Droits humains en péril :
y a plus qu’à les sauver…

Pour défendre toujours mieux les droits humains, Amnesty International a évalué les opinions de la population belge francophone sur le respect de ces droits en Belgique et dans le monde. L’ONG a aussi voulu mesurer jusqu’où les citoyens étaient prêts à s’engager pour les défendre. Résultats de cette enquête* à travers le prisme parental et, avec comme décor de fond, un monde des plus troublés.

Droits humains en péril : y a plus qu’à les sauver…

Informés ?

25 %des 18-34 ans ne savent pas ce qu’évoquent pour eux les droits humains

Y aurait-il un problème de transmission ? Les parents seraient-ils si nombreux à ne pas aborder la question des droits de l’homme et de la femme si souvent bafoués ? À la question : « À quoi pensez-vous directement lorsque l’on évoque les droits humains ? », 25 % des jeunes âgés de 18 à 34 ans sont sans réponse. Il faut dire que les adultes qui devraient incarner l’exemple ne sont pas très éloignés de ce chiffre puisque 18 % des hommes disent ne pas pouvoir répondre à cette question. Sans sortir de discours ronflants et moralisateurs, nous devrions peut-être, nous les parents, nous reprendre un peu et nous appliquer davantage à sensibiliser nos jeunes le plus tôt possible à la question des droits humains.
Autre étonnement : ils ne sont que 2 à 3 % à penser démocratie lorsqu’on évoque les droits humains.

37 %des 18-34 ans déclarent ne pas connaître la Déclaration universelle des Droits de l’Homme

Ils sont 25 % à ne pas avoir d’idées qui leur viennent à l’esprit à l’évocation des droits humains. Ils sont 37 % de jeunes de 18-34 ans à dire qu’ils ne connaissent pas la Déclaration universelle des Droits de l’Homme ! Qu’ils ne puissent réciter tous les articles, d’accord, mais les jeunes adultes devraient quand même, aujourd’hui, avoir une petite idée du contenu de la chose. Difficile d’imaginer que l’école n’aborde pas ce sujet… même, nous l’espérons, dans la filière professionnelle ! Pas si sûr puisque 71 % des répondants plaident pour qu’elle soit enseignée à l’école. Avec une majorité issue des classes les moins favorisées… On comprend pourquoi 30 % des répondants trouvent également que l’enseignement en Belgique renforce les inégalités.

Concernés ?

27 %des répondants jugent que l’éducation est ce qui contribue le plus au respect des droits humains

Ils sont quand même plus de 1 répondant sur 4 à trouver que, ces dix dernières années, l’éducation a contribué le mieux au respect des droits humains. Gageons que, parmi eux, il y a une majorité de parents et de grands-parents. Le Ligueur rejoint forcément ceux qui croient en l’éducation pour faire de nos enfants de futurs citoyens debout. D’autant plus qu’à la question : « Quels acteurs devraient davantage contribuer à un meilleur respect des droits humains ? », ils sont 46 % à parler d’éducation. Presque 1 répondant sur 2. Y a plus qu’à… passer à l’acte !

25 %des 18-34 ans se disent très sensibles au respect des droits humains

Amnesty International a encore du boulot à abattre du côté des jeunes ! Entre 18 et 34 ans, ils sont 1 sur 4 à se sentir très concernés par le respect des droits humains. On aurait espéré plus… Question de génération ? Peut-être quand on voit que les 55 ans et plus, nés dans la foulée de Mai 68, sont, eux, plus de 2 sur 3 (34 %) à se déclarer très sensibles au respect des droits humains.

22 %des personnes interrogées déclarent être particulièrement sensibles au droit à l’éducation

Un chiffre trop faible, mais placé quand même en troisième position parmi vingt-quatre propositions. 22 % se disent particulièrement attachés à l’éducation parmi les droits humains. C’est la santé et l’alimentation qui remportent tous les suffrages avec 27 % des répondants. On le sait, les parents sont très préoccupés par la qualité de l’assiette pour leur·s enfant·s.
Par contre, les devoirs envers la communauté et surtout le droit d’asile ne remportent respectivement que 5 % et 6 %. Ces chiffres illustrent bien notre monde nombriliste…

18 %des répondants déclarent que le droit d’asile est le droit humain qui les préoccupe le moins

1 personne sur 5 n’est pas préoccupée par le droit d’asile. Un bon signe ? Cela signifie-t-il que la question ne les hante pas, qu’ils n’ont pas de crainte par rapport à cette question et qu’ils sont plutôt ouverts à l’accueil de ces populations en désarroi ? Ou, au contraire, ce chiffre marque-t-il une indifférence au sort de ces hommes, femmes et enfants qui fuient par tous les moyens des pays en guerre ou frappés de grande pauvreté ? Quoi qu’il en soit, Amnesty International a encore et toujours du pain sur la planche.

Engagés ?

31 % disent contribuer à l’amélioration du respect des droits humains en transmettant des valeurs à leur·s enfant·s

Et voilà, l’éducation qui resurgit en tête de cet item. « Oui, disent 32 % des répondants, je contribue à l’amélioration du respect des droits humains en éduquant mes enfants dans les valeurs qui me tiennent à cœur et en sensibilisant mon entourage ». Autre score respectable : la pétition. 26 % disent en signer régulièrement. Et ils sont 32 % à le faire au-delà des 55 ans et plus. Une fois de plus, les seniors semblent les plus engagés.

42 %des répondants sont d’accord pour s’engager à améliorer le vivre ensemble

42 % à s’engager pour améliorer le vivre ensemble, c’est un chiffre encourageant même si on l’espérait plus élevé. Mais en ces temps où sévit l’atomisation de la société et donc le repli sur soi, on peut rêver encore à changer ne fût-ce qu’une toute petite partie du monde. Le pourcentage des jeunes prêts à s’engager pour mieux vivre ensemble est quasi le même : 40 % et les seniors montent jusqu’à 48 %. La retraite leur permet de trouver des disponibilités de temps pour se mettre au service d’une plus grande cohésion sociale.

54 % des répondants sont prêts à descendre dans la rue si leurs droits fondamentaux sont menacés

Évidemment, aujourd’hui, on bouge d’abord pour soi et si ça peut servir le voisin, pourquoi pas ? Ils sont 46 % à être prêts à le faire du côté des 18-34 ans et, une fois de plus, 60 % du côté des seniors. Décidément, les papys-mamys montrent l’exemple et sont encore bien motivés à se soucier de la dimension collective, c’est-à-dire de l’autre.

* Enquête réalisée par Dedicated sur un échantillon de 1 005 habitants de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Myriam Katz

« Remobiliser à s’engager : ambitieux ! »

L’engagement citoyen a du plomb dans l’aile ou, du moins, celui qui ne répond pas tout de suite à une attente personnelle dont la réponse, dans certains cas, peut être rendue collective. C’est le potager pour tous du coin, le comité de quartier pour une zone 30, etc. C’est aussi, c’est vrai, la Plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés qui a pu mettre plus de 3 000 personnes en marche pour nourrir et héberger des migrants exténués, massés au parc Maximilien à Bruxelles. De quoi nous réconcilier avec l’Humanité… Mais à travers l’Europe, à travers le monde, des bruits se font entendre qui donnent des frissons dans le dos.

Que font les ONG qui luttent pour le respect des droits humains face à ce monde inquiétant ? Le Ligueur a interrogé Philippe Hensmans, directeur de la section belge francophone d’Amnesty International.
« Remobiliser les gens à s’engager demande un programme ambitieux qui ne peut pas reposer sur une seule association. Il faut une conjonction des initiatives qui existent. Mais, il y a des choses importantes qui nous ont échappées jusqu’à présent. Ce qui nous frappe aujourd’hui, c’est qu’on a beau mettre en place des initiatives qui invitent les minorités ethniques, de genre, etc., à nous rejoindre, mais les minorités sociales ne sont pas présentes. Nous ne sommes absolument pas représentatifs de ces diversités.
On trouve évidemment des explications à ce constat. Amnesty a été créé par des intellectuel·le·s et a mis au point une manière d’agir sans doute très éloignée de ce que pouvaient faire les catégories sociales les plus démunies.
Notre discours a des difficultés à faire comprendre aux gens que ce que nous voulons, c’est ce qu’ils demandent. Lorsqu’on sait qu’il y a 1 enfant sur 5 qui vit sous le seuil de pauvreté (d’après les chiffres RTBF de 2017 à l’occasion de Viva for life), il suffit de lire ou relire la Déclaration universelle des droits de l’Homme pour y trouver tous les articles - le droit à la sécurité sociale, le droit à une pension, le droit au chômage - qui concernent cette population précarisée au premier chef. Or, cette population directement concernée par la défense de ces droits humains ignore totalement qu’on travaille à les défendre. Et, forcément, n’imagine même pas de nous rejoindre.
Les chiffres de notre sondage reflètent bien cette situation : 37 % des jeunes n’ont jamais entendu parler de la Déclaration universelle des droits de l’Homme. Alors, il y a le rôle de l’école, bien sûr, mais il y a aussi celui des parents. Là, notre enquête nous redonne un peu d’espoir. S’il n’y a que 1/5e des répondants qui disent pouvoir changer les choses à leur niveau, il y a quand même un tiers de ces mêmes répondants qui disent qu’ils réussissent à faire changer les choses, notamment en éduquant leurs enfants. Rassurant, non ?
Maintenant, il faut faire comprendre à tous ces citoyens, qui, par exemple, mettent en place un compost de quartier ou une boîte à livres, qu’il faut faire le lien avec les grands enjeux de société. »
Un beau défi qu’organisations et mouvements pourraient d’autant mieux relever s’ils conjuguaient leurs efforts.

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