de son côté ». Hum, voilà qui est dit.
Pour une mise à jour accélérée, le Ligueur a recueilli sa sélection personnelle des meilleures productions destinées aux ados. Matériel requis : un écran, un divan confortable, un plaid. Le reste à votre discrétion.

► Skam (Honte)

Une web-série norvégienne de dix épisodes de 20’ (4 saisons), créée par Julie Andem.

Synopsis : Skam, c’est un OVNI délicieux. La génération Y à l’honneur ! Au plus près de la vie des ados de l’école Hartvig Nissens à Oslo (16 ans et un peu plus), chaque saison de ce petit bijou nous fait suivre un personnage de la bande. L’originalité du concept, c’est que chacun a un véritable compte Instagram et Facebook et reste en contact avec les spectateurs, en temps réel. Des scènes de l’épisode à venir et des sms échangés sont postés tous les jours sur le site web de la série, pour être rassemblés en épisode diffusé en fin de semaine (ceux que vous allez découvrir).
Extrêmement réaliste, on partage le quotidien des protagonistes en classe, à la maison, en soirée, à l’arrêt du bus… Exit les parents : la série digitale les exclut presque tous, ajoutant à la focalisation sur la vie intime des ados. Le format, celui d’une grande conversation, permet d’aborder tous les thèmes possibles de l’intérieur : amour et amitié, homosexualité, consentement, contraception, conflits, disputes, relations familiales, parentification, maladie mentale, port du voile, trahison. On s’attache tellement qu’on se surprend à vouloir aller étudier dans le Nord… et on attend les adaptations avec impatience.

Galerie de portraits : celle qui se questionne et se cherche. Celle qui est forte et féministe. Celle qui ne laisserait jamais tomber une amie. L’éternel bon pote qui se découvre gay. Celle qui porte son voile et affiche un caractère bien trempé. Celle qui aimerait être populaire. Et tous les autres.

À quoi s’attendre : c’est authentique. Ça sonne juste. C’est passionnant. C’est alcoolisé. C’est politique. Jouissif et addictif.

Indice de satisfaction Anja : 95 %.

► Big Mouth

Une série animée américaine (pour adultes) en dix épisodes de 27’ (3 saisons), créée par Nick Kroll et Andrew Goldberg.

Synopsis : les mésaventures pré-adolescentes des auteurs et de leurs camarades, à la découverte de leur corps, de leurs sentiments et de la sexualité. Sans. Aucun. Tabou. Ils sont soumis aux affres de la puberté, en pleine confusion hormonale personnifiée par de très vulgaires « Monstres des Hormones », qui leur apparaissent de façon intempestive et guident leurs comportements, passant successivement et sans prévenir du statut de bons potes à ennemis jurés. Toutes les premières fois : masturbation, règles, baisers, poils, seins, et même ce que vous n’avez pas imaginé.

Galerie de portraits : Une geek un peu timide, le demi-portion aux hormones endormies, le garçon banal obnubilé par sa puberté, la peste populaire, le gay et ravi de l’être, la jeune fille dont les seins ont poussé avant tout le monde, etc. Accompagnés de quelques Monstres des Hormones aussi grossiers et répugnants les uns que les autres. Et un Sorcier de la honte qui s’échine à pourrir leurs vies. Le tout sur fond d’amitiés indéfectibles et de premières amours.

À quoi s’attendre : c’est complètement déjanté, c’est très cru, très vulgaire, assez pipi-caca-vomi, ça pourrait vous gêner. Mais c’est aussi touchant. Quel sera votre degré de tolérance ?

Indice de satisfaction Anja : 85 %.

► 13 Reasons Why

Adaptée du roman de Jay Asher, cette série dramatique en treize épisodes de 50’ (2 saisons, une 3e cette année) créée par Brian Yorkey est déconseillée aux moins de 16 ans.

Synopsis : Souffrir à en mourir. La série nous plonge sans concession au cœur du mécanisme du harcèlement scolaire. Avant de se suicider, Hannah a enregistré des cassettes sur lesquelles elle dévoile les expériences qui l’ont amenée à craquer. Adressées à Clay Jensen, un camarade de classe amoureux d’elle, et qui va découvrir, avec le spectateur, les treize raisons qui ont précipité le drame.
Sexe, viol, harcèlement sexuel, drogue, alcool, violence, mais aussi amitié et amour, tout y est abordé de façon frontale. Tous vivent des choses difficiles. Tous cachent des secrets. Qu’en est-il de Clay ?

Galerie de portraits : Un introverti. Une pom-pom girl. Une brute. Une lesbienne. Des parents dévastés.

À quoi s’attendre : C’est bouleversant. Poignant. Vertigineux. Brutal, dur et violent. Un indispensable. Regardez et parlez-en avec vos ados.

Indice de satisfaction Anja : 80 %

► Sex Education

Cette comédie dramatique en huit épisodes de 50’, créée par Laurie Nunn, est une création anglo-américaine.

Synopsis : Otis, un jeune lycéen de 16 ans, connaît tout sur le sexe : sa maman est sexothérapeute. À l’école, l’insoumise Maeve a une idée de génie : la plupart des ados se posent des questions sur le sexe et les relations amoureuses. Elle est douée en affaires, Otis semble être un psychologue-né. Pourquoi ne pas leur offrir des conseils dans un cabinet clandestin ?

Galerie de portraits : le timide éclairé, le gay assumé, l’homo refoulé, les loosers et les populaires, l’acharnée qui veut perdre sa virginité avant l’université, le tout sur fond de relations qui se font… et se défont.

À quoi s’attendre : c’est cru, c’est drôle, c’est fin. Ça fait du bien.

Indice de satisfaction Anja : 75 %.

► Les Fosters

Une série télévisée américaine en vingt épisodes de 42’ (5 saisons) créée par Bradley Bredeweg et Peter Paige, prolongée par un spin-off Good Trouble.

Synopsis : c’est quoi, une famille ? Stef et Lena forment un couple de lesbiennes qui a trois enfants, un fils et des jumeaux adoptés. La famille s’agrandit lorsque la rebelle Callie, 16 ans, est recueillie pour un temps indéterminé, avec son petit frère... On suit la vie quotidienne des deux mamans, celle de chacun des enfants, leurs parcours et leur évolution. Comment font-ils face à l’homophobie, la discrimination, au système d’adoption et de familles d’accueil américain ? Comment grandit-on les uns à côté des autres ? Une série tranquille, pleine de sentiments, mais qui aborde avec franchise et délicatesse toute une série de sujets.

Galerie de portraits : le fils biologique d’un premier mariage, les jumeaux latinos adoptés, une ado tout juste sortie de maison de correction, un jeune garçon qui découvre sa sexualité, une maman flic, une maman prof et toute une série d’autres visages que vous adorerez découvrir.

À quoi s’attendre : une série dramatique qui nous fait penser, rire, pleurer.

Indice de satisfaction Anja : 70 %

Aya Kasasa