Divorce : comment éviter à l’enfant
de (trop) trinquer

Quand le couple vacille et finit par chavirer, le divorce est parfois la seule issue. Ce qu’on peut éviter en revanche, c’est de faire payer l’addition aux enfants, déjà fragilisés.

Divorce : comment éviter à l’enfant de (trop) trinquer

Un couple sur trois finit par divorcer, entend-on aujourd’hui... Sans compter les couples qui se séparent sans être passés par la case mariage. Si la séparation se passe sans trop d’encombre, elle peut être salutaire non seulement pour les adultes, mais aussi pour les enfants qui sont issus de cette union. Ne vaut-il pas mieux apprendre à vivre avec des parents séparés mais apaisés qu’en couple mais en permanente tension ? Le tout est de trouver les moyens de régler le divorce ou la séparation en gardant les enfants le plus loin possible des conflits qui peuvent accompagner les ruptures parfois tumultueuses, et de les protéger au maximum.

Couple conjugal versus couple parental

Paul et Nathalie n’ont pas reçu la même éducation. Elle a été fort encadrée par ses parents alors que lui a été un peu laissé à lui-même. Résultat des courses, elle est très à cheval sur les règles alors que lui est plus laxiste avec les enfants. Ils sont complémentaires en tant que conjoints, mais cela pose problème dans leurs rôles d’éducateurs.
«Nombreux sont les couples qui fonctionnent très bien lorsqu’ils sont à deux, mais qui découvrent ensuite sur le terrain qu’ils ne forment pas un bon duo de parents », explique le psychologue Jean Van Hemelrijck. « On n’est pas parent comme on est amant, il y a souvent un grand écart entre conjugalité et parentalité. »
Mais si cette faille finit parfois par avoir raison du couple conjugal, le couple parental subsiste bel et bien. La législation belge n’accorde désormais plus la garde à un seul parent, et maintient une autorité parentale conjointe. Par ailleurs, on ne divorce plus par faute, et les dossiers ont été transférés vers le Tribunal de la Jeunesse.
« Le changement de loi sur le divorce a fort changé le statut de l’enfant et cela se retourne contre eux, déplore Jean Van Hemelrijck. À l’époque, on se battait en termes de conjugalité, aujourd’hui on se bat en termes de parentalité ». Tout dépend comment se passe la séparation bien entendu, si seuls les avocats s’affrontent ou si les parents arrivent à régler les choses de manière pacifique par exemple au moyen d’une médiation, les enfants seront plus ou moins épargnés.
Mais là où le bât blesse, c’est lorsque le couple recycle ses conflits conjugaux dans la parentalité et que les enfants sont pris au cœur du conflit, avec de gros problèmes psychologiques à la clef. Évidemment, tout cela est plus facile à dire qu’à faire…

Expliquer, sans le culpabiliser

Les parents de Delphine ont divorcé lorsqu’elle avait 6 ans. Elle se souvient d’une période très sombre, tiraillée entre deux adultes qui se déchiraient et qui critiquaient en permanence l’ex-conjoint chez les enfants. Julie est aujourd’hui maman et heureuse en couple, mais garde le traumatisme de cette séparation tonitruante, qui lui a valu plusieurs années de thérapie pour sortir de la culpabilité qui la rongeait, convaincue d’avoir une responsabilité dans l’échec du couple de ses parents.
Si de nombreux enfants de divorcés se retrouveront certainement dans ce tableau, des parents attentifs et informés pourront toutefois éviter ce calvaire à leur progéniture. Sur base de certaines recommandations de la célèbre pédopsychanalyste Françoise Dolto, il y a quelques lignes de conduite à respecter pour protéger l’intégrité de nos enfants, et ce, quel que soit leur âge.
Les parents commenceront par expliquer pourquoi ils se séparent et comment les choses vont se dérouler. « Papa et maman ne s’entendent plus, ils n’arrivent plus à vivre ensemble sans se fâcher, et sont arrivés à la conclusion qu’il était mieux pour toute la famille de se séparer. Papa va aller vivre dans un autre appartement, vous allez le voir une semaine sur deux et vous continuerez vos activités habituelles. »
Les enfants, même très petits, ont besoin de donner du sens à ce qu’ils vivent, ils ont besoin de comprendre. Certains enfants auront besoin d’en reparler, de revenir sur le sujet avec de nouvelles questions... Le parent veillera simplement à ne pas aborder la sexualité et l’argent avec lui, cela doit rester exclusivement entre adultes. Il sera aussi essentiel d’expliquer à l’enfant que la séparation n’a rien à voir avec lui, qu’il n’a en aucun cas une responsabilité dans le fait que ses parents ne s’aiment plus.
D’ailleurs à ce même propos, étant donné qu’il y a le maintien de l’autorité parentale partagée, il se rendra vite compte qu’il a un certain pouvoir. Il serait tenté de chercher un moyen de recoller les morceaux, en jouant les entremetteurs. Les parents devront alors lui expliquer que ce n’est pas son rôle. Le tout sera de lui permettre d’accéder à une histoire qu’il comprend, et qu’il intègre qu’il n’a aucune responsabilité dans l’échec du couple de ses parents.

L’enfant n’est pas un confident

« J’avais 10 ans lorsque mes parents m’ont annoncé qu’ils divorçaient, se souvient Marie. Ma mère a plongé en dépression et je me suis retrouvée malgré moi dans le rôle de psychologue, à écouter ses états d’âme et à essayer de lui remonter le moral. Je me suis sentie comme un parent à devoir gérer des préoccupations qui n’étaient pas de mon âge, ce qui m’a profondément marquée. »
En fonction de l’âge de l’enfant, le parent meurtri peut être tenté de le prendre à partie, que ce soit pour s’en faire un allié, ou pour trouver du réconfort auprès d’un proche de confiance. « Mais c’est une très mauvaise idée, met en garde le psychologue Jean Van Hemelrijck, puisqu’il doit alors endosser le rôle d’avocat, de juge, de comptable, de psychologue ou autre, qui n’est certainement pas celui d’un enfant, quel que soit son âge. »
N’oublions pas que les enfants ne sont pas acteurs dans la prise de décision de leurs géniteurs de se séparer, et qu’il est souhaitable que cela reste ainsi. « Dans l’idéal, les adultes essayeront de maintenir un semblant de relation dans laquelle ils s’accorderont sur la manière de rester parents au-delà du divorce. Continuer à communiquer de manière constructive sera un réel défi, dans lequel ils auront souvent besoin d’être conseillés et accompagnés, dans le cadre d’une médiation par exemple. »
Si l’enfant tombe dans le piège de se transformer en messager, il se mêle à un conflit pour lequel il n’a pas les armes, et qui va tôt ou tard l’abîmer. « Si l’un des parents sort blessé de la séparation et que son enfant lui porte un message de la part de son ex-conjoint, il pourrait avoir tendance à interpréter le message de manière émotionnelle, comme venant de l’enfant, et non de l’autre parent, explique le psychologue. Il sera impératif de ne pas tomber dans ce piège. »

Julie Robin

Bon à savoir

Et la parole de l’enfant ?

La justice belge opère une distinction fondamentale selon que l’enfant a plus ou moins de 12 ans. À partir de cet âge, elle estime qu’il a le discernement suffisant pour donner son avis sur son sort et sur le parent avec lequel il voudrait vivre. Mais ce qu’il faut savoir, c’est que si les parents n’ont pas directement accès à ce que leur jeune dit lors de l’audience, sa parole n’est par contre pas protégée, puisque les avocats n’ont pas l’obligation de garder le contenu confidentiel. Si Maxime, 13 ans, affirme au juge vouloir vivre avec sa maman plutôt qu’avec son papa, ce dernier pourra le savoir par son avocat, avec les conséquences que l’on peut imaginer. Mieux vaut prévenir votre ado que sa parole pourra être dévoilée.

Zoom

Familles recomposées : comment composer avec les ados

À l’adolescence, votre jeune rebelle testera plus que jamais vos limites, à vous de les établir de manière claire pour éviter les problèmes de jeux de pouvoir.
Prenez aussi garde aux problèmes de sexualisation au sein d’une même famille recomposée. Imaginez la confusion qui peut se produire dans l’esprit d’un ado en pleine construction de sa propre sexualité lorsque l’un de ses parents se remet en couple avec un nouveau partenaire à peine plus âgé que lui. Il n’est pas rare non plus que certains parents refassent des enfants avec un nouveau partenaire, alors que les enfants de la première union deviennent jeunes parents à leur tour. Avoir un oncle plus jeune que soi, ou un demi-frère plus jeune que son propre enfant, peut être quelque peu perturbant. Ces situations devraient toutefois être gérables si elles sont verbalisées, discutées et expliquées en famille. Permettez aux différentes générations d’exprimer leurs difficultés et entendez-les.
Veillez également à établir des limitations géographiques très claires en cas de recomposition familiale, particulièrement avec des ados de sexe opposé. Si votre garçon de 15 ans vit sous le même toit que votre belle-fille de 13 ans, il pourrait être utile de clairement différencier les chambres, les salles de bain et autres espaces d’intimité. Et surtout, ne dramatisez pas s’ils se rapprochent : si cela se produisait dans la cour de récréation, personne ne s’en offusquerait.

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