16/18 ans

Elles sont mères… et adolescentes

« Petits enfants, petits soucis ; grands enfants, grands soucis », entend-on souvent. Et si ce grand souci prenait la forme d’une préoccupation d’adulte, que certain(e)s ados doivent affronter prématurément : avoir un enfant ?

Elles sont mères… et adolescentes

Tout parent y a déjà pensé avec un frisson dans le dos : « Et si ma fille tombait enceinte à 14 ans ? », « Et si mon fils devenait père à 16 ans ? ». Un cauchemar pour beaucoup, qui peut devenir réalité. Une réalité qui tourne malheureusement parfois au cauchemar. Et pour cause, puisque si certaines adolescentes ont la maturité pour endosser le rôle de maman à 18 ans, elles sont encore pour la plupart des enfants, même si le problème se pose très différemment selon qu’une jeune fille tombe enceinte à 13 ou à 16 ans. C’est en tout cas ce que constate le médecin sexologue Dominique Roynet, qui pratique l’IVG (interruption volontaire de grossesse) en planning familial.
« Les grossesses précoces chez de jeunes adolescentes sont souvent l’expression d’un manque, nous dit-elle. Que ce soit un manque d’éducation, un manque d’argent, un manque de scolarité, un manque de repères, un manque de famille, un manque de tendresse, un manque de reconnaissance sociale, ou encore un manque d’estime de soi. »
Et à l’âge où nos ados sont animés d’un grand désir d’autonomie, assorti de comportements impulsifs, pas évident de cadrer nos jeunes imbibés d’hormones, au moment de la découverte de la sexualité. Car l’âge moyen des premiers rapports sexuels en Europe se situe entre 15 et 16 ans, qu’on se le dise !

Quel avenir pour ces mères-enfants ?

Jacinthe avait 15 ans lorsqu’elle s’est retrouvée enceinte par accident de son premier petit copain. Ensemble, ils ont choisi l’avortement, sans en parler à leurs parents : « Je n’étais absolument pas prête à être maman, je ne suis d’ailleurs plus en couple avec mon copain de l’époque ». Un choix qu’elle ne regrette pas, même s’il restera à jamais inscrit en elle. Une histoire qui finit bien pour la femme mûre qu’elle est devenue aujourd’hui, et qui goûte aux joies de la maternité… par choix.
Mais l’histoire ne finit pas toujours aussi bien pour ces jeunes mères, notamment celles qui décident de poursuivre leur grossesse jusqu’au bout. Le docteur Roynet constate qu’environ une grossesse précoce sur deux n’est pas interrompue et les pronostics sont difficiles pour ces jeunes adolescentes qui décident de garder malgré tout leur bébé.
« Le problème est qu’elles manquent souvent de ressources adultes autour d’elles, de structures familiales et d’institutions empathiques. Et puis, paradoxalement, si le père reste présent, le pronostic est moins bon : un deuxième bébé suit rapidement et met souvent fin à la scolarité. »
Ce n’est en fait pas réellement le jeune âge de la mère qui constitue la source du problème, mais les conditions de vie liées à la situation sociale et financière de celle-ci. Et les risques pour elle sont multiples : échec scolaire, errance sociale ou encore absence de stabilité. Certains facteurs augmentent par ailleurs les risques, à savoir un niveau socio-économique bas, un manque de communication entre les parents de la jeune fille ou encore la drogue et l’alcool qui abaissent l’âge des premiers rapports sexuels.

Prévenir plutôt que guérir

Sensibiliser les jeunes par de l’information et la mise à disposition de mesures contraceptives reste donc toujours essentiel. Mais comment faire quand on est parent et qu’on craint de ne pas respecter l’intimité de son adolescente ou son adolescent ?
Marie a offert à sa fille de 13 ans des livres explicatifs sur la sexualité. Stéphane, quant à lui, a rempli un tiroir de la maison de préservatifs à l’intention de ses trois fils, histoire qu’ils apprennent à les manipuler librement. Chaque parent peut adopter la formule qui lui convient pour aborder le sujet avec ses enfants, pourvu que le dialogue puisse s’établir. C’est par la prévention et l’information dans les foyers, dans les plannings familiaux, dans les milieux pour les jeunes ou au travers de campagnes à grande échelle que les ados apprendront à adopter des comportements responsables et adaptés.
« L’éducation à la vie affective et sexuelle dans les écoles est fondamentale, il faut parler du sexe et lui donner une image positive le plus vite possible », conclut le docteur Roynet. Et de rajouter qu’« il ne faut, par contre, pas rêver. Ces cours ne règleront pas le problème des grossesses précoces pour autant. Les jeunes ados enceintes ne sont pas ignorantes, elles connaissent souvent les différents modes de contraception, le problème est bien plus complexe. »
Mais si le sexe occupait une place plus grande, plus libre et sans tabou dans l’éducation à la maison comme à l’école, si on disait aux jeunes que la sexualité est une pratique belle et naturelle, mais accompagnée de conséquences et donc de responsabilités, il y aurait peut-être moins de grossesses non désirées…

Julie Robin

Des chiffres

En Belgique, 55 % des filles entre 10 et 14 ans et 45 % de celles entre 15 et 19 ans qui ont eu recours à l’avortement n’utilisaient aucune contraception. Plusieurs facteurs l’expliquent.

  • La peur de l’examen gynécologique que les jeunes filles pensent obligatoire pour se faire prescrire la pilule.
  • L’interdit lié à la sexualité. Pourquoi se protéger alors que l’acte sexuel est interdit par les parents ?
  • La fausse croyance qu’on ne tombe pas enceinte si facilement.
  • La perception du refus du parent que l’adolescent utilise une contraception comme un contrôle sur sa vie sexuelle.
  • La volonté de ne pas déplaire au partenaire (pour le préservatif).
  • Le désir d’être enceinte.

Bon à savoir

Dans les centres de planning familial, l’examen gynécologique n’est pas un prérequis obligatoire pour se faire prescrire une contraception. Si le coût des moyens de contraception est un frein à leur utilisation, il est utile de savoir que les moins de 21 ans peuvent s’en procurer gratuitement.
Pour en savoir plus, rendez-vous sur le portail des centres de plannings familiaux agréés à Bruxelles et en Wallonie.

Zoom

LES ÉTAPES POUR METTRE UN PRÉSERVATIF

  1. Vérifier la date de péremption. Il n’y a aucune différence visible entre le préservatif périmé et celui qui ne l’est pas, mis à part que le périmé est devenu poreux donc inefficace.
  2. Vérifier le label de qualité (le sigle de la Communauté européenne sur l’emballage). Certains préservatifs vendus notamment en sex-shops et n’ayant pas ce label n’ont aucune efficacité contre les risques de transmission des IST (infections sexuellement transmissibles). Ils n’ont qu’une fonction ludique.
  3. Vérifier l’emballage. Si celui-ci est abîmé, il y a des risques sérieux pour que le préservatif qu’il contient le soit aussi.
  4. Ouvrir l’emballage avec les mains aux petites encoches prévues. Ne pas utiliser des ciseaux ou des objets coupants. Le préservatif est extrêmement fin pour ne pas perdre en sensation, il est donc très fragile. Attention aussi aux ongles lorsqu’on le sort de l’emballage.
  5. Pincer le réservoir pour le vider de son air. Si le réservoir contient de l’air, il risque de craquer au moment de l’éjaculation puisque la pression dans le réservoir deviendra trop forte étant donné que l’air ne saura pas s’échapper.
  6. Placer le préservatif sur le sexe en érection tout en pinçant le réservoir.
  7. Dérouler le préservatif sur le sexe en allant jusqu’au bout, c'est-à-dire jusqu’à la base du sexe. Dans le cas contraire, le préservatif pourrait se retirer pendant le rapport.
  8. Si nécessaire, rajouter du lubrifiant spécial pour préservatif, c’est-à-dire du gel à base d’eau. Il faut savoir que le latex ne supporte aucune matière grasse, cela le rend poreux.
  9. Après l’éjaculation se retirer en tenant le préservatif. À faire directement car le pénis diminue de volume, ce qui permet aux spermatozoïdes et aux virus éventuels de sortir du préservatif.
  10. Enlever le préservatif et le jeter.
  11. Un préservatif par rapport sexuel et par personne. Il sera donc nécessaire de mettre un nouveau préservatif si l’on change de partenaire en cas de rapports multiples. Même s’il n’y a pas eu d’éjaculation, il faudra jeter le préservatif utilisé, même si on reprend un rapport avec la même personne.

En salle

À découvrir, sur le thème de la grossesse précoce : Keeper (de Guillaume Senez, en salle le 9 mars 2016), un film juste et émouvant. Maxime et Mélanie s'aiment. Ensemble, ils explorent, avec tendresse et maladresse, leur sexualité. Quand Mélanie apprend qu'elle est enceinte, Maxime accepte mal la nouvelle, mais se fait peu à peu à l'idée de devenir père et convainc alors Mélanie de garder l'enfant. C'est maintenant décidé : du haut de leurs quinze ans, Maxime et Mélanie vont devenir parents.