Vie de parent

Donner la vie
en temps de confinement

Nathalie vient tout juste d'accoucher d’une petite Ailsa. Coronavirus et confinement obligent, les parents ont dû s’adapter. Mais le contexte n’aura pas eu raison de leur bonheur. Entre tétée, visite du pédiatre et soins, la maman raconte.

Donner la vie en temps de confinement - Gettyimages

Ailsa est née post-terme, comme son grand frère Alec. En temps normal, un suivi rapproché se met en place avec le gynécologue dès que la maman dépasse son terme. Dans ce cas-ci, Nathalie a eu toutes ses consultations annulées par l’hôpital où elle était suivie. Ce dernier a toutefois déployé un plan B pour assurer l'accompagnement. « J’ai été suivie à la Maison de la maman et de l’enfant à Frameries, où j’ai pu faire des monitos toutes les 48h pour vérifier que tout allait bien ».

Le jour J, comment cela s’est-il passé ?
« Le personnel de l’hôpital avait prévenu qu’au moindre signe nous pouvions nous rendre à l’hôpital via le service des urgences. C’est là que toutes les admissions se font désormais. Une infirmière est venue nous chercher et nous a amenés dans une salle d’accouchement. Tout s’est très bien déroulé. Je n’ai pas pu accoucher avec ma gynécologue, car l’hôpital limite les déplacements et allers-retours du personnel soignant. »  

Qu’est-ce qui a changé par rapport à votre premier accouchement ?
« C’est difficile à dire, car j’ai accouché aux Pays-Bas pour Alec. Au niveau de la prise en charge, je n’ai senti aucune différence. Il y a du personnel en suffisance et je me suis sentie bien accompagnée. Ce matin, la pédiatre est passée pour faire les premiers tests et tout va bien. Le gros changement que nous subissons, c’est que seuls les parents du bébé peuvent être présents. Aucune autre visite n’est tolérée. Au niveau du matériel aussi, il nous a été demandé d’avoir un apport de matériel en début de séjour et de ne plus rien amener ensuite et aussi de limiter les allers-retours du papa. L’ONE m’a aussi prévenue que je n’aurais pas de visite à domicile, mais que les services restent joignables par téléphone en cas de besoin. Les infirmières m’ont conseillé de prendre contact avec une sage-femme indépendante pour assurer un suivi à la maison. Depuis hier, un room service s’est mis en place. On peut commander des boissons, magazines ou petits snacks puisque la cafétéria est fermée et qu’on nous a demandé de ne plus rien apporter de la maison. »

Comment vivez-vous la situation ? Quels sont les sentiments qui vous animent ?
« Globalement, je le vis bien. Je ne suis pas anxieuse, ça ne m’affole pas d’avoir donné naissance dans ce contexte-ci. Ce qui m’attriste le plus, c’est que mon fils ne puisse pas venir. Il rencontrera sa petite sœur demain seulement, quand on rentrera à la maison. Étant donné les circonstances, l’équipe soignante m’a proposé de repartir déjà au J2. Heureusement, vu son âge - 3 ans et demi -, il ne se rend pas trop compte de la situation.
Le fait que les visites ne soient pas autorisées ne me pèse pas trop, car c’est parfois fatigant d’accueillir du monde quand le bébé n’a encore que quelques jours. » 

Question d’ordre logistique, mais comment avez-vous fait garder votre fils ces deux jours-ci ?
« J’ai la chance d’avoir une sœur qui vit près de chez nous et elle a pu le garder hier. Ce matin, nous avons téléphoné à l’école pour demander qu’exceptionnellement, vu les circonstances, il puisse aller à la garderie pour que le papa puisse venir à la maternité sans pour autant nous décharger sur les grands-parents. » 

Comment vous projetez-vous dans le futur ?
« Je pense que ça dépend du tempérament de chacun. Je fonctionne au jour le jour et ne me projette pas trop. Enfin, je dis ça, mais j’ai quand même envie que ce confinement soit fini le plus vite possible pour présenter ma fille à la famille, aux amis.
À la maison, sans télévision, on était davantage déconnecté. Dans la chambre dès qu’on allume le poste, on est bombardé d’infos sur le coronavirus. Et puis on sent bien que le contexte n’est pas normal, les couloirs sont déserts, les visites interdites, les consultations annulées … Mais on fait en sorte que ça ne nous empêche pas de vivre des moments de bonheur avec notre bébé. Donner la vie reste un miracle. » 

Clémentine Rasquin