3/5 ans

Dur d'être grand quand… on est petit

Robert Wadlow était le plus grand homme du monde ! À 22 ans, il mesurait 2m72 et, à 5 ans, 1m63. Quelle souffrance ! Il a toujours été le plus grand partout. Toujours au dernier rang en classe, en fin de file à la gym. Robert et ses parents devaient supporter souvent les railleries du genre : « Un si grand garçon qui ne parle pas encore ! Et toujours avec sa tétine... »

Dur d'être grand quand… on est petit - Thinkstock

Jo n'est pas un géant comme l’était Monsieur Wadlow. Il est juste très grand pour son âge. Sa courbe de taille est un peu au-dessus de celle de la plupart des enfants de son âge. Mais tout de même, les remarques fusent, du style : « Il est encore dans une poussette, il n’est pas autonome, un si grand garçon ! ».
En fait, il a l'air d'un grand benêt quand il est avec les enfants de son âge. On le prend pour plus âgé qu'il n'est et on compare ses performances à celles des plus grands. Et puis, Jo a un grand corps à manipuler et diriger : c'est beaucoup plus compliqué avec les commandes d'un cerveau de son âge.
Ses parents doivent sans arrêt rappeler qu'il a à peine 3 ans. Ils aimeraient bien que leur petit suscite l'admiration de tous. Ils voudraient être fiers de lui sans avoir à toujours justifier son pseudo-retard. Déjà à la crèche et maintenant à l'école, il faut sans cesse dire, et redire qu'il est plus jeune qu’il ne paraît, qu'il ne faut pas lui demander plus que ce que son âge lui permet. Le comble, c’est que sa copine de classe, à peine 3 ans elle aussi, est pour sa part assez petite et qu’on la trouve si vive, si délurée pour son âge ! Jo entend tous ces commentaires. Il comprend qu'il n'est pas toujours gratifiant pour ses parents. Il pense que ce n'est peut-être pas bien d'être grand.

À chacun son rythme

Jo a besoin d'être rassuré. Il n'est pas plus bête ni plus gauche qu'un autre. Il grandit bien, même très bien, tant dans son corps que dans sa tête. Il fait des tas de progrès dans plein de domaines. Il parle de mieux en mieux, fait de magnifiques constructions, se débrouille comme un chef avec son petit vélo et a des petits copains qu'il n'écrase pas malgré sa force ! Jo se développe à son rythme, comme chaque enfant. Certains ont leur première dent très tôt, d'autres très tard ; certains marchent à 10 mois et d'autres à 2 ans ; il y a des bavards, des artistes, des sportifs, des grands, des petits…
La crèche était, pour le bébé, le temps des premières découvertes : son corps, son environnement, le plaisir de se déplacer tout seul, de manipuler les objets, le plaisir des premiers mots. L'école maternelle est le temps de la socialisation, du jeu avec les autres, le temps de la découverte du plaisir partagé. Plus tard, viendra le temps de l'école primaire, celui du plaisir d'apprendre : à lire, à écrire, à compter, à comprendre le monde au travers de l'enseignement reçu, des livres, d'Internet... Laissons nos enfants profiter de chacune de ces étapes, elles ne reviendront jamais ! Laissons Jo grandir à son rythme sans… tous ces sous-entendus désagréables. Il n’a que 3 ans, Jo…

Mireille Pauluis

EN SAVOIR +

DEVENIR SOUDAIN L’AÎNÉ

Tom vit, lui aussi, la douloureuse expérience de devoir être grand quand on est petit. Mais ce n'est pas à cause de sa taille. Tom a un petit frère depuis quelques mois et, du jour au lendemain, il est devenu l’aîné, le grand, obligé de se comporter comme tel. Quand son petit frère, qui se déplace à toute vitesse à quatre pattes, colle sa tour de blocs par terre, Tom est obligé de comprendre. Il doit comprendre aussi qu'il lui faut céder sa place sur les genoux de maman, partager ses jeux, se taire quand bébé dort, attendre son tour pour avoir une histoire… Il est le plus grand, il doit comprendre! C'est dur de passer du statut de petit à celui de grand. Tom aimerait que ses parents y pensent de temps en temps.
Parfois, ce sont les exigences parentales qui obligent les enfants à grandir trop vite. Les parents de Cloé lui font subir tout une série d'entraînements pour qu'elle soit la plus performante dans tous les domaines. Elle passe tous ses congés en stages de dessin, de musique ou de sport. Elle aimerait tant rester chez elle à rêvasser de temps en temps, jouer avec rien ou avec ses poupées. À force de surstimuler nos enfants, on finira par les mettre en maison de retraite à 40 ans !

À chaque étapes, ses plaisirs

Or, les enfants, pour bien grandir, aiment être soutenus, encouragés, félicités. Mais ils souffrent d'être tirés vers le haut, boostés pour s'asseoir avant tel âge, se mettre debout et marcher avant tous les autres. Et que dire de ces pauvres petits à qui on apprend à lire bien avant l'entrée à l'école primaire ?
La crèche est, pour le bébé, le temps des premières découvertes: son corps, son environnement, le plaisir de se déplacer tout seul, de manipuler les objets, le plaisir des premiers mots. L'école maternelle est le temps de la socialisation, du jeu avec les autres, le temps de la découverte du plaisir partagé. Plus tard, viendra le temps de l'école primaire, celui du plaisir d'apprendre : à lire, à écrire, à compter, à comprendre le monde au travers de l'enseignement reçu, des livres, de l'Internet... Laissons nos enfants profiter de chacune de ces étapes, elles ne reviendront jamais !

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