Vie de parent

Donner le change au magasin
comme à la maison

Laurette et Olivier endossent chaque jour la tenue d’une enseigne de la grande distribution. Décharger les camions, réapprovisionner les rayons, scanner les produits, satisfaire les besoins des clients, voilà leur quotidien. Mais pas seulement. De retour à la maison, ils doivent aussi donner le change avec leurs enfants. Témoignages.

Donner le change au magasin comme à la maison - Gettyimages

« Tu vas encore travailler ? », c’est le regard inquiet que Mathéo interroge sa maman et s’insurge. « Je ne comprends pas, on dit à la télé qu’il faut rester à la maison, et papa et toi vous partez travailler tous les jours ». C’est ainsi que l’enfant de 7 ans exprime son angoisse. Avec une maman caissière et un papa en charge de la sécurité, le benjamin de la famille doit apprendre à faire sans parent. Heureusement, il peut compter sur ses deux grandes sœurs de 15 et 19 ans.

Des mesures de sécurité difficilement applicables

Ce n’est pas de gaieté de cœur que Laurette quitte le foyer aux alentours de 5h chaque matin. En tant que responsable des caissières, elle veut être exemplaire pour booster son équipe. En temps de confinement, elle en a plus que jamais besoin. Les effectifs sont pourtant déjà réduits, sur une équipe de dix-huit personnes, dix manquent à l’appel.

« Je ne les juge pas, on peut tous comprendre leur stress. Quand je dois compter l’argent en fin de journée, je n’aime pas. Je touche de l’argent qui est passé dans les mains de je ne sais combien de personnes. On ne connait pas l’état de santé des clients. D’autant que les mesures de sécurité qui préconisent une distance de 1,50 m entre deux clients sont difficilement applicables quand on sait que le magasin compte à tout moment environ 120 clients. Dès que je rentre à la maison, je me change, je prends une douche. Je veille à prendre un maximum de précautions pour préserver ma famille. »

« Ce n’est plus de l’engouement, c’est de l’hystérie »

En temps normal, le magasin d’Olivier reçoit 600 colis par jour. Depuis une semaine, le débit a presque triplé avec 1 700 colis chaque jour. Dans l’équipe, il y a quatre absents sur six. Heureusement, la direction est d’accord de renforcer les rangs avec des étudiants jobistes. Faire plus avec moins, c’est aussi le quotidien d’Olivier, chef fruits et légumes dans un petit magasin de quartier à Anderlecht.

« Heureusement, depuis mercredi, il y a une petite accalmie. Mais il faut sans arrêt décharger les camions et charger les rayons pour qu’ils restent bien approvisonnés. Pendant les fêtes de fin d’année c’est l’engouement, mais ici c’est l’hystérie. »

Olivier regrette le comportement de certains clients : « Il y en a encore qui viennent faire leurs courses en famille avec conjoint et enfants. Ce n’est pas respectueux du cadre. Ce serait bien aussi de penser un peu plus aux autres en faisant les courses. S’il manque pas mal de produits, ce n’est pas à cause des fournisseurs, mais bien du comportement de certains clients qui achètent dix paquets de pâtes au lieu de deux habituellement. Et je ne vous parle même pas du papier toilette ».

Au niveau de la reconnaissance aussi, il y a une marge de progression. « Sur dix clients qui rentrent, il y en a trois qui se montrent reconnaissants et sept qui rouspètent. Les gens ne se rendent pas compte. On a beaucoup parlé dans les médias du secteur médical, mais ils ne sont pas seuls à faire aller au front ».

De retour à la maison, le besoin d’un « renfort caisse » se fait sentir

Quand la journée de travail est finie, Laurette et Olivier assument leurs rôles de parents. Pour Laurette la situation est d’autant plus compliquée que son mari est aussi parti toute la journée. Olivier s’appuie sur sa femme qui travaille de la maison, mais ça n’est plus simple pour autant. Le papa ne ressent pas trop de changement dans sa vie de famille et se dit serein.

Laurette quant à elle est au bord de l’épuisement. Impossible de concilier vie professionnelle et familiale dans ce contexte. Capacité d’adaptation et résistance au changement sont mises à rude épreuve d’un côté comme de l’autre. À la maison, elle reçoit des appels de collègues, au travail elle s’inquiète de ce que font ses enfants. Malgré ses efforts, elle peine à donner le change sur les deux plans.

« Ce qui m’inquiète le plus, ce n’est pas le coronavirus en tant que tel, mais l’épuisement. Je peux tenir encore deux ou trois semaines comme ça, mais plus ça va être compliqué. Et pas seulement à cause du travail. J’ai besoin de décompresser quand je rentre du boulot. Avec le confinement, les enfants me harponnent dès que je passe la porte. Je m’inquiète aussi pour mon fils parce que je ne supervise pas ses devoirs. Il faut que je sois derrière lui, mais quand ? J’ai peur qu’il prenne du retard et de sacrifier sa scolarité en faisant moi la bonne élève au boulot. »

Clémentine Rasquin

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