6/8 ans

Do Ré Mi, et la musique épanouit

Dans le Ligueur du 19 décembre, nous vous ouvrions grand les portes de l’académie. À présent que la guitare sous le sapin est livrée par papa Noël, parlons des bienfaits de la musique. Vecteur d’expression, allié thérapeutique, source de plaisir et de développement cérébral… les atouts de la musique chez l’enfant sont innombrables. Outre son caractère divertissant, elle a des vertus que vous ne soupçonnez peut-être pas. Voici cinq bonnes raisons d’encourager vos bambins à pousser la chansonnette !

Do Ré Mi, et la musique épanouit

Lorsque je me remémore mon enfance, je réalise à quel point la musique y était omniprésente. Des chansons des Walt Disney qui ont bercé ma jeunesse aux Walkman avec des cassettes remplies des hits qu’écoutaient mes grandes sœurs en passant par les cours de solfège et de flûte traversière, j’étais une mélomane bien avant d’en connaître la définition. Et si j’ai maudit plus d’une fois mes parents qui m’emmenaient à l’académie le mercredi après-midi, avec du recul, je leur suis reconnaissante. Non seulement parce qu’ils m’ont aidée à développer mon oreille musicale, mais aussi parce qu’ils m’ont encouragée dans l’apprentissage de la musique, cet outil précieux qui est, depuis, resté mon ami le plus fidèle.

► Une alliée pour la vie

« No one knows me like the piano in my mother's home » (Personne ne me connaît mieux que le piano chez ma mère), chante l’artiste Sampha dans l’un de ses titres. Une phrase qui résume bien l’idée que la musique peut servir de soupape de sécurité, d’espace personnel où l’on peut être soi-même, sans jugement.
C’est une des raisons pour laquelle Janet, maman de Théa et Carla, a décidé d’initier ses filles à la guitare et au piano : « Selon moi, la musique est comme l’apprentissage d’une langue, elle permet de s’ouvrir à un monde immense, d’apprendre la patience et la persévérance... mais aussi de s’apaiser dans des moments difficiles de la vie. Je voulais que mes filles disposent de ce bel outil et avantage qu’est la maîtrise d’un instrument ».
Anne Köhler, assistante de direction et responsable écoles et crèches aux Ateliers de la Chaise Musicale, partage le même avis. « J’ai un fils de 17 ans qui joue au piano depuis qu’il a 4 ans et une fille de 12 ans qui fait du violon depuis qu’elle en a 5. Aujourd’hui, quand ils jouent, ce n’est plus une contrainte, c’est un plaisir. Mon fils s’enferme parfois une heure pour jouer du piano, quand il a besoin d’exprimer des émotions ou tout simplement de se détendre, de s’évader du quotidien ou de se recentrer ».

► Quand la musique soigne

Tant écoutée que jouée, la musique s’avère un outil thérapeutique très efficace. Rythmes, mots, sons, expriment des émotions de manière souvent plus naturelle que par le biais d’une conversation. « La musique permet à l’enfant d’exprimer son ressenti, même inconsciemment, sans être jugé ou analysé. Elle offre un sentiment de liberté dans l’expression des émotions, permet de se décharger autrement qu’avec les mots, explique Laurence Blockmans, psychologue et musicothérapeute. La musicothérapie peut s’adresser à des enfants dans diverses situations : ceux qui n’ont pas accès au langage parlé, des enfants trop agités ou, au contraire, trop renfermés sur eux-mêmes… ».
En séance, la musicothérapeute encourage les enfants à improviser avec des instruments, sans recherche d’esthétique particulière. Le but n’est pas d’y apprendre un instrument de musique, mais de bénéficier d’un espace d’expression et de créativité qui manque parfois dans leur quotidien.
« L’enfant y exprime les choses comme elles viennent. Le rythme est primordial et permet de canaliser et d’ancrer l’enfant. Je rencontre souvent des patients qui arrivent très agités. J’essaye alors de m’adapter à leur rythme. Aller à l’opposé de leur ressenti pourrait être agressant. Je démarre donc la pulsation sur leur rythme et la diminue au fur et à mesure pour les apaiser progressivement », explique Laurence Blockmans.
Lorsque l’enfant traverse des situations difficiles (deuil, séparation des parents, maladie…), ce type de thérapie peut donc être salvatrice. Certes, certains enfants y sont plus sensibles que d’autres mais, dans le meilleur des cas, elle améliore l’humeur, réduit l’anxiété, améliore le sommeil et le bien-être de l’enfant.

► Un impact sur le développement du cerveau et du langage

De nombreuses études ont déjà prouvé les bienfaits de la musique sur la santé mentale. Certaines d’entre elles ont été plus loin, démontrant notamment le rôle de l’apprentissage musical sur le développement du cerveau et du langage chez l’enfant.
C’est notamment le cas d’une étude publiée en 2014 par une équipe de chercheurs de la Northwestern University de Chicago. L’apprentissage de la musique peut « littéralement remodeler le cerveau d’un enfant de façon à améliorer sa réception sonore, ce qui améliore automatiquement ses aptitudes d’apprentissage et d’acquisition du langage », affirme l’auteure de l’étude, Nina Kraus. Toujours d’après la même étude, l’apprentissage de la musique doit durer au moins deux ans, de manière régulière, pour avoir un impact sur leurs aptitudes cognitives. En d’autres termes, une pratique régulière de la musique stimulerait chez l’enfant sa maîtrise du langage, sa capacité d’écoute et ses aptitudes à l’apprentissage. What else ?

► Kids just wanna have fun

« Parmi les meilleurs souvenirs de mon enfance, il y a les spectacles musicaux, les chorales, l’adrénaline d'avant-concert, les soirées guitare au coin du feu, les amis-pour-la-vie faits lors d'expériences de préparation de spectacles... Les liens tissés dans ces ambiances m'ont toujours paru plus forts et plus intenses », explique Claire Spineux, chanteuse.
Jouer de la musique seul, c’est bien... Mais à plusieurs, c’est encore mieux ! En démontrent les orchestres, chorales ou groupes de musique qui ont existé de tous temps. La musique est un art qui se partage, renforce les liens et représente alors un loisir unique qui mêle performance et plaisir. La notion de plaisir est primordiale et peut servir de leitmotiv lors de l’apprentissage : apprendre, oui, mais pour pouvoir maîtriser l’outil et s’en amuser ensuite. Cet aspect est d’autant plus important pour les enfants, qui ont besoin de jouer.
Aux Ateliers de La Chaise Musicale, la pédagogie vise d’ailleurs à approcher la musique avec bonne humeur et convivialité. « Quand nous étions jeunes, l’apprentissage du solfège ou d’un instrument de musique était souvent pénible et compliqué par rapport à tout le plaisir qui peut en être tiré, explique Anne Köhler. Pour nous, la musique a pour vocation d’être un moment de plaisir partagé : nous misons sur des cours collectifs pour que l’enfant puisse partager sa passion avec d’autres jeunes. En outre, nous veillons à ce qu’il n’y ait pas de compétition entre les élèves et à ce que chacun travaille à son rythme ».

► Un apprentissage du travail

Outre l’aspect divertissant, apprendre la musique, c’est comme apprendre n’importe quelle discipline : cela nécessite du travail. Les notes, les gammes, la position des bras ou des mains selon le type d’instrument ou la manière de poser sa voix pour le chant : tout cela s’apprend, s’entraîne et nécessite des exercices réguliers.
« La musique implique une certaine notion de travail, même si cela se fait de manière ludique, explique Anne Köhler. Comme le brossage de dents, il faut y penser tous les jours, même si ce n’est que quelques minutes ! Un instrument, ça se pratique au quotidien pour l’apprivoiser et le maîtriser. À terme, cela permet au jeune d’en profiter pleinement ».
Si j’ai aujourd’hui délaissé la flûte traversière, instrument de mon enfance, son apprentissage m’a aidé pour le chant et la guitare qui sont devenus partie intégrante de ma vie actuelle. L’apprentissage d’un instrument pour un enfant peut avoir ce rôle-là : lui donner les clés afin que, plus tard, il se redirige dans une autre direction, le garde en simple loisir, en fasse une échappatoire, une passion, une vocation, un métier… Qui sait ?

Maria-Laetitia Mattern

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