16/18 ans

Elle veut dormir chez son copain

Très amoureuse, votre fille aimerait aller dormir chez son copain ou bien qu’il vienne à la maison. Comment réagir ? Sur quels critères se baser pour prendre une décision ? Quelles limites imposer ? Comment aborder le sujet des relations intimes ? Nos conseils.

Elle veut dormir chez son copain

Votre petite fille a grandi, vous vous en étiez aperçu(e). Aussi, quand elle vous a parlé de son coup de foudre pour un garçon de sa classe, vous n’avez pas été étonné(e). Peut-être même avez-vous souri en repensant avec nostalgie à votre premier amour. Oui, mais voilà, aujourd’hui, votre fille vous a posé LA question : son amoureux peut-il venir dormir à la maison ?

Prendre le temps de la réflexion

Si vous n’y aviez jamais pensé, il se peut que vous restiez muet(te) ou que vous répondiez oui ou non, un peu pris(e) de court. Pas de panique, rien ne vous oblige à répondre tout de suite. Rebondissez simplement en disant : « Je ne sais pas quoi te répondre, nous allons en parler avec ton père/ta mère et je te donnerai notre réponse ». Le « nous » a ici une importance. Il vaut en effet mieux être d'accord entre parents pour présenter un front uni. Même si, à l’intérieur même du couple de parents, ce peut être un casse-tête.
Pour Laurence, par exemple, inviter le copain de sa fille à dormir ne poserait aucun problème, d’autant que sa relation est sérieuse et dure depuis plusieurs mois. Mais son mari refuse net. « Dans une situation idéale, les deux parents sont d’accord. Mais ce n’est pas toujours faisable, notamment dans le cas de parents séparés. Dans la mesure du possible, essayez de vous mettre d’accord avec votre ex-partenaire. Si vous ne trouvez pas de consensus, n’en faites pas une maladie et, surtout, ne vous sentez pas obligée d’adapter votre point de vue. Les enfants de divorcés - et ce, dès leur plus jeune âge - savent bien qu’il y a des choses qu’on peut faire chez maman mais pas chez papa », explique l’une des assistantes sociales de l’asbl Collectif Contraception.
Mais par la suite, comment prendre votre décision ? Sur quels critères vous baser ? Est-ce cool d’accepter et vieux jeu de refuser les amours de son ado sous son toit ?
« Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise décision. Il y a autant de réponses possibles que de familles, d’ados, de petit(e)s ami(e)s, de situations. Pour prendre sa décision, le parent va en premier lieu se baser sur son ressenti, ses valeurs, ses principes, l’éducation qu’il a lui-même reçue. D’autres critères peuvent être pris en compte comme l’âge de l’ado, la durée de la relation, est-ce qu’on connaît bien ou non le petit copain… Mais tout cela reste très personnel et je ne suis pas juge des différentes valeurs et critères pris en compte par les parents », avance l’experte. « Bien souvent, la réaction des parents sera différente pour une fille et pour un garçon. Ce qui n’est pas logique en soit, mais dans la sphère de la sexualité, raison et sentiments sont parfois bien différents », poursuit-elle.

Jouez cartes sur table

Le point positif est que, si votre fille en est là avec son amoureux, c'est qu'elle a grandi. Elle n’est bien sûr pas encore votre égale, mais assez mature pour discuter presque comme une adulte. La première chose à faire est donc de prendre le temps pour une discussion, sans sanctionner ni juger. Évitez de comparer sa situation avec la vôtre à son âge. Les temps ont changé, les mœurs aussi. Les ados d'aujourd'hui ne sont plus ceux d'hier. Vous ne pouvez donc pas coller votre mode de vie d'il y a trente ans à votre jeune fille de 16 ans.
Écoutez-la, évaluez sa demande. Pourquoi souhaite-t-elle que son copain vienne dormir ? Où en sont-ils dans leur relation ? Qu’est-ce que cela apporterait de plus ? En parler ouvertement, vous montrer à l’écoute est déjà très important et prouve à votre fille que vous ne la prenez pas pour une enfant immature.
Ensuite, soyez francs. Dites ce que vous avez sur le cœur : les IST (infections sexuellement transmissibles) et les grossesses non désirées, ça n’arrive pas qu’aux autres, j'ai peur que tu fasses une chose pour laquelle tu n'es pas prête, je ne voudrais pas que tu sois blessée… Vous avez le droit d’exprimer vos craintes et l'ado a besoin, lui aussi, de cette prise de conscience.

Osez dire non

Malgré tout, ce n'est pas parce que les nouveaux ados ont beaucoup plus de libertés que nous à leur âge, qu’il ne faut plus mettre de limites. Ce qui se passe chez vous doit se faire avec votre assentiment, afin que l'équilibre de la famille n'en pâtisse pas.
« Pour certains parents, il est inconcevable que leur ado ait des relations sexuelles sous leur toit ou même des relations sexuelles tout court, commente l’assistante sociale. Si vous ne souhaitez pas que le petit ami de votre fille vienne dormir, votre ado devra l’accepter. Cependant, il convient d’expliquer les raisons de votre décision. Est-ce une question de valeurs ? Un non définitif ? Ou bien trouvez-vous que la relation est trop récente ? Aimeriez-vous d’abord mieux connaître son amoureux et en rediscuter plus tard ? »
Bien sûr, votre fille peut se rebeller et dire qu’elle n’est plus une gamine. Si elle vous dit : « Les autres, eux, ils peuvent », n’hésitez pas à recadrer son l'affirmation : « Certaines de tes amies peuvent faire loger leur petit ami à la maison, c'est vrai, mais pas toutes, non plus. »
Si elle vous menace « d’aller faire ça ailleurs », ne vous laissez pas impressionner. « L’important est de ne pas céder, d’expliquer à son enfant que, en effet, vous ne pouvez pas l’empêcher de prendre ses propres décisions, mais que vous restez sur votre position. Un parent ne cède pas à une crise ou à la menace, il envisage de faire confiance et d'accéder à une demande au terme d'une discussion sereine, sans pour autant rester rigide sur ses positions », confirme l’experte de Collectif Contraception.

Tenir bon face à ses craintes

De nombreux parents, inquiets, préfèrent « subir » les amoureux ou amoureuses de leur progéniture que de l’imaginer ayant des relations intimes dans les toilettes de l’école ou sur un banc dans un parc.
« Bien sûr, vous devez être conscients que ce n’est pas parce que la vie sexuelle de votre ado ne s'exprime pas sous le toit parental qu'elle n'existe pas, souligne Elisa Kervyn. Si votre fille souhaite passer à l’acte, elle trouvera d’autres solutions. Peut-être aura-t-elle des relations chez vous lorsque vous êtes absents, chez un copain ou dans la nature. Le couple se créera un espace amoureux à lui dans lequel il sera libre et autonome sans le regard de leurs parents. C'est le début de leur vie d'adulte. »

Procéder par étapes

Une autre solution est d’envisager sa demande par étapes. Après tout, inviter de temps en temps le petit copain pour la nuit ne signifie pas d’office que le sexe sera au rendez-vous.
« Il ne faut pas être trop naïf, mais pour certaines jeunes filles, inviter son petit copain à dormir ne signifie pas forcément avoir des relations sexuelles. Envie d’officialiser la relation, désir de confort, besoin d’intégrer l’amoureux à la famille, mal-être dans l’une des familles… beaucoup d’éléments poussent les ados à avoir envie de dormir avec leur amoureux », témoigne l’assistance sociale de Collectif Contraception.
Pensez aussi aux compromis. D’accord, il peut dormir à la maison, mais dans la chambre d'amis ou pas dans le même lit. Fixez des règles : précisez que vous n'avez pas envie de faire le gendarme toute la nuit, qu’il n’est pas question de traîner au lit le matin et qu’ils devront prendre le petit déjeuner avec le reste de la famille. Grandir, c'est aussi respecter son entourage et savoir honorer un pacte. Par la suite, en fonction de l’évolution de la relation, vous pourrez revenir sur les termes de votre accord.

Gaëlle Hoogsteyn

Des parents en parlent...

Laura, maman de Mélanie, 16 ans, rattrapée par la réalité

« On a beau avoir des principes, parfois on doit en faire fi. Notre fille a rencontré son premier amour en vacances. Nous pensions que ce ne serait qu’une amourette, mais leur histoire a continué. Et comme il vivait à Paris, il ne pouvait venir que pour l’après-midi. Mélanie était vraiment dans l’opposition à ce moment-là. Nous avons donc accepté la présence de son copain deux week-ends par mois par crainte qu’elle fasse n’importe quoi. »

Alexandra, maman d’Olivia, réaliste

« Lorsque la question s’est posée, j’ai tout de suite dit oui. J’ai moi-même reçu une éducation très stricte, et cela ne m’a pas empêchée de tomber accidentellement enceinte. Je préférais donc que la vie sexuelle de ma fille débute dans un environnement sécurisé et sain. La moyenne d'âge des premières relations sexuelles est de 17 ans, c'est une réalité. Pourquoi fermer les yeux à ce qui existe ? Accepter que les jeunes aient une vie sexuelle, n'est-ce pas faire preuve de lucidité ? »

En pratique

Parlez contraception

Si vous décidez d’accéder à la demande de votre ado, vous devez vous assurer qu’il sait comment se protéger. La jeune fille prend-elle la pilule ? Le jeune couple utilisera-t-il des préservatifs ? Savent-ils où s’en procurer ? En ont-ils les moyens ? En tant que parent - et même si c’est difficile -, ce sont des questions que vous devez soulever. Et même si votre ado réagit en disant : « Oui, oui, je sais », il ne faut pas hésiter à taper quand même sur le clou.

Check-list des questions à vous poser

  • Selon mes valeurs, quelle décision ai-je envie de prendre spontanément ?
  • Quelles sont mes craintes ? Pourquoi ai-je envie de dire oui/non ?
  • Mon partenaire et moi sommes-nous d’accord ?
  • Pourquoi cette demande ? À quel besoin cela répond-il ?
  • Quelle est la situation du couple ? Depuis combien de temps sont-ils ensemble ? Est-ce que je le connais, l’apprécie, lui fait confiance ?
  • Mon ado sait-il comment se protéger ?
  • Qu’en pense l’autre famille ? Sont-ils d’accord ?

En savoir +

Besoin de conseils ?

Vous êtes désemparés par les demandes de votre ado ? Vous ne savez pas comment gérer sa relation amoureuse ? Comment aborder le thème de sa sexualité ? Les Plannings Familiaux sont là pour vous aider. Vous pouvez venir consulter un assistant social, un psychologue ou un gynécologue seul, en couple ou même en famille. Des conférences et des débats sont aussi régulièrement organisés sur ce sujet dans les Plannings Familiaux ou dans les écoles.

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