Elle & Lui toujours d’accord ? L'amour et la sexualité

Difficile de laisser en rade ceux et celles qui vivent les choses de l’amour en première ligne. C’est pourquoi, à côté des paroles de mères et de pères sur la vie sexuelle et amoureuse de leur progéniture, nous avons interrogé des ados. Dont les propos dévoilent d’ailleurs souvent… l’attitude des parents.

Elle & Lui toujours d’accord ? L'amour et la sexualité

ELLE

Ça commence par les règles

Virginie, 15 ans : J’ai eu l’impression de devenir une ado quand j’ai eu mes règles pour la première fois, puis les boutons qui vont avec ! J’ai senti qu’à partir de ce moment-là j’allais pouvoir voler de mes propres ailes et que je ne dépendrais plus entièrement de mes parents… 

Nina, 14 ans : On en parle beaucoup entre copines, mais on parle surtout des autres : celles qui ont des seins, leurs règles… On regarde les magazines, mais les filles qui s’y trouvent ne nous ressemblent pas. Si on faisait tout ce qu’ils disent, on passerait notre temps à nous maquiller ou à acheter des fringues.

Lisa, 13 ans : À l’école, il y a deux clans : le clan des minettes au débardeur trop court et au nombril à l’air et nous, avec des vêtements de toutes les couleurs et des pulls en laine. Faut choisir son camp ! 

L’amour d’abord, le sexe ensuite

Stéphanie, 15 ans : Nous, les ados, ce que nous recherchons, ce n'est pas une première relation sexuelle : nous voulons découvrir l'inconnu et nous sentir aimées, appréciées et surtout désirées. Nous voulons être capables de charmer les mecs, mais cela reste un grand défi parce que les gars de notre âge recherchent des filles parfaites physiquement. Tandis que nous, nous savons qu'à notre âge, nous ne sommes pas toutes développées.

Valérie, 14 ans : Parfois, j’ai l’impression que les garçons me traitent comme un objet… Ils me regardent comme une poupée Barbie sans cervelle. Être une fille, ça ne représente rien pour eux, c’est juste un objet sexuel ?

Inès, 17 ans : Il m’est arrivé de coucher avec un garçon pour un soir, juste pour le plaisir. C’est agréable sur le moment, mais il ne m’en est pas resté grand-chose. Quand on est amoureuse, c’est autre chose.

Giovanna, 22ans : Aujourd’hui, je regrette que ma mère n’ait pas été assez ouverte. Avec le recul, j’aurai préféré que ce soit elle qui me donne des conseils, plutôt que mes copines ou le gynécologue du planning familial. 

Raya, 39 ans, maman de Cyril : J’ai dit à mon fils quand il a eu 11 ans que si jamais il avait des questions sur la sexualité nous serions prêts à lui répondre. Depuis, c’est ce qu’il a fait. Dès qu’il a un doute, qu’il n’est pas satisfait des réponses qu’il trouve à l’extérieur, il m’en parle.

La contraception : affaire de femmes ?

Mégane, 16 ans : Il y a deux mois, mon copain et moi, on a décidé de franchir le pas. Le mégaproblème, c’est quand il a fallu sortir le préservatif. Heureusement, comme on en avait parlé avant, ça a été plus facile et tout c’est bien passé.

Elsa, 24 ans : Les hommes ne se sentent pas encore assez concernés. En couple, nous sommes deux à ne pas être prêts à avoir d’enfant. Il n’y a donc pas de raison pour que seule la femme gère ce problème. Désormais, je mets mon compagnon à contribution lors de l’achat de ma contraception (une fois sur deux !). Cela me permet de l’impliquer un peu plus.

Camille, 19 ans : Contrairement à mes copines qui prennent la pilule, j’ai choisi les préservatifs. Mon premier petit ami a eu du mal à comprendre mon point de vue, mais il a fini par accepter. Quoi qu'il en soit, il n’avait pas le choix : c’était cela ou rien du tout !

Homosexualité et compréhension

Joëlle, 49 ans, maman de deux enfants : Face à l’homosexualité de Jérôme, j’ai éprouvé le besoin de comprendre. J’ai cherché des antécédents dans la famille, j’ai pensé que mon mari avait été un père trop absent pour donner une image masculine à notre fils… J’ai fait un long chemin avant d’accepter que personne n’est responsable et quand je l’ai admis, les choses ont fondamentalement changé pour moi, pour mon mari, et pour mon fils aussi.

Bernadette, 51 ans, maman de trois enfants : J’ai un fils homo et le principal, c’est qu’il soit heureux. Pour moi, rien ne change, c’est son bonheur qui passe avant tout !

Marie-Claire, 20 ans : Dans ma famille, on ne parle pas de sexe, c’est comme ça. L’homosexualité, ça n’existe pas. Je sais que si je dis quelque chose, ce sera comme une malédiction dans la famille, on pensera que je suis malade ou maudite. Je risque donc d’être rejetée de tous. Donc, je ne dis rien, ils l’apprendront par eux-mêmes, petit à petit

LUI

Les filles et… la moustache

Atef, 16 ans : Je me suis senti ado quand j’ai commencé à me poser des questions sur la sexualité, sur le regard que je posais sur les filles, sur l’amour, sur la drogue… Et puis, j’ai commencé à devenir arrogant avec mes parents et ça, ça m’a perturbé.

Jules, 15 ans : J’ai des copains avec une voix qui déraille et d’autres qui ne voient rien venir : cela les inquiète un peu. À la piscine, on a droit au vestiaire collectif, c’est parfois gênant de se changer devant les autres. Moi, ce qui m’embête le plus, c’est la moustache : j’en ai parlé avec mon père qui m’a raconté sa propre expérience.

Étienne, 14 ans : Ma mère préfère que je regarde le paysage, les maisons, les arbres… Moi, je préfère regarder les filles.

Amour et sexe : trouver sa place

Stefano, 47 ans, séparé, deux filles : Avec la plus jeune, 13 ans, ça va. Mes limites sont claires. Il n’est pas question encore de coucher avec des garçons (enfin, j’espère !), même si on s’échange des regards langoureux. Avec l’aînée, c’est plus compliqué, surtout qu’elle ne me dit rien. Faut-il l’interroger quand je vois qu’elle est préoccupée ? Faut-il la laisser se débrouiller ? Je n’en sais rien, je ne trouve pas la bonne distance…

Serge, 54 ans, papa de deux garçonset une fille : Les premières années avec ma fille ont été merveilleuses, on partageait une grande complicité, un échange, beaucoup d’amour. C’était différent de la relation que j’avais avec mes deux fils aînés. Une fille, c’est plus doux, plus tendre, plus fragile. Depuis qu’elle a un petit copain, les choses ont changé, c’est le chaos. En fait, je suis jaloux de son mec qui me la prend. 

Luca, 16 ans : Pour moi, parler sexualité avec les parents ou au lycée, avec les adultes, ça ne sert vraiment à rien. Maintenant les ados sont au courant dès l’âge de 13 ans. J’estime que je n’ai pas besoin que ma mère ou mon père aborde ce sujet avec moi. Je me suis informé tout seul et depuis belle lurette notamment en ce qui concerne le sida.

David, 47 ans, papa de deux enfants : Avec internet aujourd’hui et l’accès au porno, ce n’est pas simple de suivre nos gosses qui arrivent, même sans le vouloir, sur des pages qui ne sont pas pour eux. Et ce, parfois très jeunes ! Je me demande parfois quelle image on a de l’amour quand on entre par cette porte-là. Et comme papa, je me sens très impuissant face à tout ça…

Jean-Baptiste, 18 ans : On n’est pas obligé d’aimer pour faire l’amour. Qu’on soit un garçon ou une fille… Même si je crois que les filles préfèrent le faire quand il y a des sentiments.

La contraception : affaire d’hommes !

Fabrice, 49ans, papa de deux enfants : Lorsque mon fils aîné a eu l’âge, je lui ai parlé de l’importance du préservatif, tant pour se protéger que comme contraceptif. J’avais peur qu’il ne mette une fille enceinte. À son âge ! J’ai cru que cela passerait comme une lettre à la poste, mais il s’est cabré et m’a dit qu’il savait tout ça et que sa vie sexuelle ne me regardait pas. Ça été un choc pour moi.

Ethan, 18 ans : Le préservatif, oui… mais si c’est elle qui me le demande. Moi, je ne parviens pas à faire le premier pas.

Alex, 19 ans : Si une fille que j’aime me demandait de mettre un préservatif, je me sentirais trahi, j’aurais l’impression qu’elle ne me fait pas confiance. Un peu comme si moi, j’étais amoureux et elle, uniquement préoccupée de prévention et de caoutchouc.

Mathias, 19 ans : Aujourd’hui, je suis allé chez le médecin pour avoir le résultat de mon test de dépistage du sida. Je connais toutes les filles avec qui j’ai eu des relations, mais j’étais quand même mort de trouille. La prochaine fois, ce sera avec le bout de latex !

L’homosexualité : comment vivre avec ça ?

Marc, 47 ans, divorcé, papa de deux garçons : Il est facile de dire que si son enfant était homosexuel, ça ne nous dérangerait pas… tant qu’on ne le vit pas !

François, 51 ans, papa de trois enfants : Je m’y attendais, mais lorsque ma fille nous a annoncé qu’elle aimait les filles, ça a été un choc. J’ai d’abord eu une réaction de rejet très violente. Pas de mariage, de beau-fils, de petits-enfants… Je suis resté six mois sans la voir, sans lui parler. Qu’en penseraient nos amis, la famille, mes collègues ? Comment vivre avec ça ? Et puis, petit à petit, je me suis rendu compte que je ne pouvais pas vivre sans voir ma fille, celle qui fut ma petite princesse.

Karin Mantovani

En savoir +

  • Parmi les 11 % des 15-18 ans qui ont eu leur première relation sexuelle avant 14 ans, 7 % sont des filles et 14 % sont des garçons, ce qui fait une proportion deux fois plus élevée (Enquête Santé et bien-être des jeunes, 2006, HBSC-SIPES-ULB).
  • 82 % des filles trouvent inacceptable que l’on insiste pour faire l’amour quand l’autre n’en a pas envie… contre 68 % côté garçons. Plus que les filles, les garçons estiment difficile de refuser à leur partenaire caresses, baisers ou faire l’amour (Étude du Centre de l’égalité des chances, 2007).
  • Plus de 15 % des jeunes filles déclarent avoir été quasi obligées de regarder des images pornographiques. Les garçons sont trois fois plus nombreux que les filles à penser qu’acteur/actrice porno est un beau métier (Enquête des Mutualités socialistes, 2006).

Autant savoir

SEXUALITÉ : QUE DIT LA LOI EN BELGIQUE ?

Moins de 16 ans : les relations sexuelles sont interdites et le Code pénal définit une série d’interdictions. Mais depuis 2009, la Cour constitutionnelle a clarifié l’interprétation de la loi : si le mineur de 14 ans consent « volontairement et consciemment » à la pénétration sexuelle, il n’y a pas viol. Selon les circonstances, cet acte reste cependant punissable.

À partir de 16 ans : un(e) mineur(e) peut légalement avoir des rapports sexuels (hétéros ou homos), c’est pourquoi on parle de majorité sexuelle. Mais il reste mineur civilement et est donc soumis à l’autorité parentale. Celle-ci permet aux parents de garder un contrôle sur les relations de leurs enfants.

Pour en savoir plus, rendez-vous sur www.jeminforme.be avec Infor Jeunes.

Et vous, pensez-vous…

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Nous avions envie de savoir… Si, bien au-delà de votre propre personnalité, le fait d’être une femme, d’être un homme modifiait votre regard sur l’éducation des enfants. Nous avions envie de savoir… Alors, nous sommes partis à la rencontre de mères et de pères, de belles-mères, de beaux-pères, bien sûr, mais aussi de profs, éducateurs ou autres, féminins comme masculins. Et pour pimenter le tout, nous n’avons pas résisté à interroger des ados, filles et garçons. Nous avions envie de savoir… Arrêt sur les paroles d’elles et d’eux (dommage, « Lui » ne supporte pas le « s » !) à travers des domaines-clés de la vie des enfants.

 

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Pourquoi les femmes et les hommes ont-ils des regards différents ?

Un petit humain lorsqu’il naît est un être plein de possibles, dont les goûts, les valeurs, les manières d’être, ne sont que très partiellement  déterminés génétiquement et sexuellement. C’est par  l’éducation et la socialisation qu’il  développera certaines aptitudes, adoptera certains comportements et développera une vision du monde spécifique.

 

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Elle & Lui toujours d’accord ? Du sport… pour se sentir bien

Près des trois quarts des jeunes pratiquent un sport entre 10 et 17 ans. Les garçons (près de 8 sur 10) font plus de sport que les filles (6 sur 10). En primaire, 8 enfants sur 10 pratiquent un sport en dehors de l’école. Début secondaire, 6 jeunes sur 10. En 3e et 4e années, près de 7 sur 10 et une reprise en force fin secondaire avec 8 jeunes sur 10. Plus de 6 enfants sur 10, âgés de 10 ans choisissent eux-mêmes de faire un sport. À 17 ans, ils sont 9 sur 10 à faire ce choix sans l’avis des parents (Source : Les loisirs des jeunes - Crioc - 05/2010).

 

Le chagrin d'amour...

 « Les chagrins d’amour constituent le deuxième motif de consultation après les phobies scolaires », explique Bruno Humbeeck, auteur d’Un chagrin d’amour peut aider à grandir, paru tout fraîchement aux Éditions Odile Jacob. Rencontre entre ce psychopédagogue et des ados confrontés aux « fracas » d’une séparation et des parents.