3/5 ans

Elle vous ment ? C’est normal !

« C’est pas moi, c’est le lutin invisible », « Mon papa, c’est Superman », « Je te jure, on a été sur la Lune avec la classe »... Lorsqu’il s’agit d’inventer des histoires à dormir debout, les enfants sont débordants d’imagination et rivalisent d’originalité pour trouver le bobard le plus farfelu. Ces petits, et parfois gros, mensonges font partie du développement normal de l’enfant.

Elle vous ment ? C’est normal ! - Thinkstock

Lorsque Juliette a fait son entrée en maternelle, quelle n’a pas été la surprise de sa maman en venant la chercher après l’école d’apprendre par sa maîtresse que non seulement elle interdisait à sa fille de prendre un goûter, mais aussi que son mari était mort et enterré dans une boîte en carton ! Du haut de ses 3 ans, la fillette avait tout simplement inventé deux énormes bobards, dignes d’un enfant de son âge. Et pour cause, il est tout à fait normal pour un petit d’âge préscolaire qui a atteint une certaine maîtrise du langage de fabuler. Il s’agit en fait plus d’une preuve d’imagination débordante que d’un mensonge à proprement parler. L’adulte veillera dès lors à l’écouter avec bienveillance et à le recadrer en douceur, tout en lui montrant le bon exemple. Pas de quoi en faire un plat, une bonne salade n’a jamais fait de tort à personne, bien au contraire !

Jusqu’à 7 ans, l’enfant ne ment pas vraiment

« Ma fille me raconte carabistouille sur carabistouille, je ne crois plus rien de ce qu’elle me raconte, je crains qu’elle devienne une vraie mythomane », déplore Anouk. Et pourtant, ces craintes n’ont pas lieu d’être puisque, jusqu’à l’âge de 7 ans, un enfant est incapable de raconter des mensonges de la même manière qu’un adulte. Dès l’âge de 3 ans, il maquille la vérité, mais il n’est en fait pas vraiment conscient que ses petits remodelages de la vérité sont des mensonges. En fait, il ne fait pas encore bien la différence entre l’imaginaire et le réel, entre le « pour de vrai » ou « pour de faux », sa notion de réalité n’est pas du tout la nôtre et il la déforme ou fabule en pensant pouvoir influencer cette réalité. Le but n’est alors pas de vous berner ou de vous rouler, mais de vous faire entrer dans son imaginaire, de vous en convaincre parce qu’il aimerait sans doute que cette fabulation se réalise.
La réalité se confond avec son imagination, il est d’ailleurs souvent incapable de se mettre dans la peau de son interlocuteur, et donc de savoir quel impact il aura en racontant des histoires. Son but est d’améliorer la réalité, de la rendre plus intéressante, de l’enjoliver, de la colorer ou de la rendre plus acceptable. Le mensonge prend alors un rôle de jeu, un rôle d’histoire dans laquelle il se complaît ou encore par laquelle il espère attirer votre attention et vous faire réagir.

Écoutez-le : il vous dit quelque chose

Vous craignez que votre petit ange ne se transforme en roi du bobard, qu’il vous mène systématiquement en bateau et qu’il abuse de la confiance qu’il y a entre vous ? Détrompez-vous. Sachez qu’un enfant de 3 ans et plus qui invente des histoires, c’est plutôt bon signe puisque cela signifie qu’il se développe correctement et qu’il se détache de votre influence en définissant sa propre réalité. Il marque ses premiers pas vers l’indépendance, réjouissez-vous !
Par ailleurs, ses petits mensonges signifient toujours quelque chose et visent à vous faire passer un message. Pas facile, direz-vous, surtout quand votre loulou raconte à son institutrice que son bleu est dû à vos coups... « J’ai eu dans ma classe une petite fille de 4 ans, Manon, qui m’a raconté que les traces qu’elle avait sur la jambe étaient apparues après que sa maman l’ait frappée avec un bâton, raconte cette instit maternelle. Heureusement, connaissant la maman et le numéro auquel j’avais affaire, j’ai su que Manon ne disait pas la vérité. Par contre, on a ensuite découvert qu’elle avait vu le voisin frapper son chien avec un bâton et qu’elle tentait ainsi de partager ce vécu avec moi, pour voir comment je réagirais, quel sens je donnais à cet acte qu’elle avait bien perçu comme de la violence. »
Pas évident dans ce cas de figure de garder son sang-froid. Et pourtant, le plus important est de ne pas stigmatiser l’enfant en le qualifiant de « menteur ». D’ailleurs dans la plupart des cas, l’enfant cherche simplement à se rendre plus intéressant pour attirer l’attention de son entourage, à couvrir une bêtise de peur d’être puni, à détourner des questions qui le dérangent ou le gênent, par esprit d’opposition ou tout simplement pour s’amuser. Pas de quoi en faire un fromage et encore moins de le passer à la moulinette.

Faut-il sanctionner ?

« Si j’avais puni Manon au lieu de chercher à comprendre ce qui se cachait derrière son bobard, je n’aurais jamais su qu’elle avait vu son voisin frapper son chien et je n’aurais pas pu lui expliquer que c’était effectivement un geste détestable », explique l’institutrice maternelle. Je n’aurais d’ailleurs pas pu non plus lui expliquer qu’accuser sa maman à tort n’était pas une bonne idée, parce que cela pouvait lui causer des problèmes. »
Sachant que les mensonges de nos enfants sont une étape de leur évolution et qu’ils visent à nous faire passer un message, il est important de les considérer comme une opportunité d’apprentissage et non comme un problème. Il faut savoir que dire la vérité est quelque chose qui s’apprend au fil des années, et que ce n’est donc pas inné. Ce sont vos réactions et vos explications qui vont progressivement leur donner une ligne de conduite, en fonction des règles et des valeurs que vous allez leur transmettre. Adoptez dès lors une réaction calme et réfléchie, et posez-vous la question du message que vous voulez lui faire passer.
Le punir alors qu’il cherche à donner du sens à un événement qui l’a marqué ? Vous passeriez à côté d’une belle occasion de rassurer votre petit bout et de valoriser le fait de dire la vérité.
Le sanctionner alors qu’il espère réellement vous convaincre que Marcel le hamster a cassé la vitre du salon après avoir piqué son ballon de foot ? Si votre loulou cherche à couvrir une bêtise, posez-vous plutôt la question de savoir si la dernière de ses maladresses n’a pas provoqué une réaction trop forte de votre part, de quoi le pousser à vous mentir à nouveau pour ne plus éveiller votre colère. N’essayez pas à tout prix de lui faire dire la vérité, dites-lui plutôt : « Je ne crois pas que Marcel ait pu casser la vitre. Je pense que tu as plutôt peur que je me fâche ». Expliquez-lui ensuite que dire la vérité est très important pour vous, valorisez la réaction positive qui est de ne pas cacher ses erreurs ou ses bêtises, plutôt que d’insister sur le mensonge.
Si l’objectif de votre enfant est d’attirer votre attention, la meilleure manière de le dissuader de recommencer est de ne pas lui accorder l’attention qu’il recherche. Il n’empêche qu’il est intéressant de vous poser la question de savoir pourquoi il a tant besoin de se faire remarquer. Se sent-il seul ? A-t-il besoin d’être rassuré sur sa valeur, sur le fait qu’il n’a pas besoin de devoir raconter des histoires abracadabrantes pour être digne d’intérêt ? Gardez toujours à l’esprit que les tout-petits ne vivent pas dans la même réalité que les adultes et qu’ils n’ont pas d’intention malveillante. Ils tentent simplement de donner du sens au monde qui les entoure et ont besoin d’être aiguillés, avec patience et bienveillance.

Julie Robin

Pas de panique !

L’AMI IMAGINAIRE

« Maxence me parlait depuis quelques semaines de son nouveau copain, un certain Paul, avec qui il semblait passer le plus clair de son temps. Paul lui prêtait son ballon, Paul partageait son goûter, Paul lui tenait la main dans le rang. Jusqu’au jour où sa maîtresse m’a appris qu’il n’y avait pas de Paul dans sa classe... ». L’ami imaginaire n’est ni une manifestation d’un trouble psychique, ni la preuve d’un mal-être, c’est tout simplement une source de réconfort et de créativité chez l’enfant. En s’inventant un compagnon fictif, le petit bout se crée un double avec lequel il dialogue, avec lequel il partage ses émotions. Il se projette et se construit.

Mensonges précoces, signe d’intelligence ?

Des chercheurs canadiens de l’Institute of Child Study de l’Université de Toronto qui ont étudié 1 200 enfants âgés de 2 à 17 ans affirment que plus un enfant commence à mentir tôt, plus il sera intelligent à l’âge adulte. De quoi réconcilier tous les parents avec leurs jeunes baratineurs en herbe.

Le Dr Kang qui dirige l’équipe affirme que presque tous les enfants mentent et que c’est le signe qu’ils ont atteint une étape importante de leur développement cognitif. Lors de l’étude, seulement 1/5 des enfants âgés de 2 ans étaient capables de mentir, mais ce taux grimpait à 90% pour les enfants de 4 ans ! Et à 12 ans, les enfants savaient tous mentir.
Il semblerait que formuler un mensonge nécessite un processus psychologique complexe et que ceux qui en sont capables ont achevé une étape importante de leur développement. De là à tomber dans les excès du genre « Comment Louis... le poisson rouge a mangé les biscuits au chocolat ? Rhooo mon chéri, tu es un génie ! », il n’y a qu’un pas. Et pourtant, si les mensonges de nos petits doivent plutôt nous faire sourire que nous faire trembler, il importe de ne pas les encourager dans cette voie.
Si la formulation de bobards et autres inventions farfelues fait partie du développement normal et sain de l’enfant, il ne faut pas non plus le pousser vers le mensonge pathologique. Rappelons-nous que notre rôle de parent est de préparer nos bambins à leur vie d’adulte et que le mensonge n’est pas, la plupart du temps, souhaitable dans notre société. Quoique, pensez-vous, ils peuvent parfois être très utiles dans certaines circonstances. Rassurez-vous, en grandissant, les enfants comprennent vite qu’il y a mensonge et mensonge…
Entre-temps, à nous de leur fournir le mode d’emploi de base. Et pour ce faire, rien de tel que de leur donner le bon exemple. Comment ça, vous ne mentez jamais ?

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