Vie de parent

École : la vidéo au service
des sciences et du féminisme

D’une pierre deux coups. D’un côté, servir la cause de l’égalité homme/femme et de l’autre, susciter des vocations scientifiques. Le tout grâce à la vidéo. Public visé ? Les 13-14 ans. Le projet « Solax » de l’ASBL Nighthawks vient d’être choisi dans le cadre de l’appel « Graines d’avenir » de la BESIX Foundation lancé en collaboration avec la Fondation Roi Baudouin. Il se partage 50 000 € avec sept autres projets inspirants.

École : la vidéo au service des sciences et du féminisme

L’idée des prix « Graines d'avenir », c’est de permettre à des élèves de 8 à 14 ans de se découvrir du potentiel et de la vocation. Et cela, en les exposant à des expériences inédites, à des personnalités scientifiques, à des professionnels motivés. Alizée Honoré et sa comparse Géraldine Jonckers s’inscrivent dans ces défis, pleinement.

« Le projet Solax est venu d’une volonté de travailler avec une prof de sciences que nous avions rencontrée, explique Alizée. Nous avons eu envie de développer un projet pour les jeunes autour des enjeux du féminisme tout en parlant de la place des femmes dans les sciences et le cinéma. Rien que le nom 'Solax' est le reflet de notre démarche. Solax, c’était le studio d'Alice Guy (1873-1968), première femme réalisatrice, trop peu connue. »

L’idée de base ? Toute simple : amener les jeunes à rencontrer des femmes scientifiques belges. « Vivantes, souligne Alizée Honoré. On est loin d’un exposé traditionnel sur Marie Curie. Là, il y a un contact direct. Une interview qui nécessite aussi un travail de recherche et de préparation, mais qui aboutit sur un véritable échange. Cela offre une autre dimension, une richesse bien supérieure à une simple élocution. L’ambition, c’est de confronter les jeunes à ces femmes et de leur donner, éventuellement, l’envie d’embrasser une carrière scientifique, que ces élèves soient filles ou garçons ».


© Alizée Honoré (Alizée Honoré est à gauche, Géraldine Jonckers est à droite)

« La vidéo, c’est leur quotidien »

Le prix permettra de mettre en place ce projet à l’Athénée Royal Andrée Thomas de Forest. Ou plutôt de poursuivre un travail qui a déjà porté ses fruits. « Cette initiative est la suite logique d’un projet qu’on a déjà mené l’année dernière avec un autre groupe d’élèves. C’était dans le cadre du projet 'La culture a de la classe'. L’envie de la prof était de travailler sur l’égalité des chances en montrant que ces métiers étaient accessibles. Trois chercheuses ont été rencontrées. L’année dernière, les vidéos ont été diffusées dans le cadre d’un festival féministe. Cette année, on va sans doute les projeter dans un autre cadre pour ouvrir ce travail à un autre public ».

Ces vidéos, elles sont visibles sur la plateforme de partage Viméo. « Pas sur YouTube. C’est un choix. C’est pour renforcer l’approche différente, la qualité du travail ». La vidéo est, selon Alizée, un média parfait pour canaliser l’intérêt des adolescents.

« L’image, la vidéo, c’est leur quotidien. C’est un média qu’ils connaissent très bien, mais qu’ils ne maîtrisent pas si bien que ça. Là, on décortique, on se pose des questions. Comment fait-on un film ? Comment travaille-t-on un documentaire ? Comment interroge-t-on quelqu’un ? Comment se tient-on devant une caméra ? C’est riche. La vidéo, c’est aussi une multitude de points d’attention. Il y a le son, l’image, la préparation. Il y a beaucoup de rôles potentiels, chacun peut trouver sa place dans la création. Souvent, cette expérience permet aux jeunes de renforcer leur confiance en eux, surtout en elles. »

Aria Ronsmans - Microbiologiste from NIGHTHAWKS on Vimeo.

Les femmes au volant

Ce projet permet à Alizée et Géraldine de se nourrir de retours très positifs. Des étudiants, des professeurs et des scientifiques. Certains élèves se révèlent devant la caméra. D’autres aussi découvrent certaines réalités. « Une jeune étudiante était ainsi un peu révoltée. Elle a toujours voulu être médecin et n’avait jamais pensé que le fait d’être une femme allait rendre son objectif plus difficile à atteindre. Elle trouvait choquant que des profs puissent marquer une différence entre filles et garçons. Un jeune garçon nous a lâché : 'Je ne comprends pas pourquoi tout le monde n’est pas féministe' ". C’est révélateur de la prise de conscience.  

Différence de traitement dans les études et le boulot, mais aussi au cinéma. Alizée et Géraldine ont ainsi abordé avec ces jeunes la représentation des femmes dans les films. « Un exemple. Dans 80 % des longs métrages, les femmes ne conduisent pas. Ce sont les hommes qui sont au volant. Ce type de représentation nourrit les clichés. On leur explique qu’en faisant de la vidéo, ils ont l’occasion de changer ça, de casser les préjugés. C’est intéressant pour eux de se rendre compte de ce pouvoir-là ».

Thierry Dupièreux

Sur le même sujet

Il ne faut pas être une « grosse tête » pour choisir les sciences !

On le répète à l’envi : les temps changent. Et très vite. Ah bon ? Quand on regarde le taux de fréquentation des études scientifiques par les filles dans nos universités francophones par exemple, rien ne semble vraiment progresser. Mais pourquoi cette réticence féminine à choisir une orientation scientifique ? Le réseau BeWiSe - Femmes et sciences en Belgique tente de comprendre et défend la participation des femmes à ces disciplines.