16/18 ans

Élections 2018 : qui sont les primo-votants ?

Le 14 octobre, les électeurs belges - et sous conditions, certains citoyens d’origine étrangère -, ont rendez-vous avec les urnes pour un scrutin communal et provincial (sauf à Bruxelles). Ce jour-là, votre jeune adulte accomplira peut-être son devoir de citoyen pour la première fois. Pour l’épauler au mieux sur ce chemin vers l’isoloir, on se penche sur les comportements des primo-votants.

Élections 2018 : qui sont les primo-votants ?

Lorsqu’on lui demande s’il sait pour qui il va voter le 14 octobre, Naïm (20 ans) soupire profondément. Non pas que le fonctionnement de la cité le laisse de marbre, avec des parents militants, il est baigné depuis toujours dans les débats de société. Malgré ces discussions familiales et les cours sur le fonctionnement de la Belgique fédérale à l’école, notre jeune adulte avoue se sentir perdu face à ce premier rendez-vous électoral.
« Ce n’est pas que je ne m’intéresse pas à tout ça mais, concrètement, je ne vois pas le lien entre mon vote et le fonctionnement de ma commune. Je me sens un peu impuissant aussi. Et puis, j’ai le sentiment qu’aucun parti ne peut répondre à mes attentes. »
Autre impression du côté de Sacha (18 ans) et de sa maman, pour qui le 14 octobre sera jour de fête. « Depuis toujours, mon fils m’accompagne pour voter. Chaque fois, c’était l’occasion de lui expliquer le fonctionnement des élections, les candidats, le vote électronique, la différence entre les partis aussi. Là, pour la première fois, il ne sera pas dans le même isoloir que moi. Pour marquer le coup, on se retrouvera à la sortie pour aller manger un bout ».
Et notre mère d’ajouter que d’ici les élections, elle se gardera bien de demander à son fils pour qui il va voter. « Je lui ai transmis des valeurs, notamment lors de nos discussions autour de l’actualité. Je lui fais confiance maintenant. Je ne suis pas certaine qu’il va éplucher les programmes, mais il en discute avec des copains, des connaissances, dont certaines sont d’ailleurs sur les listes. Je le sens juste un peu perdu devant la masse de candidats qui s’offre à lui ».

Jeunesse multiple, aussi dans l’isoloir

Naïm et Sacha font sans conteste partie de cette catégorie de jeunes qui s’intéressent « assez » ou « beaucoup » à la politique : selon une étude menée par l’Université de Liège auprès d’élèves du secondaire supérieur, 33 % des jeunes seraient dans ce cas. Pour le reste, 39 % se déclarent « pas vraiment intéressés par la politique » et 28 % « pas intéressés du tout ».
Min Reuchamps, professeur de sciences politiques à l’UCLouvain, commente cette enquête : « Le chiffre de 33 % d’intérêt pour la politique, c’est à la fois très peu et beaucoup. Lorsqu’on pose la question aux électeurs plus âgés, on est globalement dans les mêmes proportions, l’intérêt pour la politique au sens strict du terme n’étant finalement que l’apanage d’une minorité. Cette enquête nous montre surtout qu’il n’y a pas une, mais plusieurs jeunesses ».
Et notre politologue d’ajouter que les frontières entre ces catégories sont poreuses : « Le mot politique fait souvent peur aux jeunes. Parmi les primo-votants, certains montrent un intérêt manifeste pour la vie en société en général, pour les grandes questions sociétales, ce qui est déjà un intérêt politique en soi. Malgré tout, ces derniers se disent un peu perdus au moment de voter pour la première fois ».
On l’a vu avec Naïm et Sacha, les primo-votants sont, d’une manière ou d’une autre, influencés par les choix politiques de leurs parents. Min Reuchamps nous confirme que, majoritairement, leur premier vote est semblable à celui de leurs aînés. Une constatation qu’il nuance cependant.
« Est-ce que ces jeunes suivent leurs parents par mimétisme, parce que n’ayant pas d’avis sur la question, on leur a dicté ce choix ? Ou est-ce que ces jeunes votent comme leurs parents parce qu’ils pensent comme eux étant donné qu’ils sont dans le même milieu social, dans les mêmes réseaux de connaissance ? Ce n’est que plus tard, au fil des rencontres, que les jeunes se démarquent (ou pas) du choix de leurs parents. Ce qui est neuf, par contre, c’est que certains jeunes conscientisés par la chose politique influencent leurs aînés. »

Loin du net pour s’informer

En discutant avec Naïm, on se rend compte combien dénicher des infos sur le fonctionnement d’une commune ou sur le contenu des programmes des candidats est complexe pour les primo-votants. Et le fait d’appartenir à la génération internet n’y change rien.
Min Reuchamps encore : « Les réseaux sociaux font partie intégrante de la vie des jeunes. Hormis en cas de buzz d’un candidat, ce n’est pas ce canal-là qu’ils vont privilégier pour s’informer avant les élections. Certes, le développement des nouvelles technologies a fait naître de nouveaux outils online, comme les fameux tests électoraux : même s’ils sont difficiles à mettre en place pour les communales, le fait de voir ces tests sur le fil Facebook de leurs copains peut leur donner envie de les faire et - pourquoi pas ? - de s’informer dans la foulée. Mais ce ne sera jamais qu’une amorce puisqu’on sait qu’il faut souvent plus d’un incitant - les parents, les copains, les enseignants - pour que cette conscience politique se développe ».
La conscience politique est donc le résultat d’une longue maturation. Pour Naïm, Sacha et les autres primo-votants, la prochaine étape est déjà en ligne de mire : les élections régionales, législatives et européennes du 26 mai 2019.

Comment les motiver à voter

À quelques jours des élections du 14 octobre, Jean Faniel, le directeur général du CRISP, donne quelques pistes pour épauler au mieux votre primo-votant.


D’emblée, le docteur en sciences politiques nous explique que faire ses premiers pas électoraux à l’occasion des élections communales et provinciales est peut-être plus aisé que lors du scrutin fédéral.
« La particularité de ces deux niveaux de pouvoirs est la proximité : leur rayon d’actions est très large et transversal et, surtout, s’inscrit dans le quotidien des citoyens. L’environnement, les plaines de jeux, le logement, les infrastructures sportives ou culturelles, les crèches, les pistes cyclables… sont autant de thèmes proches des électeurs, donc qui devraient être plus concrets pour les primo-votants. »
Dans la foulée, Jean Faniel nous glisse de bons arguments pour faire voler en éclats trois clichés qui ont tendance à décourager les (jeunes) électeurs.

  ► « Voter ne sert à rien car les programmes se ressemblent »
  ► Pas besoin d’être politologue pour se plonger dans les tracts électoraux. En les comparant - pourquoi pas en famille ? -, on se rend vite compte que chaque parti, chaque liste a « son » projet de société. Astuce glissée par Jean Faniel : « Certains thèmes comme le logement, l’accueil des étrangers ou la fiscalité sont particulièrement clivants. Ces points sont souvent clés et permettent de faire la distinction entre les différents programmes ».
  ► « Voter ne sert à rien car les candidats sont inaccessibles »
  ► Ici encore, comme le rappelle Jean Faniel, les élections communales sont celles de la proximité. Les candidats sont particulièrement accessibles : sur les marchés ou lors des rencontres organisées par les locales des partis, toutes les occasions sont bonnes pour les interpeller et leur demander de préciser un point de leur programme ou encore leur faire part de vos remarques concernant votre commune.
  ► « Voter ne sert à rien car ma voix n’a pas de poids »
  ► Certes, votre jeune peut avoir l’impression qu’à elle seule, sa voix ne pèsera pas lourd, mais c’est le principe même de la démocratie où chaque voix compte autant - soit ni plus, ni moins -, qu’une autre. Par contre, comme le rappelle Jean Faniel : « Ne pas voter, c’est laisser les autres choisir à votre place, donc s’en remettre à leur avis ».

Anouck Thibaut

En pratique

Élections, mode d’emploi

  • Vote en case de tête ou vote de préférence ? Deux possibilités s’offrent à l’électeur. Voter en case de tête signifie que l’on est d’accord avec l’ordre dans lequel les candidats ont été placés : votre voix sera donc attribuée en priorité aux candidats qui se trouvent en haut de la liste. Si vous voulez que votre vote aille à un ou plusieurs candidats en particulier (sur une même liste !), il faudra cocher la case en regard de ces derniers.
  •  Voter nul ou blanc ? Contrairement à ce que l’on croit souvent, les votes nuls (soit raturer son bulletin de vote ou voter sur différentes listes) ne reviennent pas aux partis vainqueurs : ils ne sont tout simplement pas pris en compte. Avec le vote électronique, le vote nul n’est pas possible contrairement au vote blanc qui signifie que l’on est d’accord avec aucune liste.
  • Voter par procuration ? Le vote étant obligatoire en Belgique - et théoriquement passible d’une amende de 30 à 60 €, pour la première fois -, votre jeune qui sera à l’étranger le 14 octobre, notamment dans le cas d’un Erasmus, peut voter par procuration. Bon à savoir aussi : les jeunes qui étudient dans une autre commune que celle où ils sont domiciliés ont droit à un remboursement des frais de transport pour aller voter. Infos et conditions via les sites officiels elections.fgov.be - electionslocales.wallonie.be - elections2018.brussels

En savoir +

  • La Ligue des familles se mobilise en vue des élections communales : sur le site enjeuxparents.be, vous trouverez des infos sur le fonctionnement de ce niveau de pouvoir, un guide pour interpeller collectivement les candidats et aussi un jeu (à commander gratuitement) pour se familiariser avec les élections.
  • Le projet Act React Impact met en avant des jeunes qui se mobilisent pour sensibiliser chaque citoyen au droit de vote. Un projet à découvrir en radio (sur La Première, le 29 septembre à 20h).