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Dors, je le veux !

« Être parents, c’est fatigant. Enfin, c’est super, hein, mais je n’en peux plus des nuits fragmentées... », confie Matthieu, un jeune papa aux yeux légèrement gonflés. Aaaah, la fatigue ! Les parents la connaissent trop bien. Alors, pour changer, on ne vous parlera pas d’elle, mais du sommeil. Du sommeil des bébés et des secrets à connaître pour passer des nuits presque longues et délicieuses.

Dors, je le veux !

Selon l’ONE, ce n’est que vers 4 ou 5 ans que les nuits des enfants sont semblables à celles des adultes. Avant ça, ils ont des cycles de sommeil plus courts et leurs réveils nocturnes ne sont pas synchro avec ceux de leurs parents. Car oui, pendant la nuit, on connaît tous des micro-réveils entre deux cycles de sommeil. Mais on ne s’en rend pas toujours compte. Le challenge, c’est d’arriver à se rendormir sans réveiller les autres dormeurs de la famille.
« Certains parents viennent me voir et me disent qu’ils ont un gros souci : leur bébé se réveille toutes les heures. Mais c’est tout à fait normal ! Un bébé de 3 mois se réveille huit fois par nuit en moyenne, explique Geneviève François, cheffe de la clinique pédiatrique du sommeil aux cliniques universitaires Saint-Luc. L’essentiel, pour les parents, c’est que le bébé puisse s’apaiser et se rendormir seul. L’expression ‘faire ses nuits’ devrait pouvoir dire ‘dormir et se rendormir seul’. Certains bébés y arrivent dès 3-4 mois. Mais les parents manquent cruellement d’information sur le sommeil. »
Et comme le sommeil est fragile, les dérapages sont nombreux. « Avec un enfant en bas âge, on n’a pas le temps de se renseigner sur les fonctionnements du sommeil, on est trop crevés ! On berce notre bébé et on essaye de rester patient. Si vous avez une formule magique, je suis preneuse », répond Julie, maman d’un bébé de 4 mois et d’une fille de 4 ans.

Ce n’est que vers 4 ou 5 ans que les nuits des enfants sont semblables à celles des adultes.

Hélas, il n’existe aucune formule magique pour envoyer les bébés dans les bras de Morphée. Par contre, certaines pistes à suivre peuvent se révéler salvatrices. Tout d’abord, vous pouvez essayer de coucher votre petit à la même heure tous les jours. Pour choisir l’heure du dodo, observez-le bien. S’il se frotte les yeux, qu’il bâille, qu’il est grincheux, qu’il pleurniche ou qu’il est surexcité... c’est qu’il est fatigué et prêt à dormir.

Un rituel d'endormissement
pour marquer le temps et apaiser

Ensuite, essayez de le poser dans son lit avant qu’il ne s’endorme complètement. « Pour que le bébé s’endorme dans son lit, on peut dissocier l’allaitement de l’endormissement. Pas dès le début, bien sûr. Parce qu’un nouveau-né s’endort dès qu’il est repu et qu’il a bien bu. Mais vers ses 3 mois, on peut essayer de retarder un petit peu son endormissement après la tétée. Lui faire faire son rot, le poser sur nos genoux en le regardant dans les yeux et papoter un peu avec lui. Puis, quand on voit qu’il bâille, qu’il se frotte les yeux ou qu’il s’endort, alors on le pose dans son petit lit, quand il est encore éveillé. Si l’enfant s’endort dans son lit, c’est déjà plus facile », promet presque la pédiatre.
Plus tard, entre les 6 et 9 mois du bébé, vous pouvez introduire un rituel d’endormissement : dire au revoir aux peluches, lire une histoire ou chanter. L’essentiel est de partager un moment d’apaisement pour accueillir le sommeil.
Et si votre enfant pleure le soir, vérifiez qu’il est propre, repu et pas malade. Puis, écoutez-le. Les pleurs servent parfois à décharger toutes les émotions vécues pendant la journée. Restez près de votre enfant en soutien. Câlinez-le s’il en a besoin. Une fois vidé de ses émotions, il dormira bien mieux !
« Mais ne sortez pas de la chambre avec un enfant qui pleure, précise Geneviève François. Si vous sortez, ça voudrait dire que sa chambre n’est pas un chouette endroit. Il vaut mieux y rester et l’apaiser là, dans la pénombre. Le prendre dans les bras et le recoucher avant qu’il ne se rendorme. De toute façon, après dix-quinze minutes de pleurs, un enfant est trop énervé et ne peut pas se calmer seul. Donc il a besoin de vous, d’un câlin avant que vous ne le recouchiez. »

 

Estelle Watterman

En pratique

Les amis et ennemis du sommeil

Ennemis :

Les écrans : la télé et, pire encore, la tablette qui se trouve vraiment tout près du bébé. Les écrans sont très stimulants et néfastes pour le sommeil. Ils maintiennent le cerveau en activité. Leur lumière envoie un signal à la rétine qui dit : c’est la journée, pas l’heure de dormir. La cheffe de clinique du sommeil de Saint-Luc est formelle : « Il faut absolument éviter de mettre un enfant devant un écran dans les deux heures qui précèdent le coucher ».
Les excitants. Les sodas, le café ou le thé. Ces excitants passent par l’allaitement et empêchent le bébé de dormir.
Du reflux. Ce petit brûlant, cette remontée acide dérange les bébés qui en souffrent et peut les empêcher de dormir. Problème : le reflux n’est pas toujours visible car un bébé qui a du reflux ne vomit pas forcément. En cas de doute, demandez l’avis d’un médecin. Une fois le reflux identifié, il vous conseillera de relever le haut du lit et de traiter médicalement.
Les ronflements : « Un enfant qui dort mal et qui ronfle ne va pas bien. S’il ronfle la nuit, soit il a un rhume, soit il a de grosses végétations et ça n’aide pas le sommeil », explique Geneviève François.
Les allergies aux PLV (protéines de lait de vache) entraînent également un sommeil agité. Dans ce cas précis, le changement est radical. Quand l’enfant change de lait, il trouve un bon sommeil !
Des lésions neurologiques. C’est beaucoup plus rare, bien sûr, mais ça entraîne de grosses difficultés de sommeil.

Amis :

L’obscurité. Pour passer en douceur de l’état d’éveil au sommeil, tamisez progressivement les lumières de la chambre. Éteignez les écrans. Fermez les tentures et allumez une petite lumière pour préparer l’enfant. Lors d’un réveil nocturne, faites pareil : allumez le moins possible pour rester dans une ambiance de sommeil. Si votre enfant n’est pas rassuré ou qu’il a peur du noir, restez un peu près de lui pour l’aider à apprivoiser la nuit. Vous pouvez aussi allumer une petite veilleuse.
Le calme. Avant de mettre votre petit au lit, éteignez la radio ou passez un morceau de musique douce qui appelle à la rêverie. Vous pouvez même parler plus doucement. Surtout, évitez de crier ou de vous énerver. L’énervement permet difficilement de s’endormir. Si vous êtes tendu, soufflez un coup avant de coucher votre petit chou. S’il vous sent calme, il le sera plus facilement aussi. Et si la fatigue le met dans un état de surexcitation, rappelez les règles, soyez ferme, soyez un roc sur lequel votre enfant peut s’appuyer.
Un rituel. Le rituel d’endormissement varie selon les familles, mais il est capital pour l’enfant. C’est le signal qui annonce le coucher. Prière, comptine, histoire… tout est bon si cela fonctionne. D’autres encore massent la tête ou les pieds de leur enfant…
Un doudou. Parce qu’il est doux, parce qu’il sent son odeur, le doudou rassure l’enfant (surtout s’il dort ailleurs que dans son lit !). Souvent, c’est l’enfant qui le choisit. Mais certains n’en ont pas besoin.
La tendresse. Les câlins du soir sont précieux. Ils réassurent le petit après sa journée. La pédiatre Geneviève François fait le parallèle entre les câlins du soir et une bouée : c’est parfois bon de s’y accrocher, même si on sait nager, c’est bon de s’y reposer pour y prendre des forces. « Pour les câlins, ce n’est pas la quantité mais la qualité qui compte. Les parents doivent tenter de donner un bon temps à l’enfant en fin de journée plutôt que de faire le ménage et des tâches diverses. Ça nécessite de s’organiser un peu, mais ces contacts de qualité sont tellement importants ! ».

En chiffres

De combien d’heures de sommeil un bébé a-t-il besoin ?

  • Durant ses trois premiers mois de vie, un bébé dort entre 16 et 20 heures sur 24.
  • Entre ses 3 et ses 12 mois, il a en général besoin de 13 à 14 heures de sommeil par jour si l’on compte la nuit et les siestes.
  • De son 1er à son 3e anniversaire, il dormira 12 à 13 heures sur 24.

Combien de fois un bébé se réveille-t-il la nuit ?

  • Vers 3 mois, un bébé va se réveiller environ 8 fois par nuit.
  • Entre 18 et 24 mois, il ne se réveille plus que 4-5 fois par nuit.

Mais cela ne signifie pas qu’il réveille forcément ses parents !

À lire

Pour les parents…

  • Un classique : Le sommeil, le rêve et l’enfant de Marie Thirion et Marie-Josèphe Challamel (Albin Michel).
  • Pour mieux comprendre et accompagner un enfant qui pleure avant de s’endormir : Pleurs et colères des enfants et des bébés, d’Aletha Solter (Jouvence).
  • Un bon récap’ : la brochure de l’ONE dédiée au sommeil de l’enfant.

… et à son petit avant d’aller dormir

  • Au lit tout le monde !, d’Audrey Poussier (école des loisirs). Le soir, tout le monde va dormir. Et chacun a son « petit truc » rien qu’à lui qui lui permet de passer une bonne nuit.
  • Bonne nuit, de Benoît Marchon et Soledad Bravi (Bayard jeunesse).
  • Ma petite perle, mon soleil, mon trésor… avec ce livre, c’est un moment tendresse qu’on propose à son enfant avant d’aller dormir. Il en redemandera encore et encore.
  • Dodo et son doudou, de Johan Leynaud (Sarbacane). Dodo est un petit ornithorynque. Et rien que pour le choix de cet animal tendrement improbable, on aime ce bouquin.
  • Mon premier livre à toucher. Au dodo, petit coquin ! de Camille Chincholle (Gallimard Jeunesse). Ce livre plaît aux petites mains qui aiment chipoter. Elles pourront indiquer au lapin le chemin de son terrier, caresser la tête du renard fatigué…