12/15 ans

Drame autour d'un gsm

Retour de l’école. À peine un bonjour. « Comment s’est passée l’interro de néerlandais ? » questionne la maman. « Hein ? » - « L’interro de néerlandais ? » - « Bof… » - « C’est-à-dire ? » - « Ben, j’sais pas, j’croyais qu’c’était réussi mais j’ai 4, c’était vache ! ». Amélie replonge sur son portable et Marlène, une fois de plus, s’interroge avec inquiétude : quand sa fille est-elle vraiment dans le présent, dans le réel ?

Drame autour d'un gsm - Shutterstock

L’interro précédente aussi était ratée, la plupart des interros ont obtenu des points pitoyables depuis deux mois. Le verdict de la maman est clair, il avait d’ailleurs été annoncé quelques jours auparavant : pas de GSM ce samedi et travail scolaire. Le GSM pourra reparaître dimanche, à certaines heures, si le travail est effectué.
Amélie râle : « Vous ne comprenez vraiment rien ! » aboie-t-elle en filant vers sa chambre… avec le GSM. « Tu le descends dans dix minutes », lui crie sa mère appliquant une règle existante : le GSM reste au living pendant les devoirs.

C’est pas une vie !

Le samedi commence mal, Amélie, que ses parents croient encore endormie, est sur Facebook : « Ben j’ai déjà pas de GSM alors… ». Les accrochages se multiplient toute la journée. Côté parents, on veut voir du travail scolaire. Côté ado, elle veut son univers numérique. Elle insiste, elle argumente. De part et d’autre, on veut convaincre : « Y’a qu’moi qui suis toujours punie ! Les autres, ils n’ont pas d’heure ! »
Au fil des heures, à propos de tout et de rien, le ton monte : une douche occupée, une table pas débarrassée, un menu qui ne plaît pas… Amélie ne s’astreint guère au travail scolaire, passe d’une pièce à l’autre, cherche un livre, un stylo… Au repas du soir, elle revient à la charge et c’est l’escalade, les répliques sont de plus en plus acerbes. Amélie hurle et sa mère a les larmes aux yeux.
Vérification en fin de journée : le travail scolaire est à peine entamé. Plus question de discussion, le GSM est confisqué, Facebook interdit. Un drame ! Amélie se fige puis se déchaîne : « J’en ai assez, assez, assez ! C’est pas une vie ! C’est pas la peine de vivre ! ». Ses parents s’affolent : ce n’est pas la première fois qu’elle sous-entend qu’elle aimerait mieux mourir qu’avoir une vie aussi lamentable que la sienne…
Dans la pièce à côté, ils cherchent du secours chez leurs propres parents…

Ils me privent de tout !

Amélie ne rabroue pas sa grand-mère, elle pleure doucement, redit combien elle se sent incomprise, combien cette privation de GSM lui fait mal, l’isole, l’insécurise aussi. La grand-mère écoute, sans commentaire. L’ado ajoute : « Ils ne m’aiment pas, tu sais, ils me privent de tout ! ». Alors, elle se permet de répondre : « Je crois que tu te trompes. Ils t’aiment beaucoup, mais ils ont peur pour toi… ». Pas de réponse, la grand-mère continue : « Quand on s’énerve, on dit des choses qu’on ne pense pas, on le regrette tout de suite… »
Les minutes passent, Amélie est plus calme. « Et si on faisait une liste de ce que tu voudrais qu’ils te permettent ? ». Papier et crayon. On liste : « Ne pas dire qu’ils en ont marre de moi. Ne pas crier. Ne pas… ». Et surtout, surtout : « Me laisser le temps de prévenir ceux à qui j’envoie des SMS tous les jours… que je suis privée de GSM ! »

Elise Dujardin

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