Vie de parent

École et handicap : la Ligue des familles fait la guerre à l’exclusion

Ce 3 décembre, c’est la journée internationale des personnes en situation de handicap. L’occasion pour la Ligue des familles de revendiquer une école inclusive où tous les enfants peuvent suivre une scolarité dans « l’enseignement ordinaire ». Une revendication très concrète accompagnée d’un calendrier qui ne l’est pas moins.

École et handicap : la Ligue des familles fait la guerre à l’exclusion

« Chaque enfant en situation de handicap a le droit d’être un élève de l’enseignement ordinaire. Il s’agit du concept de l’école inclusive selon lequel c’est à l’école de s’adapter à l’enfant, et non à l’enfant de s’adapter à l’école ». Voilà une petite phrase tirée de la mise en contexte de l’étude rédigée par la Ligue des familles. L’objet est sans ambiguité, à travers cette étude, l’association parentale entend défendre un enseignement « ordinaire » accessible à tous. Il faut passer de l’exclusion à l’inclusion, martèle-t-elle au fil des soixante pages qui constituent le document.

Aujourd’hui, le recours à l’enseignement spécialisé serait trop systématique en Communauté française. Or, il doit rester l’exception. Selon la Ligue des familles, « La Fédération Wallonie-Bruxelles fait à cet égard partie des cancres européens : 4,1% des enfants y sont inscrits dans l’enseignement spécialisé alors que la moyenne européenne est d’1,5% ». Un écart qu’elle veut voir réduire au maximum, de façon résiduelle, exceptionnelle.  

Les aménagements raisonnables

Bien sûr, une école inclusive, cela demande des efforts, de la créativité, de la bonne volonté, de l’engagement. Pour être inclusive, une école doit notamment procéder à des « aménagements raisonnables ». Ceux-ci ne sont pas toujours concédés par les écoles. Pourtant, c’est un droit que peuvent revendiquer les familles qui ont un enfant en situation de handicap en leur sein.

Mais qu’est-ce qu’un aménagement raisonnable ? La Ligue des familles rappelle que cela peut être « des changements dans le contenu des cours, une adaptation des méthodes d’enseignement, des aménagements des supports de cours et du matériel pédagogique, etc., mais aussi un aménagement en termes d’accessibilité physique aux bâtiments scolaires. Le but est de supprimer tous les obstacles qui peuvent se présenter au cours de la scolarité de tous les enfants et de répondre aux besoins spécifiques de chaque élève ».

La Ligue des familles précise qu'« Il ne s’agit pas d’avantager en situation de handicap, mais bien de compenser les désavantages liés au handicap et à un environnement inadapté. Ce sont donc des mesures individuelles qui font déjà partie de notre législation depuis plusieurs années ». Mais pas toujours avec les résultats attendus.

Horizon 2040

Au bout du compte, la Ligue des familles estime que cet enseignement inclusif « offre l’avantage pour tous les enfants de pouvoir vivre dans un environnement ordinaire et de fréquenter des écoles plus proches de chez eux avec leur fratrie et/ou leurs amis du quartier. Les enfants en situation de handicap ne sont alors plus marginalisés dès l’enfance et auront plus de facilité à s’intégrer dans la société une fois adulte ».

Reste que développer, améliorer, généraliser l’école inclusive va demander une planification sans faille. Il faudra un glissement progressif des moyens du spécialisé vers l’ordinaire pour accueillir tous les enfants dans un esprit égalitaire et une volonté de lutte contre la ségrégation.

Dans cette optique, la Ligue des familles propose un véritable calendrier, plan de bataille pour une véritable école inclusive. Dans l’immédiat, c’est-à-dire pour l’année prochaine, elle prône :

 L’adaptation de la formation continue des enseignant·e·s afin qu’ils/elles disposent des outils pour gérer la diversité dans une classe.
Une réforme du mécanisme d’orientation vers l’enseignement spécialisé, en incluant les parents dans le processus, et en vérifiant que tout a été tenté dans l’enseignement ordinaire, moyennant par exemple des aménagements raisonnables.
La mise en place des « pôles territoriaux », nouvelles structures qui aideraient les écoles ordinaires d’une région à accompagner les enfants à besoins spécifiques, notamment en mettant à leur disposition des professionnel·le·s (paramédical, logopède, enseignant·e de soutien…).

À l’horizon 2030, elle plaide pour :

L’adaptation de la formation initiale des enseignant·e·s.
L’augmentation de l’encadrement dans l’enseignement ordinaire via diverses mesures (création de postes, régulation de l’offre, réaffectation progressive des enseignant·e·s de l’enseignement spécialisé).
La création de classes de répit dans les écoles ordinaires, permettant la prise en charge temporaire d’un·e élève à besoins spécifiques lorsque l’enseignant·e n’est plus en capacité de le faire ou que l’élève lui-même a besoin d’un répit.

Enfin, dix ans plus tard (2040), elle voit :

La réaffectation du personnel des écoles spécialisées vers l’enseignement ordinaire et les pôles territoriaux.
La création de classes spécialisées de dernier recours dans les bâtiments de l’enseignement ordinaire.

Place à la concertation

Au terme de son analyse, la Ligue des familles résume les choses ainsi. « Le modèle qui est proposé et défendu dans cette étude a pour objectif de prendre le chemin d’une école véritablement inclusive via un phasage des mesures à prendre à court terme, moyen terme et long terme. Pour la Ligue des familles, la logique intégrative doit désormais céder la place à une logique inclusive ».

Sa vision est claire, reste à la partager. C’est pour cette raison qu’elle va communiquer les résultats de son étude à la ministre de l’Éducation et aux députés de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Elle ne cache pas son souhait de voir une concertation organisée. L’objectif de celle-ci étant de concrétiser les mesures.  

T. D.

À (re)lire

L'année dernière, à la même époque nous publiions un dossier consacré au handicap au sein de la famille. Dossier qui abordait, notamment, la question de l'inclusivité. Vous pouvez le trouver ici.

 

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