Élèves connectés :
une école bruxelloise
en pleine expérience pilote

Depuis le retour du congé de détente, une école bruxelloise est le théâtre d’un test qui pourrait préfigurer l’école de demain. Cinquante élèves de 5e et 6e primaire sont équipés de bracelets connectés aux multiples fonctions. Le Ligueur est allé à la pêche aux informations sur ce projet surprenant.

Élèves connectés : une école bruxelloise en pleine expérience pilote - D. R.

Il est 8h20, en ce mardi de mars. Colin arrive à l’école, il passe furtivement son poignet devant un carré vert posé sur la porte. Au même moment, dans le bureau de la direction, un message s’affiche sur l’ordinateur : « Colin S., 5e B, entrée porte principale ». Quelques minutes plus tard, nouveau message : « Colin S., 5e B, salle 242 ». Tout au long de la journée, des messages de la sorte s’afficheront, au fur et à mesure des mouvements de Colin dans l’école.
« Le fonctionnement global est similaire à ce qui se fait dans certaines écoles américaines, explique Lucas Billot, chargé du développement du projet. Ici, plusieurs points de passage sont répertoriés, comme l’entrée principale, les salles de classe, le réfectoire ou encore le gymnase. Cela permet à la fois une gestion administrative des élèves en matière d’absence et de présence et une sécurisation de l’établissement. »

Une cantine 2.0

Là où le projet devient un peu plus étonnant, c’est à l’heure du repas de midi. Nous retrouvons Colin devant la porte du réfectoire. Il passe une nouvelle fois son bracelet avec des couleurs dans les tons saumon devant le petit carré rouge, avant de faire la file comme n’importe quel autre élève, tandis que certains essayent de se faufiler comme des anguilles pour gratter une place ou deux. Quand arrive le tour de notre jeune garçon, celui-ci bifurque légèrement à gauche vers une sorte de distributeur automatique. Une trentaine de secondes plus tard, un plateau repas est disponible. Au menu du jour : filet de hareng, carottes, pommes de terre et salade de fruits.
Jusque-là, rien de bien particulier. Sauf que ce repas a été calculé au plus juste, selon les besoins de l’enfant. « Le bracelet connecté permet de connaître le poids et la taille de l’enfant, donc de calculer son IMC (indice de masse corporelle), détaille Aldo Rade, diététicien référent pour cette expérience. Ce bracelet a également des capteurs qui donnent des indications assez précises sur les dépenses caloriques des heures qui précèdent. L’emploi du temps de l’élève est aussi encodé. Le tout permet de proposer un repas avec un apport calorique idéal. Par exemple, on aura un repas un peu plus riche si Colin a fait du sport le matin ou avec plus de sucres lents si le sport est dans l’après-midi. »

Les calories au compte-goutte

Le programme est même allé un pas plus loin en tendant la perche aux parents d’enfants déjà déclarés en surpoids ou obèses. « Pour traiter les troubles alimentaires, il faut une surveillance tout au long de la journée, ce que les parents ne peuvent pas faire, souligne le diététicien. Pour un enfant de 11 ou 12 ans, ce n’est pas évident non plus de prendre le pli. Le bracelet connecté est très intéressant pour gérer l’alimentation : les portions du dîner chaud sont adaptées et on limite la consommation de crasses, puisque les distributeurs présents dans l’école sont également connectés. »
Retour dans le bureau de la direction. Jean-Michel Brochet explique que son école n’est pas munie de capteurs du sol au plafond, mais que des endroits stratégiques ont été choisis. « Ce n’est pas pour fliquer, entendons-nous, mais plutôt pour avoir des yeux derrière la tête. On les connaît, les ados, sourit le directeur. Et puis, ne le cachons pas, des parents m’ont déjà dit que c’était sécurisant pour eux de savoir que leur gosse est à tel endroit à l’école plutôt qu’à traîner dans un bar, par exemple. De toute façon, on fera un bilan avec les parents à la fin de l’année scolaire. On mesurera le pour et le contre. Mais je peux vous dire que s’il y a une adhésion forte au projet, on mettra le turbo pour équiper tout l’établissement ! »
Il est à noter que du côté de la Fédération Wallonie-Bruxelles, on est quasiment muet comme une carpe à l’évocation du sujet. C’est tout juste si on a bien voulu nous confirmer que l’expérience est en cours et que c’est le seul projet-pilote connu.
(Vous êtes arrivés au bout de cet article et vous avez des inquiètudes ? Regardez la date de parution... et souriez !)

Romain Brindeau