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École : ne le dégoûtez pas !

Un des premiers espaces où la vie d’enfant de votre 6 ans et plus va s’organiser en dehors de la maison familiale (et donc loin de vous !), c’est l’école. S’il est possible, même à cet âge-là, d’avoir mal au ventre le matin par crainte de l’école, il n’en reste pas moins que c’est l’époque bénie où la plupart des gosses ont une soif d’apprendre et de se nourrir du monde qui les entoure.

École : ne le dégoûtez pas ! - Thinkstock

Votre gamin, votre fillette font partie de ces joyeux curieux ? Il ne vous reste plus qu’à encourager cet enthousiasme et, peut-être même, à le partager. Qui sait ? Même vingt ou trente ans plus tard, le regard neuf que portent vos enfants sur les choses peut vous permettre de découvrir ou redécouvrir le monde.
Une bonne scolarité dépend d’abord d’un cadre de vie équilibré. Et c’est là que vous pouvez pleinement jouer votre rôle. Oh, ce n’est pas drôle tous les jours de dire à vos gamins et gamines d’aller se coucher à l’heure, de ne pas rester collés devant l’écran de télé, de les inciter à se mettre au travail avant 22h pour terminer leurs devoirs et leçons, de consulter leur journal de classe… et surtout de le signer quand c’est exigé…
Par contre, vous intéresser à leur vie à l’école, les écouter vous raconter ce qu’ils ont fait en classe, ce qu’ils ont vécu dans la cour de récréation, éveiller leur curiosité, bref, leur faire aimer l’école, voilà une tâche bien plus enthousiasmante. Elle fera en sorte que leur vie ne sera pas coupée en deux avec d’un côté le monde scolaire et de l’autre, le monde familial.

La vie est aussi dure !

« Le jour où j’ai conduit Sacha pour la première fois à la grande école, j’étais à la fois fière et en même temps en peu perdue. Je sentais bien que je perdais la maîtrise de beaucoup de choses ». Valérie, la maman de Sacha, ne parle pas que des apprentissages, mais de ce que son fils risque de rapporter des heures passés à la récré, à la garderie, en classe aussi.
 En investissant de nouveaux lieux de vie, l’enfant de 7 ans découvre d’autres manières d’agir et de penser qu’il compare à ce qu’il a connu jusqu’à présent. Il est confronté à l’injustice, à la différence, à l’indifférence… Si l’école apprend à lire, à écrire, à parler et à compter, elle ne peut pas accompagner toute seule les mômes dans leur dur apprentissage de la vie. Les parents s’en rendent bien compte et savent qu’ils doivent être là, aux côtés de l’institution, pour aider leurs enfants à comprendre. Comprendre la différence entre taquineries et brimades, par exemple, faire face à l’injustice ou encore toute autre réalité souvent désagréable auxquels ils sont brusquement confrontés.
Bien sûr, la maternelle a déjà pu faire comprendre au petit que la vie n’est pas toujours moelleuse. Mais l’école primaire en rajoute en lui rappelant, douloureusement parfois, qu’elle est aussi un ring où règne le plus fort, le plus malin.

Ses premiers maîtres : vous !

L’enfant n’arrive pas vierge à l’école. Il a déjà une histoire de plusieurs années où vous, parents, ses premiers maîtres, vous avez, à travers les berceuses, les histoires racontées, les expériences partagées, mis en place toute une série de choses qui l’aideront à apprendre sans se décourager. C’est ce premier travail amorcé dès sa naissance (et bien avant déjà !) que vous vous devez de continuer, même si certains jours, et c’est bien normal, vous manquez d’énergie !
Adrien, papa d’Arnaud, 9 ans, nous rapporte cette expérience. L’autre jour, son fils est rentré furieux de l’école, avec une punition collective sous le bras. Quand la maîtresse a découvert que toutes les craies du tableau avaient été cassées et jetées par terre, elle a obligé toute la classe à recopier dix fois les verbes être et avoir au présent et au passé simple. Les enfants ont deux jours pour effectuer ce travail, sauf si le coupable se dénonce.
« Mon fils refuse de faire la punition et est prêt à dénoncer son copain ! Oups ! Cette annonce m’a fait un drôle d’effet. Après réflexion, j’ai décidé de lui parler pour lui expliquer que dénoncer quelqu’un, c’est grave. Je lui ai expliqué que s’il désire que les autres le respecte, il faut que lui aussi apprenne à respecter les autres. Lui continue inlassablement à crier à l’injustice. Après une longue discussion illustrée d’exemples, je finis par le convaincre de faire sa punition et de parler à son copain fautif afin qu’il se dénonce lui-même. Je crois que cet événement lui a fait comprendre un certain nombre de choses et qu’il a appris que la vie en communauté n’est pas toujours facile. Grandir, ce n’est pas simple et ça demande des efforts… »

Relâcher la pression scolaire

La société, aujourd’hui, est ainsi faite : réussir, c’est conquérir une position sociale et un compte bien garni. À cela, s’ajoute l’avenir guère prometteur. Il n’en faut pas plus pour que les parents assimilent la réussite scolaire à la réussite sociale (ce qui se vérifie dans la plupart des cas !) et fassent pression sur leurs gosses pour qu’ils décrochent le prix d’excellence. Comment nos enfants ne seraient-ils pas stressés quand on s’inquiète de savoir s’ils sont meilleurs que le voisin plutôt que voir s’ils ont augmenté leur puissance de compréhension du monde ?
Pression de la société, des parents. Pression de la vie quotidienne avec ses horaires fous… Comment aider alors son petit monde à relâcher (un peu) cette pression ? Par les activités scolaires, suggère Anne Bacus, psychologue, qui nous donne quelques repères pour poser un choix.
« L’école peut générer de la fatigue et des angoisses que l’enfant va compenser ailleurs. S’il s’agit d’une trop grande pression quant aux résultats scolaires, il faut choisir une activité où il n’y a pas ou peu de compétition, comme le dessin ou la peinture. Si le stress provient d’une trop grande quantité de travail, mieux vaut alors opter pour une activité ludique et sans contrainte qui permettra à l’enfant de se changer les idées sans règles à respecter. Si l’enfant est angoissé par ses mauvais résultats à l’école, les parents doivent trouver une discipline où il sera bon rapidement. En s’y investissant à long terme, il regagnera sa confiance en lui. Enfin, si l’enfant se sent à l’écart en classe, il faut l’aider à se faire de nouveaux copains en privilégiant les activités par petits groupes. »
Il ne faut pas non plus oublier que les enfants ont aussi besoin de rêvasser, d’abandonner leur corps et leur esprit à ne rien à faire. Pas devant les écrans, mais seuls dans leur chambre ou en tapant dans un ballon avec les copains.

Aïe, aïe, les devoirs

Pour Brigitte Prot, entre 6 et 12 ans, tout s’apprend. Même de faire les devoirs sans stress, pourvu qu’on propose aux enfants de souffler un coup entre l’école et la maison.
« Avant 13 ans, trois quarts d’heure au moins sont nécessaires à l’enfant pour vivre la transition et quitter tout à fait l’univers scolaire afin d’entrer dans celui de la vie domestique. La règle d’or : installer un rituel ‘devoirs du soir’, avec heure, lieu et durée identiques chaque jour. Cette rigueur favorise la structure des apprentissages et minimise le stress lié à cette activité quotidienne. Le temps de travail idéal pour un enfant de 8 à 12 ans, est d’une demi-heure en continu. Avec, pour les 8 à 10 ans, de courtes pauses, surtout pour les petits rêveurs et les créatifs. Ces pauses ne doivent pas dépasser les trois minutes pendant lesquelles vous lui proposerez du dessin, un puzzle, des Lego… L’activité permet de ne pas rompre le calme exigé pour les devoirs, mais aussi de relier la créativité au travail, la rupture entre ces deux mondes étant l’une des grandes causes de démotivation chez les petits rêveurs. »
Mais la bonne volonté de part et d’autre ne suffit pas toujours et, certains soirs, les devoirs tournent à la crise. Dans ce cas, comme nous le conseille toujours Brigitte Prot, fermez les cahiers et passez à autre chose… en prévoyant éventuellement de les ré-ouvrir plus tard ou le lendemain. Le rituel des devoirs ne peut pas devenir le rituel des tensions.

Karin Mantovani

EN PRATIQUE

Devoirs : apprendre l’autonomie

Accompagner son enfant dans les devoirs quotidiens n’est pas les faire à sa place. Ne perdez pas de vue que le but de l’opération, c’est de l’amener vers l’autonomie. N’apportez donc pas de réponses aux problèmes posés, mais guidez-le avec patience afin qu’il se pose les bonnes questions pour avancer dans son raisonnement et pour y répondre seul.

  • Jusqu’à 8 ans : un enfant à besoin qu’on l’aide à s’organiser grâce à une méthode de travail simple.
  • Entre 9 et 11 ans : les méthodes sont en principe déjà acquises, même si certains enfants ont encore besoin qu’on les aide à se structurer.
  • À 12 ans : ils sont censés être sur les rails et devraient être capables de prévoir et planifier les devoirs de la semaine, en fonction de l’urgence et de la quantité de travail.

À LIRE

  • Philippe Merieu : Les devoirs à la maison aux Éditions La Découverte et Apprendre… oui, mais comment ? aux Éditions ESF, 2009.
  • Béatrice Pothier : Comment les enfants apprennent l’orthographe, aux Éditions Retz.
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Profitez-en !

Il y a des moments magiques dans une vie de parent. Celui, par exemple, où vos enfants jouent à cœur joie avec leurs copains. Il y a une telle force de vie dans cette scène-là que vous ne pouvez que ressentir une vague de bien-être vous envahir. Du bonheur à l’état pur ! C’est sans nul doute entre 6 et 10-12 ans que les parents connaissent le plus souvent cet état de grâce. Parce que les jeux ne tournent pas tout de suite aux larmes, comme quand ils étaient plus jeunes. Parce qu’ils n’ont pas encore les questions de l’adolescence qui les tourmentent.

 

Copains : les bienvenus

Tendresse, rupture, trahison, partage, confiance… autant d’apprentissages que votre enfant découvre avec les copains. Des copains sans qui il ne pourrait se construire. Alors, ouvrez-leur tout grand la porte et soyez attentifs : les ruptures d’amitié peuvent être très douloureuses à cet âge.

 

Frères et sœurs, si près… si loin

Vêtements, sorties, argent de poche, télévision, ordinateur… tout est prétexte à discussions et à comptes d’apothicaire. Chaque enfant défend sa chapelle et se compare à son frère ou à sa sœur, à qui on passe tout, bien sûr ! À tel point que vous, parents, finissez par douter de votre impartialité à leur égard. Comment satisfaire chacun selon son âge et sans inégalités ?