Vie de parent

Éducation : ils n’en font qu’à leur tête !

Reprendre le rythme scolaire, c’est aussi pour vous, parents, redevenir arbitre. Et la rencontre se joue à chaque instant, à tout âge. Des doigts dans le nez aux sorties entre copains, en passant par les : « Dis bonjour », « Dis merci », « Dis au revoir », cette zone du « Fais pas ci, fais pas ça » se situe à la louche entre 1 an et 25 ans. Un peu de fermeté, un brin d’organisation et de malice sont vos meilleurs outils. Coup de sifflet, début de la partie : ça va être sport, ça va être fort.

Éducation : ils n’en font qu’à leur tête !

UN GROS MOT : LA POLITESSE

Assana, deux ados, 14 et 16 ans :
« Objectif : zéro gros mots »

« Les semaines passées chez les cousins et en camp de vacances ont furieusement enrichi le langage ordurier de mes enfants. Surtout qu’ils sont très influençables. Mes objectifs pour la rentrée ? La chasse aux gros mots et aux comportements grossiers. On dit ‘Bonjour Monsieur, bonjour Madame’, plutôt que de lever les yeux au ciel. On respecte les adultes et les professeurs dans la foulée et on ne s’enferme pas dans une attitude négative. Ça, c’est dans un monde idéal, bien sûr. » (Rires nerveux).

Notre point de vue
Contrairement à ce qu’Assana déclare, bon nombre de parents soulignent au moment de faire le bilan des vacances, combien leurs enfants ont fait des bonds de géant durant cette période que ce soit en vocabulaire, en motricité, en graphisme, en autonomie, en développement de la pensée… Des progrès qui, l’air de rien, ne peuvent qu’avoir un impact positif sur les apprentissages scolaires. Mais cela est vrai jusqu’à plus ou moins 14 ans.
Au-delà de cet âge (et le témoignage d’Assana en est la preuve), ce que les ados engrangent durant les vacances au contact de copains venus de tous horizons ne vous rassurent pas nécessairement. Et c’est bien ce qu’attendent les ados qui se construisent généralement dans le désaccord, au risque parfois d’adopter des comportements à risque. Faut-il en être inquiet et pourrir votre rentrée et celle de vos jeunes ?
Le psychiatre Xavier Pommereau nous rassure en affirmant que 85 % des jeunes vont tenter de se sentir exister pour eux-mêmes par des écarts de conduite qui vont du piercing à une façon de parler, de manger ou de s’habiller. Rien de grave donc tant que ces comportements ne mènent pas à des conduites de rupture violentes. Comment faire en sorte que les choses ne dégénèrent pas ? « Si les parents veulent aider leurs jeunes, ils doivent essayer de rendre plus nette leurs positions face à un certain nombre de choses », précise Xavier Pommereau.
Nous avons trop souvent l’impression qu’on peut élever nos enfants uniquement à travers l’amour qu’on leur porte. Hélas non, à moins que l’amour qu’on leur porte se fasse dans un cadre le plus clair et le plus évolutif possible. Assana l’a bien compris !

C’EST DU PROPRE !

Alejandro, une fille, 4 ans :
« Le miracle de la rentrée »

« Nous avons passé tout notre été à nous stresser avec cette histoire de propreté. Nous avons tout essayé : on a profité de la saison pour la laisser nue, on a fait des tableaux, des chansons… Rien à faire. Avant la rentrée, on a appelé l’école pour dire qu’elle n’était pas propre. Pas de réaction. Et le jour J, on tremblait. À la fin de cette première journée, aucun accident à signaler. Idem pour les jours suivants. Nous avions l’air un peu idiots à s’affoler pour rien. »

Nos conseils
Sachez-le : le déclic en ce qui concerne l’apprentissage de la propreté peut venir tout d’un coup. Du jour au lendemain, votre petit comprend comment contrôler ses sphincters et ne fera (presque) plus jamais pipi hors du petit pot. Si, malgré tout, les accidents restent encore fréquents, parlez-en à l’institutrice : le fait d’accepter ou non un enfant qui n’est pas encore tout à fait propre varie d’une école à l’autre et dépend notamment de la présence ou non d’une puéricultrice dans la classe des petits. Pour en savoir plus : retrouvez l’article Devenir propre : une aventure dont il sera le héros.
Trois bouquins peuvent aider l’enfant à se préparer, côté petit pot, à rentrer plus apaisé :

► Zaza va sur son pot (Éd. Gallimard jeunesse) 
► Tout le monde y va, (Éd. Casterman) 
► Le grand voyage de monsieur Caca (Éd. 400 coups).

UNE FAMILLE, DEUX TOITS

Gaétane, deux fils, 8 et 12 ans :
« Deux maisons, une seule chambre »

« Préparer une rentrée quand les foyers sont séparés, c’est deux fois plus de boulot. D’autant que le père de mes enfants n’est pas la personne la plus organisée de la Terre. J’achète donc tout en double. Couette, serviette de bain, vêtements, etc. Du coup, ils ont les mêmes affaires chez moi et chez leur papa. Deux maisons, mais une seule chambre. C’est ça l’idée. »

Nathalie, une fille, 12 ans :
« Deux toits, sinon rien »

« Je ne suis pas pour l’idée de Gaétane de reproduire la même ambiance. Chez nous, au contraire, c’est chez maman avec son compagnon, des règles, un cadre. Chez papa, il y a un autre monde. Des animaux, de la musique, des va-et-vient. Ces deux univers contrastés définissent ma fille. Et c’est une chance aussi, je trouve. »

Nos trucs et astuces
Point commun entre tous les enfants qui ont deux maisons : les transferts des affaires - celles que l’on peut difficilement avoir en double ou celles qu’on aime vraiment beaucoup - de « chez papa » à « chez maman ». À éviter : transformer vos gamins en « enfants-valises », obligés de trimbaler à l’école le sac de la semaine en plus de son cartable. Parce que, même si on est séparés, être parents, c’est continuer à partager la responsabilité des enfants sans trop leur faire payer nos dissensions et autres disputes. À vous de trouver l’organisation qui convient le mieux à tous. Un système souvent employé : le bac dans lequel l’enfant glisse ce dont il a besoin chez l’autre parent.
C’est votre première rentrée comme parents séparés ? Un conseil : touchez-en un mot à l’institutrice de votre enfant s’il est en maternelle ou en primaire, voire à l’éducateur s’il est dans le secondaire. Ce sont eux qui sont aux premières loges pour observer votre enfant et déceler un éventuel changement de comportement et vous en faire part le cas échéant. Côté pratique : quid des informations et autres factures ? Sont-elles communiquées à un seul parent ou aux deux ? Informez-vous : chaque établissement a ses pratiques qui peuvent aussi être adaptées selon les situations familiales.

Nouveau
La Ligue des familles vous propose My Kids&co, un outil simple et sécurisé qui regroupe un calendrier, un outil de gestion des dépenses, un journal de bord, un album photo, une banque d'infos, une messagerie afin de gérer au mieux ce qui est en lien avec les enfants. Particulièrement pratique pour les parents séparés.

TÊTES EN L’AIR

Sébastien, une fille, 5 ans :
« Elle perd tout »

« À la fin de l’année, nous avons dressé une liste de tout ce que l’on a perdu. Le bilan est lourd. Donc, pour cette rentrée, deux résolutions. On met des étiquettes partout et on fait en sorte que notre petite ne s’éparpille pas trop. Deuxième chose, on arrête avec les vêtements coûteux. Elle sera élégante quand elle sera organisée ».

Lydia, trois enfants, 4, 10 et 13 ans :
« Un distributeur à objets perdus »

« Nous testons une chouette idée avec l’association des parents dans l’école de ma petite dernière. Une sorte de distributeur où tous les objets et vêtements qui traînent sont déposés. Son accès aux parents est interdit dans un premier temps. Dès qu’un parent s’aperçoit qu’un objet manque à l’appel, l’enfant va lui-même le chercher. Une manière de le responsabiliser. Reste à voir si ça fonctionne sur le long terme. »

Notre idée « mode »
Ah, les fameuses nominettes à coudre et autres étiquettes à coller sur les affaires de vos jeunes écoliers : tout comme les livres à recouvrir sans faire de bulles d’air, voilà sans doute LA tâche qui vous horripile le plus en cette saison. Bonne nouvelle pour ceux qui sont membres de la Ligue des familles : on a dégoté pour vous des réductions sur l’achat d’étiquettes personnalisées super-résistantes Stickerkid. À commander en ligne : attention, comptez deux à trois jours ouvrables pour l’expédition.
Pour les adeptes des très tendances DIY, des tutoriels circulent sur le web pour confectionner soi-même ses étiquettes.
Et si, comme Sébastien, vous êtes désespéré parce que votre enfant perd tout : patience et petits pas. À 5 ans, c’est un peu tôt pour faire un sans faute dans ce domaine. Trucs et astuces de parents dans l’article Il perd toujours tout.

IL N’A PAS D’AMIS

Leslie, un garçon, 6 ans :
« Seuls au monde »

« Nous sommes dans une école de ‘hippies bobos’. Les enfants vivent dans de beaux appartements, les parents sont tous copains. Moi, je bosse comme une dingue. Avant de me quitter, mon mari s’est montré plusieurs fois ivre et violent et mon fils est une petite terreur. Il est suivi, depuis ça va beaucoup mieux. Seulement, personne ne l’invite, il n’a pas d’amis. Et moi, je n’ose inviter personne tellement j’ai honte. Nous souffrons de notre différence. »

Delphine, un ado, 15 ans :
« Aller vers l’autre »

« Je ne sais pas si mon histoire va consoler Leslie, mais j’ai vécu les mêmes choses avec mon fils. Il n’était invité nulle part. Débarqué en cours d’année, il s’est retrouvé dans une école où tout le monde se connaissait et personne ne l’invitait. De plus, il est extrêmement timide. J’avais à l’époque un tout petit appart’ et ne pouvait recevoir personne chez moi. J’ai organisé un super-goûter dans un parc, avec chasse au trésor, bataille d’eau, partie de foot et supers-gâteaux. Nous nous sommes intégrés, lui auprès des petits et moi des parents. On prête des intentions aux autres à rester dans son coin. Ça ne coûte rien d’aller vers l’autre. »

Nos propositions
À côté des bons conseils de Delphine, nous proposons deux bouquins à lire dès 6 ans, pour aider ceux qui ont du mal à se faire des copains en primaire : Max veut se faire des amis et Lucien n’a pas de copains (Éd. Caligram). Rappelons aussi que, si certains enfants ont naturellement l’art de se faire des copains à la pelle, d’autres tisseront, au fil du temps, des liens privilégiés avec un, voire deux « vrais » amis, ce qui est tout aussi précieux.
Toujours côté amitié, la rentrée va aussi marquer le top départ de la ronde des anniversaires entre enfants d’une même classe : puisque certains sont toujours invités et d’autres (presque) jamais, pourquoi ne pas être attentif à cette inégalité entre parents. Une idée : se regrouper pour inviter, ensemble et dans une même maison, tous les enfants de la classe. Un beau projet de « vivre ensemble » à l’échelle de la classe.

DOUDOU DIS DONC

Lydia, trois enfants, 4, 10 et 13 ans :
« En plusieurs exemplaires »

« Notre fille aînée avait un doudou de cœur que nous avons perdu. Rien que d’en parler, j’en ai les larmes aux yeux. Pour éviter que ça ne se reproduise avec ses frères et sœurs, nous avons fait quelque chose de pas très recommandable : nous avons acheté les peluches préférées en plusieurs exemplaires. La petite a donc ‘Jean-Michel’ en plusieurs exemplaires. Nous vivons d’ailleurs sous le règne de Jean-Michel 2 puisque le premier doit errer dans une gare flamande. J’ai honte… »

Notre point de vue
Vous êtes nombreux à parer à l’éventuelle perte du doudou, surtout en cette veille de rentrée, en achetant plusieurs exemplaires. Certains avouent même cacher l’existence de ces doublures (elles ne passent jamais à la machine en même temps) de peur que leur petit soit ébranlé à l’idée de réaliser que son doudou, si unique, ne se soit dédoublé. D’autres racontent que depuis que le subterfuge a été découvert, leur enfant ne se contente plus d’un doudou, mais qu’il lui faut les deux pour s’endormir.
Autant d’anecdotes qui engendrent une question : votre petit peut-il embarquer sa tortue fétiche dans son cartable ? Les doudous sont souvent les bienvenus, bien que chaque classe ait ses habitudes : certaines institutrices, par exemple, les autorisent jusqu’à 9h avant de les ranger jusqu’à la sieste. Rappelons la fonction du doudou : servir de lien entre la maison et l’extérieur, mais aussi aider à se sentir en sécurité lors des phases de transition.
Même si tous les enfants n’éprouvent pas le besoin d’avoir un doudou (s’il n’en a jamais eu, ne le forcez surtout pas à en adopter un !), cet objet l’aide à grandir, à acquérir son autonomie. Bien vite, c’est votre petit qui veillera à ce que le doudou soit dans son cartable. Et puis, surprise ! Un vendredi, votre marmot rentrera avec le doudou de la classe pour le week-end. Un moyen amusant pour découvrir la continuité entre l’école et la maison. La boucle est bouclée.

TÊTE-À-TÊTE ENTRE ADOS

Kevin, trois adolescentes, 13,16 et 18 ans :
« Contrat de confiance »

« Il faut redevenir plus strict au moment de la rentrée. La règle, à la maison, c’est de toujours être joignables. Si j’appelle mes filles lors d’une de leurs sorties et qu’elles ne me répondent pas, c’est la guerre assurée. Autre règle : ne pas abuser par rapport à l’école. Si elles ont du mal à se lever, ne sont pas attentives au cours, rentrent avec des mines de lapins sous myxomatose, nous supprimons toute sortie. D’accord d’être libre, mais encore une fois, il ne faut pas que cette liberté les mette en danger. »

Anaïs et Tim, frère et sœur, 17 et 15 ans :
« Comme Batman »

Tim : « Non mais attend, ma madre qui me dit de rentrer à 22h, quand je sors à 21h30, c’est du pousse-au-crime ! » Anaïs : « Mais tu dis jamais où tu vas et tu rentres toujours tard. À cause de toi, on est toujours privés de sorties, t’es un gamin ». Tim : « J’suis pas un gamin, j’suis Batman, je vis la nuit. »

Notre avis
Nos ados ont besoin de limites en dépit de leur besoin criant de liberté. Mais ces limites se négocient selon l’âge, leur degré d’autonomie, le type de sortie (certaines s’accompagnent de risques telles la drogue, l’alcool, la violence…).
Jusqu’à 15-16 ans, mieux vaut encadrer ses sorties le week-end et décider une fois pour toutes qu’il n’y en a pas durant la semaine. Quels sont les copains, copines qui l’accompagnent ? Quel genre de soirée se propose-t-il de rejoindre ?
Quant à l’heure du retour, attention de ne pas la fixer de manière inappropriée. Comme le suggère le témoignage de Tim, inutile de demander à votre jeune de rentrer à 22h si la soirée a débuté à 20h, ni même de rentrer à 23h alors que vous savez que vous-mêmes allez rentrer plus tard. Toujours pour le retour, assurez-vous, si vous ne pouvez pas aller chercher votre ado, qu’il peut profiter de la voiture d’un autre parent ou qu’il peut loger chez l’un ou l’autre copain connu.
Vous avez parfois l’impression que votre jeune vous « balade » ? Ne contactez pas systématiquement les parents de ses amis pour savoir s’il dit vrai. Dans le doute, choisissez de lui faire confiance… tout en gardant l’œil ouvert !

Anouck Thibaut et Yves-Marie Vilain-Lepage