Vie de parent

Dingue des nouvelles technologies !

Dingue des nouvelles technologies !

► Adriana, maman d’un ado, 15 ans
Une carrière-gadget ?

La question de l’orientation ? L’horreur ! Notre fils passe son temps à fumer des pétards et jouer aux jeux vidéo. Sa dernière ? Il nous dit que c’est comme un boulot parce qu’il veut travailler dans ce domaine. Évidemment, aucune personne de notre famille n’y connaît quoi que ce soit. A priori, ça ne me semble pas être un choix de carrière raisonnable. Qui nous dit que ça ne va pas complètement disparaître d’ici à ce qu’il intègre le marché du travail ? Un peu comme les gens qui rêvaient de fabriquer et développer des fax, il y a encore quelques années… Ce secteur des nouvelles technologies est complètement bancal. Un gadget en remplace un autre en quelques semaines. Qui se souvient des Archos ? Qui se souvient des Tam-tam ? En plus de cela, je ne souhaite pas nécessairement qu’il finisse avec un visage bleui par l’écran, des lunettes en cul de bouteilles et des T-shirts Star Wars ! Sans dramatiser, ça ne me semble pas être un milieu épanouissant. C’est dommage qu’un gosse de cet âge-là s’enferme dans un univers un peu en dehors de la réalité. Est-ce qu’on ne peut pas essayer de lui montrer qu’il y a autre chose ? Peut-être qu’il fait ce choix parce que c’est ce qu’il a sous son nez au quotidien. Qui dit que s’il ne refaisait pas du sport, il ne voudrait pas devenir basketteur professionnel ?

Marie-Claude, maman de Jim, 17 ans : « Leur façon de rêver »
Mais qu’ont-ils avec les nouvelles technologies ? Mon fils veut fabriquer des tablettes numériques. Son rêve, c’est de travailler dans les hologrammes tactiles. Ça n’existe pas, mais il nous jure que c’est l’avenir. Pour ceux qui ne savent pas de quoi il s’agit, on parle d’une image qui se projette du smartphone ou d’une tablette sur laquelle on peut naviguer. C’est euh… leur façon de rêver, quoi.

Sofia maman de Lucien, 18 ans : « Des gadgets, non. Des outils, oui »
Mon fils étudie à l’HEB (Haute École de Bruxelles) dans le but de développer des applications pour smartphone. Je partage les mêmes inquiétudes qu’Adriana, ce truc ne sera pas éternel. Mais je suis persuadée qu’on les forme à évoluer et faire évoluer ces gadgets. Tout cela est neuf, mais on parle bien d’outils qui sont peut-être tout aussi révolutionnaires que la roue ou la fourchette. Ils sont nés là-dedans. Ils ont l’esprit formé à penser toute cette technologie. Ils font évoluer nos sociétés en quelque sorte.

Dominique, papa de Marco, 15 ans : « Ambition pixels »
Mon fils aussi rêve de travailler dans les jeux vidéo. Nous lui avons fait visiter des gros studios de développement pour qu’il voit un peu les différents métiers. Nous les avons approchés via l’AFJV, en France. C’était il y a deux ans. Depuis, il ne pense plus qu’à ça. Contrairement à Adriana, ça me rassure que mon fils sache ce qu’il veut faire de sa vie. Et si ça ne lui plaît pas ? Je connais des gens de 60 ans qui apprennent de nouveaux métiers. C’est bien de passer d’une activité à une autre.

Isabelle, maman de deux enfants, 14 et 15 ans : « Ils sont prêts à s’embarquer dans n’importe quoi
Tout cet univers obsède nos enfants. Normal, me direz-vous. Mais attention de bien les mettre face à la réalité. Mes fils parlent de s’embarquer dans des choses complètement ahurissantes qui n’existent pas. Ils entreprenaient à table, il y a peu, de fabriquer des hoverboards. Des skateboards volants pour ceux qui n’ont pas vu le film Retour vers le futur. Comme ils ont vu des vidéos sur internet, ils se sont dit « Bingo », voilà ce que l’on va faire de notre vie. Et nous de devoir briser leurs illusions.

Julia, maman de Thibault, 15 ans : « Nous, les parents du siècle dernier »
Mon fils, c’est un peu la même chose que les enfants d’Isabelle, mais avec les robots. Il apprend le japonais, pour pouvoir intégrer un gros groupe et construire les premiers vrais humanoïdes. Bon, très bien. Mais pour nous, parents du siècle dernier, ça fait un peu trop science-fiction. Je partage les inquiétudes d’Adriana. Tout cela va-t-il durer ? Qui nous dit que dans trente ans, on ne sera pas tous à cultiver nos patates avec des râteaux en bois ?

Sven, papa de Jena, 18 ans : « Un monde meilleur... Ah bon ? »
Ma fille est en dernière année de Sciences informatiques à l’UCL. Elle est en plein travail de fin d'études (TFE) et fait un stage dans une firme très très connue. Son ambition a toujours été de partir aux États-Unis et intégrer ce monde de pointe. Au-delà de l’aspect hyper-moderne qui ne me transcende pas, je trouve que la façon dont on singe les américains, et plus particulièrement tout ce monde absolument artificiel de la Sillicon Valley, m’inquiète. Jena, comme tous les Zuckerberg ou les Gates, parle de rendre le monde meilleur. Je ne vois pas en quoi un objet inutile, fabriqué par des Chinois dans des conditions inhumaines, participe à l’amélioration de nos sociétés, mais bon… J’ai toujours soutenu ma fille en dépit de cette immense incompréhension qui nous lie.

L’avis du Siep 

Le virtuel… pas si virtuel !

Plusieurs témoignages renvoient à la représentation de parents qui décident ce qui est épanouissant pour leur petit. Là où ils ont raison de se méfier, c’est au sujet des différentes lubies des ados. Projet réfléchi, on fonce. Mais un gamin qui parle d’une passion générique comme construire des robots ou tester des jeux vidéo, méfiance. Il n’est peut-être pas toujours conscient des différentes dimensions techniques. Voilà pourquoi il est important de montrer la réalité des métiers. Aux gosses de confronter la dimension professionnelle face à leur choix. Parlez-leur des formations qui existent, des cours qu’elles comprennent, du contenu des programmes. Participez aux forums, aux journées portes ouvertes. Rencontrez les professionnels. Ils sont généralement très accessibles dans ce domaine.

Pas de retour aux champs !

En ce qui concerne les craintes d’Adriana quant aux formations qu’elle juge trop spécifiques, n’oublions pas qu’il s’agit d’un secteur en perpétuelle évolution. Là, plus qu’ailleurs, il est impératif de toujours se mettre à jour. Et plus encore, il est impératif que vos enfants n’aient pas peur de développer des compétences qui vont être des socles entre plusieurs domaines et vont conduire à d’autres métiers. Dans ce domaine de pointe, le savoir est transférable. Un enfant qui veut construire un iPad ne va pas faire « formation iPad ». Il va se former et aura une base qui pourra être exploitée dans plusieurs contextes très différents. Que certains outils paraissent éphémères, on le comprend. Mais ce secteur, lui, est très dynamique. Je ne pense pas que l’on retourne tout de suite aux champs de pommes de terre !

Parole de geek

Julien Chevallereau, ingénieur informatique : « Geeks, soyez béton en anglais ! »

Comme tous les gamins des années 1980 qui ont passé une bonne partie de leur enfance devant un Atari ST, quand j’ai appris que l’on pouvait gagner sa vie avec un ordinateur, ma vie a trouvé un sens. Élève moyen, je savais qu’il fallait que je tienne bon et que je me débarrasse des matières superflues avant de pouvoir faire ce que j’aime vraiment. Le supérieur a été une révélation, j’ai préparé un Master d’ingénieur civil en informatique à Liège. La plus grande difficulté résidait dans le fait que les cours sont enseignés en anglais pour préparer les carrières internationales. Aux geeks qui nous lisent : soyez béton en anglais. Mes forces ? Beaucoup de rigueur, une bonne faculté de raisonnement, évidemment des grosses compétences dans le domaine de l'informatique et, principalement, une très bonne faculté d'abstraction. Oui, les informaticiens sont beaucoup plus imaginatifs qu’il n’y paraît. Et je pense même que, à l’avenir, pour des métiers très techniques, il va falloir redoubler de créativité. Aujourd’hui, je suis responsable du réseau informatique d’une multinationale allemande. Je voyage beaucoup et je rencontre des gens passionnants. Qui eux aussi ont passé leur enfance devant un Atari.

Yves-Marie Vilain-Lepage

Les ficelles du Ligueur

Cette partie du dossier est certainement celle qui va le plus mal vieillir. Dans quelques années, peut-être même quelques mois, vous la relirez et verrez que ce qui est décrit comme secteur de pointe est devenu très quotidien. Les robots s’occuperont-ils des personnes âgées ? Porterons-nous tous des T-shirts de la Sillicon Valley wallonne ? La seule chose qui est certaine, à l’heure qu’il est, c’est que ce futur est entre les mains de vos enfants. Accompagnez donc vos petits dans leurs rêves les plus fous, tout en incarnant la sagesse « du siècle dernier » comme le dit Julia.

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