Vie de parent

Élections 2019 :
5 solutions pour les parents (4/5)

Permettre enfin à toutes les familles de se loger décemment

Entre deux familles aux revenus identiques et habitant le même secteur, la différence de loyer entre celle qui a accès au logement social et l’autre se monte à plusieurs centaines d’euros par mois. La Ligue des familles propose un nouveau système d’allocation loyer pour gommer cette injustice, à l’instar de ce qui se fait dans les pays voisins.

Élections 2019 : 5 solutions pour les parents (4/5)

40 000 en Wallonie et 43 000 à Bruxelles, c’est le nombre de ménages sur liste d’attente pour un logement social. Et l’attente est longue, particulièrement à Bruxelles où les familles doivent patienter entre sept et neuf ans pour accéder à ce type de logement.

Les pouvoirs publics construisent des logements, mais pas assez et pas assez vite. En 2004, le « Plan régional du logement » prévoyait la construction de 5 000 logements sociaux à Bruxelles. Quinze ans plus tard, moins de 2 000 d’entre eux ont été réceptionnés. Et sur les 6 720 logements prévus par le « Programme Alliance Habitat » en 2013, 824 seulement avaient été réceptionnés au 1er septembre 2018. Les plans se suivent, donc, mais les listes d’attente ne désemplissent pas.

L’insuffisante de logements publics : un coût énorme pour les familles

Alors, oui, créer des logements en suffisance constitue un investissement d’ampleur pour les pouvoirs publics. Reste qu’en attendant, ce sont les familles qui paient – et les familles les plus précarisées. À Bruxelles, le loyer mensuel moyen sur le marché privé se monte à 737 €… contre 320 € pour le logement social. Une différence de pas moins de 417 € par mois. En Wallonie, le loyer moyen sur le marché privé est de 493 € contre 261 € pour le logement social. Soit 232 € par mois à payer en plus pour les familles qui n’y ont pas accès…

Le Gouvernement bruxellois n’est pas resté les bras ballants face à cette situation. Il vient de réformer et simplifier le système d’allocation loyer déjà existant, instaurant une allocation de 160 € par mois accessible aux familles dont le revenu est inférieur au revenu d’intégration sociale et qui sont inscrites sur la liste d’attente d’un logement social. Une réforme positive, mais « à enveloppe fermée ». Concrètement, cela signifie qu’une fois le budget prévu pour l’année dépensé, les familles n’ont plus accès à cette allocation. Même si elles répondent à toutes les conditions. Même si on est au mois de mars… De nombreuses familles dans le besoin risquent donc de se retrouver sur le carreau.

Au niveau wallon, l’accord de gouvernement prévoyait également d’améliorer les dispositifs existants en la matière (plus limités qu’à Bruxelles), mais il n’a pas connu de concrétisation à ce stade.

Une allocation loyer adaptée aux besoins des familles

Pour la Ligue des familles, il est inconcevable qu’en 2019, des familles peinent encore à trouver et payer un logement adéquat pour des raisons financières. Après le congé de conciliation, après les « coupons séparation », après la réforme fiscale familiale, nous mettons sur la table une quatrième proposition innovante à quelques semaines des élections : une allocation loyer de 160 €/mois à Bruxelles et de 120 €/mois en Wallonie (compte tenu du prix moyen du logement plus bas en Région wallonne), avec un montant supplémentaire par enfant, doublé pour les parents solo. L’objectif, ambitieux, est de l’octroyer à terme à toutes les familles qui sont dans les conditions d’obtenir un logement social, mais qui n’y ont pas accès, faute de places. Pour y arriver progressivement, nous proposons d’ouvrir tout d’abord cette allocation aux familles les plus précarisées, dont le revenu est inférieur ou égal au revenu d’intégration sociale (ex-minimex).

Contrairement à ce qui se fait déjà à Bruxelles, cette allocation serait accessible à toutes les familles qui entrent dans les conditions – nous supprimerions donc le système d’« enveloppe fermée ». Nous proposons par ailleurs d’augmenter le montant de l’allocation loyer en fonction du nombre d’enfants, sans limitation, alors qu’à l’heure actuelle, au-delà de trois enfants, le montant de l’allocation n’augmente plus, ce qui pénalise les familles nombreuses qui rencontrent pourtant des difficultés très importantes dans la recherche d’un logement adapté.

Impayable ? Les pays voisins, en tout cas, le font 

Impayable ? Ne nous voilons pas la face : un tel modèle représenterait un coût important pour les Régions. Mais la réalité est là : des dizaines de milliers de familles peinent à joindre les deux bouts ou habitent des appartements inadaptés faute de places en suffisance dans les logements sociaux. On peut considérer que c’est inéluctable. Ou estimer que permettre à chacun de se loger décemment constitue une priorité politique absolue. Auquel cas, toute solution digne de ce nom est coûteuse.

Est-ce pour autant irréaliste ? Les pays voisins, en tout cas, y arrivent. Ainsi, la France octroie des allocations logement à 6,5 millions de personnes pour un coût de plus de 17 milliards d’euros chaque année. Aux Pays-Bas, 18 % des ménages reçoivent une allocation loyer, qui coûte plus de 3 milliards d’euros aux pouvoirs publics. Alors, à quand chez nous ?

Service Études et action politique de la Ligue des familles

Des parents en parlent...

Oui, évidemment

« Pour mon ménage bruxellois, deux adultes et trois enfants, avec des revenus moyens, le logement, c’est plus de deux tiers de notre budget. Oui, on pourrait louer moins cher ailleurs que dans le chouette quartier où on est. Mais c’est aussi un choix de vie, ou plutôt de qualité de vie. Et que ce choix soit valorisé par une aide au logement, c’est un grand oui, évidemment. »
Arthur, papa de trois enfants de 4, 6 et 9 ans

Pour un logement décent

« Ça fait cinq ans et demi que je suis sur une liste d’attente pour un logement social. Je ne suis pas prioritaire, j’ai peu de chances que ça aboutisse. Donc je suis locataire du marché privé. Un tout petit logement, tout juste salubre, que je partage avec mes deux grandes filles. Une allocation logement de 120 € par mois, pour moi, ça veut simplement dire que je pourrais avoir un logement décent. Et ça, ça n’a pas de prix. »
Alicia, maman de deux filles de 12 et 15 ans

Une priorité

« Ça, c’est une belle idée ! J’ai la chance d’avoir un logement social, ça me permet de vivre correctement malgré mon petit salaire. J’ai des amies qui n’ont pas cette chance et, pour elles, c’est la galère. Soit elles vivent dans des minuscules bazars dans des quartiers pourris, soit elles sont parties à l’autre bout de la ville et mettent des heures à rentrer chez elles. Le logement, c’est comme la santé ou l’école, ça doit être des priorités pour le monde politique. »
Isabelle

À lire

Retrouvez les propositions déjà présentées :

- la conciliation de la vie familiale et de la vie professionnelle
- les coupons séparation
- la fiscalité familiale

Vous souhaitez aller plus loin dans la réflexion sur ces sujets ? Retrouvez nos analyses et nos études.

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