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Doudous en stock !

Il y a le doudou de Gabriel, un éléphanteau qui sent bon la douceur. Le doudou de Valentine, un bout de tissu à petits pois colorés. Le doudou de Sami, qui est son nounours préféré. Le doudou de Luna, une taie d’oreiller déchirée.

Doudous en stock !

Vers 7-8 mois, le jeune enfant se réconforte avec un objet qui fait transition entre la présence et l’absence de ceux qui s’occupent de lui. Cela peut être papa, maman, parfois un grand-parent, en tout cas des personnes qui sont présentes le plus régulièrement et de la façon la plus continue à ses côtés.
Ce moment sensible est fondateur dans son développement : il est connu sous le nom d’« angoisse du 8e mois ». À cet âge, un objet non vu n’est plus comme avant un objet disparu, devenu inexistant. À présent, le petit enfant sait que la personne qui l’a quitté existe toujours, mais n’est plus là ; il en éprouve, dès lors, de la crainte, une angoisse.
C’est ainsi l’âge où les parents ne peuvent plus échapper à la vue de leur bébé sans déclencher des pleurs et des peurs. C’est le moment où les images de papa et de maman, pas encore suffisamment fixées dans la tête des chérubins, se mettent doucement en place. Elles deviendront d’ici peu des repères sécurisants - papa et maman seront des sujets auxquels ils pourront penser - même en cas d’absence.
Très spontanément, les parents présentent à leur bambin, lors de cette période sensible, un objet consolateur chargé d’un peu d’eux-mêmes. En s’y accrochant, le petit amorce le passage de la « présence » à la « non-présence ». Cet objet proposé sera ou non retenu par le bébé. Il arrive en effet qu’il se choisisse son propre moyen d’assurer la transition « présence/absence » : sucer son pouce, tourner une mèche de cheveux autour de son doigt, adopter un autre objet pour se rassurer.
Mais le doudou sert aussi à aider le petit à faire face à d’autres situations inhabituelles ou déstabilisantes comme un départ en vacances, un retour en crèche, une visite chez le pédiatre, une dispute avec un copain de jeu…

Un et un seul

En crèche, certaines puéricultrices s’interrogent sur la multiplication des doudous pour certains enfants. Si le doudou sert justement à aider à créer de la continuité, il devient intrigant s’il se dédouble en « doudou de la crèche » et « doudou de la maison ». Celui de la collectivité, même s’il est le clone de l’autre, n’a pas nécessairement l’odeur de celui de la maison : il perd donc sa fonction de lien entre les deux espaces de vie. Que dire alors de ceux qui n’ont ni l’apparence, ni la texture de l’élu initial ?
De même, les doudous achetés et renouvelés parce qu’« ils sont si mignons » n’ont pas l’occasion de se charger de tout ce qui est si singulier au lien entre le petit enfant et ses parents : les émotions des premières séparations et retrouvailles qui ont pris place dans la conscience et la mémoire du tout-petit, le goût des larmes que le doudou a épongées, les traces odorantes…
Un « vrai » doudou ne se remplace pas (et se lave à peine !). Il est fabriqué de souvenirs. Et malheur s’il est égaré ! Certains parents en font l’expérience avec lamentations et grincements de dents. Heureusement, on n’en meurt pas. Et c’est peut-être à cette occasion que l’enfant, en s’appuyant sur la sécurité que lui offre la constance de ses parents à ses côtés, peut se rendre compte qu’il y a moyen de se passer de son doudou et de grandir encore un petit coup.

Reine Vander Linden

La question

UN DOUDOU À 7 ANS ?

À cet âge, le doudou n’a plus lieu d’être. L’enfant entre dans l’âge de raison. À cette étape de son développement, il devrait, en utilisant sa pensée rationnelle, retrouver la manière de récupérer sa sécurité intérieure.
Et les adultes qui ont encore, au fond d’une armoire, des « objets affectifs », allez-vous nous rétorquer ? Objets fétiches, objets reliques, objets de collection, ils comportent une part de « soi-même » qui se maintient au fil des années, comme s’ils garantissaient une permanence de l’identité de son propriétaire…

C’est tendance !

Le marché des doudous s’est considérablement étendu ces dernières années. Cette niche commerciale s’appuie sur les besoins qu’ont les parents de se rassurer eux-mêmes lorsqu’ils confient leur précieux enfant à des professionnels.
De plus, les doudous sont devenus des objets si doux, si attirants qu’ils font « craquer » les enfants comme les adultes. Les gros ours et les grands lapins du passé ont petit à petit laissé place à des objets plus proches du mouchoir ou du tétra (comme une tête d’ours ou de lapin accrochée à un tissu doux) qui officient comme objets consolateurs. Fini, les grosses bêtes difficiles à nettoyer ou qui risquent de changer de forme ou de taille au lavage !
Le doudou s’est donc adapté et ressemble de plus en plus à ce que les enfants prennent spontanément dans leur environnement : une étiquette de sac de couchage, un morceau de drap, une mèche de leur propre chevelure lorsque celle-ci est assez longue… pourvu qu’ils soient rassurés !