Vie de parent

Égalité entre les femmes
et les hommes : un an de recul

Il suffit de pas grand-chose pour que les inégalités entre hommes et femmes repartent à la hausse. Et singulièrement dans le domaine domestique et de la garde d’enfant.

Égalité entre les femmes et les hommes : un an de recul

Acte 1 : premier confinement

Pour rappel, les écoles et les crèches sont fermées, le travail scolaire se déroule à domicile, 98% des parents gardent leurs enfants à la maison. 6 parents sur 10 télétravaillent. À la fois au four et au moulin, ces parents sont aussi insatisfaits de leur travail que de leur relation avec leurs enfants. Le travail domestique est invisibilisé : il n’a pas de valeur économique. Cela se traduit de manière très forte, l’impression que j’en garde : s’occuper des enfants, ça n’existe pas pour le Conseil National de Sécurité qui prend les décisions à l’époque. Alors que l’on instaurait le chômage temporaire pour les entreprises, rien n’est mis en place pour les parents. Contrairement à d’autres pays européens qui mettaient en place des dispositifs, certes perfectibles, mais qui avaient le mérite d’exister.

Et alors ? Le problème, c’est que la répartition des tâches ménagères et des soins aux enfants est très inégalitaire dans toutes les configurations de couples, même quand la femme travaille et l’homme pas. En temps normal, le travail domestique, de soins et d’éducation repose à 60% sur les femmes et 40% sur les hommes. La pandémie a augmenté les inégalités dans le couple. Le travail familial a cru de vingt heures environ par semaine : douze heures pour les femmes contre seulement huit heures pour les hommes.

Acte 2 : le déconfinement

Les crèches ouvrent, les écoles aussi pour un petit nombre d’enfants, le travail reprend en présentiel. Enfin, le congé parental corona est mis en place. Ce dispositif imaginé par la Ligue des familles pour le confinement arrive finalement au moment du déconfinement. Il souffre de graves lacunes : il nécessite l’accord de l’employeur, est très mal rémunéré et ne peut se prendre qu’à temps partiel.

À l’analyse, le congé parental corona affiche la même répartition entre les femmes et les hommes que le congé parental ordinaire lors des mois de mai et juin : il est pris par deux tiers de femmes. Ensuite, la part des femmes ne cesse d'augmenter pour atteindre 75% au mois de septembre. Vu qu’elles gagnent souvent moins que les hommes, c’est le salaire des femmes qui est sacrifié afin d’assurer la garde des enfants.

Acte 3 : deuxième vague et mesures sur la durée

Depuis octobre, les écoles sont en code rouge, les cours sont en distanciel pour les grands ados et dans l’enseignement supérieur. Des crèches et des écoles ferment suivant les mises en quarantaine. L’extrascolaire est sacrifié pour les ados. Le congé parental corona devient un accès au chômage temporaire pour cause de fermeture de classes/crèches, puis pour quarantaine d’enfants. La situation reste difficile en cas d’enfant malade, puisque 3 parents sur 4 n’ont pas droit à des congés enfant malade rémunérés. Une difficulté en tout temps, mais plus encore en cette période de crise : d’après les témoignages qui nous remontent des parents, les bébés sont plus rapidement évincés des crèches qu’avant par exemple.

Comme l’ont encore montré les mesures prises récemment pour restreindre les loisirs des moins de 13 ans, la crise a comme impact direct une augmentation de l’imprévisibilité pour les familles. 8% des stages de carnaval ont été annulés suite à ces mesures, laissant les familles se débrouiller comme elles peuvent. Cette incertitude peut difficilement être contrée par du baby-sitting ou l’habituel recours aux grands-parents. Cette imprévisibilité se rajoute à la charge mentale des mamans, principales dépositaires des tracas de garde d’enfant.

Les femmes au cœur de la crise

Au niveau de la monoparentalité, nous avons constaté de nombreuses difficultés. Être une famille monoparentale, c’est tout faire et assumer seul·e. Habituellement, c’est tout un réseau qui est en place autour de ces familles, ce qui n’est plus possible avec la bulle de un. Or, plus de 80% des ménages monoparentaux ont à leur tête une femme. Malgré l’appel de la Ligue des familles et de ses partenaires, le Comité de concertation est resté sourd à la demande que ces familles bénéficient du même traitement que les isolés : une bulle de contact de deux personnes.

On le voit, la crise a été dure pour toutes les familles et les femmes ont pris plus que leur part. D’après notre Baromètre des parents, 7 parents sur 10 ne se sont pas sentis soutenus par le monde politique. Le Covid a détricoté le réseau de soutien aux familles, principalement l’entraide entre femmes. S’absenter du travail reste une réalité principalement pour les femmes, que ce soit pour un congé parental, une mise en quarantaine des enfants ou encore lorsque les enfants sont malades.

À quelques jours du 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, la Ligue des familles porte auprès des pouvoirs publics les revendications politiques pour améliorer les choses. Elle vous invite aussi à agir pour plus d’égalité entre les femmes et les hommes, jusque dans vos foyers.

Christophe Cocu, directeur général de la Ligue des familles