16/18 ans

Drogues et prévention : ne pas juger
pour mieux aider

Comment informe-t-on aujourd'hui les jeunes au sujet des drogues ? Comment réagir lorsque vous soupçonnez votre enfant d’en consommer ? Qui appeler ? Éléments de réponses au sujet d'une prévention qui a bien changé.

Drogues et prévention : ne pas juger pour mieux aider

« J’ai pas envie de venir en soirée pour qu’on me parle de problèmes ». Cette phrase, maugréée par un jeune homme, a été entendue à un festival durant l’été, non loin d’un stand consacré à la prévention contre les drogues.
Ledit jeune homme, aux yeux rougis et à l’équilibre précaire, aurait peut-être dû franchir les quelques mètres qui le séparaient du stand. Il se serait aperçu que les jeunes hôtesses qui l’y attendaient ne l’auraient pas barbé avec de longs discours moralisateurs, mais plutôt avec des conseils, des informations objectives sur sa consommation de psychotropes. Elles lui auraient peut-être aussi offert un espace pour se reposer et pour s’abreuver.

«Ne te drogue pas » : un message qui a ses limites

Car aujourd’hui, la prévention dans le domaine des drogues a bien changé. « Les discours basés sur la peur ou les slogans réducteurs existent toujours au sujet du tabac, par exemple, explique Antoine Boucher d’Infor-Drogues (02/527 52 52). Mais concernant les autres drogues, on y échappe ». Et de préciser que « l’objectif d’empêcher la consommation de drogues est une chimère. Il faut viser autre chose, une consommation responsable, une émancipation par rapport aux produits pour limiter les risques. »
Précisons que le professionnel parle ici de toutes les drogues, qu’elles soient licites ou illicites, dites dures ou douces. Ce n'est pas le produit en lui-même qui importe vraiment (même si certains peuvent présenter un danger plus immédiat que d'autres), mais surtout le rapport à ce produit. Les associations belges francophones parlent d’ailleurs plus volontiers d’une démarche globale de promotion de la santé plutôt que de prévention pure et simple. 

Des appels de parents d’abord

Ce sont surtout des parents désemparés devant une consommation (occasionnelle ou régulière) de cannabis ou la découverte de petites pilules colorées, dites festives, qui appellent Infor-Drogues (ou d’autres associations).
« Les jeunes en parlent plutôt entre eux, explique Antoine Boucher. La plupart du temps, leur consommation de drogues n’est pas un problème. Les difficultés qu’ils identifient seront plutôt scolaires ou relationnelles. »
Au final, que répond Ie centre à ces parents préoccupés ? « Nous ne banalisons pas la consommation de psychotropes, rétorque Antoine Boucher. L’inquiétude des parents doit être prise en considération. Mais il s’agit aussi d’élargir le propos, de dédramatiser la situation, de creuser le sujet ». Bref, de remettre la consommation dans un contexte plus large.
Les professionnels prennent d’autres paramètres en compte, ce qui les amènent à poser des questions comme « Est-ce que votre enfant a le sentiment d’échouer à l’école ? » ou encore « A-t-il traversé un échec amoureux ? ». « La consommation de drogues est pour nous un symptôme, il faut déplacer son attention sur d’autres problématiques », ajoute Antoine Boucher.

Changements de comportement

Ce symptôme se traduit surtout par des changements de comportement : décrochage scolaire, impossibilité de communiquer, etc. Aux inquiétudes des parents, il n’y a pas de réponse préconçue pour Caroline Soudron, de l’asbl Trempoline à Châtelet : « Tout dépend de la manière de consommer. Quand le cannabis prend toute la place dans la vie du jeune, qu'il ne voit ses amis que pour consommer, que s'opère une forme de repli, on peut considérer alors que les indicateurs sont au rouge. Dans tous les cas, c'est le dialogue qui prime. »
Une position partagée par Antoine Boucher : « Dans un premier temps, il faut passer par la parole, essayer de comprendre. La sanction est possible, mais s’y arrêter pourrait empêcher d’autres choses de se révéler. »

La réduction des risques

Enfin, pour les ados qui consomment déjà des substances psychoactives, des associations promeuvent une autre forme de prévention : la réduction des risques. Elle vise à donner des informations aux jeunes qui s'interrogent sur les risques qu'ils peuvent encourir en consommant telle ou telle drogue. « C'est une démarche un peu particulière qui se situe entre la prévention et le soin », explique David Leclercq, de l'asbl Modus Vivendi, active dans toute la Fédération Wallonie-Bruxelles.
Concrètement, il s’agit de donner des informations très pratiques : encourager à boire de l'eau pour éviter la déshydratation, conseiller de ne consommer qu'un quart de pilule d'ecstasy lorsqu'il y a un doute sur le dosage ou tout simplement rappeler la présence nécessaire d'au moins une personne qui ne consomme pas.
« La difficulté, précise David Leclercq, c'est de ne pas tomber dans le jugement. Le jeune qui est en face de nous ne fait ni bien ni mal. Si on mélange le discours en disant : 'Ne consommez pas, c'est très dangereux’, le dialogue sera rompu. La difficulté est d'arriver à faire de la prévention de l'usage sans diaboliser... »

Cédric Vallet

En savoir +

  • Ces ados qui fument des joints, Pascal Hachet, Éditions Erès
  • Adolescence et risques, publié par Yapaka (www.yapaka.be).
  • Le cercle vicieux des nouvelles drogues, leligueur.be (tapez « drogues » dans le moteur de recherche).

La question

Le discours préventif a-t-il le moindre impact sur des ados qui vont de toute façon transgresser les limites ?

La réponse de Pascal Hachet, psychologue au Service d’aide aux toxicomanes en Picardie française : « Tout dépend dans quel cadre, dans quel but et dans quelles circonstances le message préventif est transmis. À l’adolescence, le corps se transforme sous l’effet de la puberté. Il faut du temps au jeune pour s’accommoder de ces changements. Certains auront tendance à déprimer sur le mode : ‘Je ne vaux rien’ ; d’autres auront envie de voir ce qu’ils peuvent faire avec ce ‘nouveau’ corps et exploreront des comportements extrêmes. C’est dans ce contexte qu’une première rencontre avec des substances psychoactives va avoir lieu (essentiellement le tabac, l’alcool, le cannabis). L’objectif de la prévention est que ces expérimentations se fassent sans mise en danger. À ce titre, la prévention des addictions ne doit pas être dissociée des autres prises de risque telles que la violence contre soi ou contre les autres ou la mise en danger sexuelle. »

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