Vie de parent

Élections 2019 : 5 solutions
pour les parents (1/5)

Comment changer l’organisation du travail pour que les parents s’en sortent ? Trois propositions innovantes de la Ligue des familles pour mieux concilier vie personnelle et vie professionnelle

Élections 2019 : 5 solutions pour les parents (1/5)

Toutes les enquêtes le démontrent, les difficultés à organiser vie de famille et vie au travail sont écrasantes pour les parents. La Ligue des familles met en avant trois propositions concrètes à mettre en œuvre par le prochain gouvernement fédéral.
Selon notre dernier Baromètre de décembre 2018, près de 8 parents sur 10 ont des difficultés à combiner travail et vie de famille. C’est considérable. Pire, 1 parent sur 4 est au bord de l’épuisement (burn out parental) en grande partie à cause de ces difficultés.
Face à de tels constats, il était indispensable pour la Ligue des familles de chercher des solutions nouvelles et fortes pour faire baisser cette pression. Plus encore, de créer un débat public le plus large possible pour que ces propositions soient reprises dans la déclaration de politique générale du prochain gouvernement. Sur ce premier thème (quatre autres suivront jusqu’en mai), l’idée est d’agir à plusieurs niveaux : d’abord créer un nouveau droit pour aider les parents à faire face aux imprévus, puis outiller davantage les employeurs pour améliorer et systématiser la prise en compte des contraintes familiales dans l’organisation du travail, et enfin diminuer la durée du travail pour laisser plus de place à la vie personnelle et familiale.

1 - Un « congé de conciliation » 

Anticiper, organiser et mener tout de front est un combat quotidien pour les parents qui travaillent. Encore plus pour les femmes qui assument le plus souvent l’essentiel de la vie familiale. Dans ce défi de chaque jour, un imprévu surgit et c’est le stress. Urgence, surcharge et course contre le temps sont les maux de la parentalité moderne. Ils appellent des solutions nouvelles.
Pour y répondre, une idée neuve et originale : permettre à tout travailleur de s’absenter de son emploi pendant quelques heures, avec la possibilité de prévenir au dernier moment, sans justification ni contrôle et ni perte de salaire. Cette idée, nous l’avons nommée « congé de conciliation ».
Concrètement, tout travailleur aurait droit à un quota de huit heures par an de congés, les travailleurs-parents auraient huit heures supplémentaires par enfant et les parents-solo encore huit heures en plus. De quoi arriver plus tard au travail, le temps d’organiser les solutions de garde pour un enfant malade, partir plus tôt pour la réunion de parents d’élève, s’absenter trois heures une journée pour un rendez-vous médical avec son enfant ou faire face à tout autre imprévu ou impératif familial. Dans notre dernier Baromètre, 72 % de parents sont favorables à ce congé de conciliation. Assurément une bonne idée à reprendre par nos futur·e·s élu·e·s.

2 - Un plan de conciliation vie familiale/vie professionnelle pour chaque travailleur

Certaines grosses entreprises le font déjà. L’idée ici est de prévoir dans toutes les entreprises publiques ou privées un rendez-vous annuel où l’employeur est tenu d’informer individuellement chaque employé·e des dispositifs auxquels il/elle a droit (congés parentaux, extralégaux, télétravail, horaires flottants, etc.), de proposer des aménagements en fonction de la situation et des demandes du personnel et enfin de dresser un plan de conciliation reprenant pour l’année à venir (voire à plus long terme) les aménagements dont bénéficiera la personne.
C’est à l’employeur, de façon proactive, de proposer des solutions qui facilitent la conciliation avec la vie familiale. C’est loin d’être anecdotique : chaque année, des milliers de pères ne prennent pas leur congé parental, voire même de paternité parce qu’ils en ignorent l’existence. L’idée est bien de renforcer l’accès aux droits des travailleurs et de favoriser des aménagements de travail pour chacun. C’est aussi dans l’intérêt des employeurs qui recevront un kit avec toutes les informations complètes et mises à jour et qui verront l’absentéisme et le turn over diminuer.

3 - Une réduction du temps de travail

Travailler moins (avec maintien du salaire) est la solution n°1 réclamée par les 4 000 parents qui ont répondu à notre dernière enquête. Sans opter pour une modalité de réduction du temps de travail plutôt qu’une autre (semaine des 4 jours, des 30 heures, journées plus courtes, etc.), nous faisons le constat qu’agir sur la durée du travail est désormais nécessaire. De façon concertée, adaptée aux différents secteurs professionnels et par étapes. De cela et de nos deux autres propositions, nous voulons que les politiques débattent et délibèrent pour réellement améliorer la vie des parents qui travaillent.

3 questions à...

Antoine Philippe, dirigeant d’une PME de 32 salariés

Le congé de conciliation est une mesure a priori facile à mettre en place. Est-ce le cas dans votre entreprise ?
« Je pense que oui, en tout cas pour moi. Ma boîte est une entreprise avec un management que je qualifie plutôt de familial, avec déjà pas mal de souplesse dans la gestion humaine. Mais je trouve cela très intéressant de formaliser ce genre de pratique, de la rendre accessible au plus grand nombre. Après, l’approche n’est évidemment pas la même selon la taille des entreprises, leur activité ou la présence de postes hyper spécifiques difficiles à remplacer, même pour deux heures.
En tout cas, moi qui suis papa, j’approuve totalement qu’on mette des mesures en place pour faciliter la vie parentale. C’est tellement de stress, de complications, quand son enfant est malade ! » 

Le plan de conciliation est, lui, à plus long terme. Il est aussi compatible avec le fonctionnement de l’entreprise ?
« Ici, je propose tous les ans un entretien individuel à mes employés pour faire le bilan, voir ce qu’on peut améliorer dans notre façon de faire. Mais c’est toujours de mon point de vue de chef d’entreprise. Un plan de conciliation, ça me forcerait à être plus attentif aux besoins individuels et à sans doute revoir les process de production mis en place, c’est sûr. Mais je vois bien la finalité, cette idée d’employés mieux dans leur vie donc mieux dans leur job. Le seul bémol que je vois, c’est de pouvoir garder l’équilibre, l’équité entre tous les salariés. »

Et la réduction du temps de travail ?
« Là, c’est une question vraiment politique. Du point de vue de l’employeur que je suis, je n’ai pas de problème par rapport à ça, tant mieux si ça peut permettre aux gens d’être plus heureux et de créer de l’emploi. Moi, je veux bien embaucher, mais il faudra que je sois fortement soutenu au niveau fiscal, au niveau des charges sociales. Et là, la question est de savoir si les finances publiques le permettront… »

Delphine Chabbert, secrétaire politique de la Ligue des familles et Romain Brindeau

En savoir + 

Vous voulez en savoir + sur les modalités de nos trois propositions ? Découvre ici le dispositif et ses modalités pratiques

Ils en parlent...

Une vraie soupape de sécurité

« Je trouve que c’est une vraie avancée pour les parents. Personnellement, j’ai deux enfants, une fille de 20 mois et un garçon de 3 ans et demi, et je ne compte plus les demi-journées de congé que j’ai dû poser pour les petites maladies, genre otite ou gastro, ou à cause des journées pédagogiques de la crèche ou de l’école. Quand on a vingt jours de congé par an et qu’on en perd déjà trois ou quatre pour gérer ces imprévus, au final, ça fait peu pour vraiment souffler grâce aux vacances. Pour moi, un congé de la sorte, c’est clairement une bonne chose, ça va vraiment dans le sens des parents. »
Nathalie, 34 ans, maman de deux enfants

Une reconnaissance

« C’est marrant, je viens exactement de vivre un de ces moments où j’aurais bien eu besoin de ce congé de conciliation ! Ça fait trois jours de suite que je suis obligée de prendre des heures pour régler un problème administratif. Trois jours que je me fais balader de service en service à la maison communale. Des mauvaises langues diront que je peux me le permettre parce que je suis indépendante. Mais la réalité, c’est que je vais devoir bosser ce soir pour rattraper le temps perdu. Et que de ce fait, je ne vais pas voir des masses mon fils. L’idée du forfait annuel pour les indépendants, c’est une reconnaissance sympa de notre existence, nous les indépendants qu’on oublie régulièrement ! »
Sarah, 27 ans, maman d’un garçon de 4 ans

Mille fois oui !

« Le plan de conciliation, c’est une super idée ! Je suis cadre dans une grosse entreprise, tout comme mon compagnon. On a beaucoup de pression au niveau professionnel, on nous pousse toujours plus dans la recherche de la performance, sans jamais trop se soucier de l’homme, de la femme ou du parent derrière l’employé. Une mesure de la sorte obligerait les employeurs à reconsidérer le personnel, à s’intéresser à chacun en particulier, loin de la globalisation actuelle. Je suis sûr que ça apporterait une plus-value, que ça renforcerait l’identité de l’entreprise et l’adhésion de ses employés. Plus d’humanité, ça n’a jamais fait de mal ! »
Ludovic

La semaine de quatre jours : le paradis !

« La réduction du temps de travail est évidemment quelque chose qui me parle. Avoir du temps en plus dans cette société qui court sans cesse, c’est un luxe aujourd’hui que peu de personnes peuvent se permettre. Pour moi, la semaine de quatre jours, sans perte de salaire, ce serait le paradis ! Je pourrais enfin faire toutes ces choses que je repousse encore et encore. »
Arthur, 47 ans, papa de trois enfants 

Rendez-vous

Quatre autres propositions du service Études de la Ligue des familles vous seront présentées dans le Ligueur avant les élections :

► Le 6 mars sur la séparation.
► Le 3 avril sur la fiscalité familiale.
► Le 30 avril sur le logement.
► Le 15 mai sur l’accueil de la petite enfance.

Vous souhaitez aller plus loin dans la réflexion sur ces sujets ? Lisez nos analyses et nos études.

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