3/5 ans

En classe d’accueil à 2 ans et demi,
oui mais…

Le boom démographique que connaissent certaines communes bruxelloises a de lourdes conséquences sur les écoles et ce, dès la maternelle ! Celles-ci manquent de places ! Alors, pour être certains d’en avoir une pour leur enfant, la plupart des parents l’inscrivent à 2 ans et demi en classe d’accueil.

En classe d’accueil à 2 ans et demi, oui mais…

Pourquoi les parents inscrivent-ils leur enfant à l’école en classe d’accueil ? Pour répondre à cette question, il suffit de faire un simple comparatif entre le coût de l’école, qui accepte un enfant à partir de 2 ans et demi et partiellement gratuite, et celui de la crèche, qui prend les enfants jusqu’à leurs 3 ans mais qui est payante. Ajoutons à cela que le manque de places en crèches pousse les responsables de ces dernières à faire le forcing auprès des parents pour que les plus âgés laissent de la place aux bébés.
Mais derrière cela, une autre question se pose : tout enfant de 2 ans et demi est-il prêt pour l’école ? Trois chercheuses du Fraje ont mené l’enquête à propos du respect des rythmes et des besoins de ces petits en étudiant le déroulé d’une journée, les espaces utilisés et la communication entre les professionnels concernés (1).

Un enfant global

« À 2 ans et demi, un enfant devrait être pris en compte dans sa globalité et non saucissonné ou découpé à travers des temps, des espaces, des personnes, différents tout au long de la journée, explique Marie Masson, psychologue. Et ce, parce que, généralement, ce n’est qu’autour de 3 ans qu’un enfant acquiert une conscience identitaire, parle de lui en disant ‘je’, par exemple. Mais pour arriver à cette conscience de lui-même séparé des autres, il a besoin d’un maximum de continuité, donc de faire du lien, du sens, à travers les différents événements de sa journée. »
Concrètement, ces petits ont besoin d’un espace continu ou d’espaces suffisamment rapprochés, en lien les uns avec les autres. Ce n’est pas le cas dans les écoles concernées par la recherche : les espaces (classe, réfectoire, accueil, toilette, sieste…) sont disparates, parfois même situés à différents étages. Pas de continuité spatiale, donc.
La continuité temporelle, avec des moments reliés entre eux, n’existe pas davantage : accueil, classe, récréation, repas, sieste, garderie, extra-scolaire… Un temps en remplace un autre, sans lien entre eux.
La continuité affective est à son tour battue en brèche. Les personnes en charge des enfants sont multiples : institutrice, puéricultrice, psychomotricien et, quel que soit le nom qu’on leur donne, personnes accueillant les enfants le matin, surveillant les récréations, le dîner, la sieste, la garderie ou encore animant des activités extra-scolaires… Non seulement ces personnes sont nombreuses, mais elles peuvent changer si elles ont un statut précaire, ce qui est le cas pour nombre d’entre elles. « On est donc loin d’un soutien par quelques adultes réguliers, stables, bienveillants et en lien », conclut Céline Bouchat, anthropologue.
Conclusion : les enfants vivent des temps découpés, dans des espaces différents en étant pris en charge par des adultes aux parcours, formations, statuts et contrats tout aussi variés. Même si certains professionnels peuvent être très inventifs pour tenter de créer sens et continuité, les moyens à leur disposition sont limités. Un exemple : comment apprendre la propreté quand les toilettes sont à trente mètres de la classe ?

Quelles conséquences ?

 « À cet âge, commente Marie Masson, l’enfant a véritablement besoin du ‘care’, comme disent les Anglo-saxons, c’est-à-dire d’un soin global et individualisé. Ce devrait être la mission transversale de tous les adultes prenant l’enfant en charge. Or, elle n’est même pas discutée, soit les pros - les puéricultrices, par exemple - l’ont en tête mais il n’y a pas de discussion au niveau institutionnel, soit il n’y a ni espace ni temps de communication prévus. Chacun fait ce qu’il croit devoir faire de son côté, sans discussion des pratiques professionnelles, sans garantir une globalité de l’accueil de l’enfant. »
Qu’il s’agisse de la propreté (langes ou pas), du doudou (accepté ou non), de la tétine (bannie ou permise), chaque personne applique ses propres règles. Pourtant, les échanges devraient être continus tant ces sujets sont terriblement importants pour les petits.
Quelles seront les répercussions de ces ruptures dès les premiers pas dans le milieu scolaire sur le développement futur de l’enfant ? Les chercheuses posent quelques hypothèses : « Probablement plus de stress, de comportements agressifs, peut-être de phobies scolaires ou encore un manque de confiance en soi parce qu’on attend de l’enfant des choses qui ne sont pas à sa portée ».
D’autres études, à plus grande échelle, devront être menées pour confirmer ou affirmer les premiers éléments de la recherche bruxelloise. En attendant, maman et papa peuvent aider leur petit en l’accompagnant au jour le jour dans cette nouvelle aventure qu’est l’école (voir encadré ci-dessous).

(1) Cette enquête concerne cinq écoles de différents réseaux (hors écoles maternelles autonomes et à pédagogie active) situées dans des communes bruxelloises où le boom démographique est manifeste. Les conclusions de cette enquête ne peuvent donc pas être généralisées à toutes les écoles de la Fédération Wallonie-Bruxelles où la situation peut être (très) différente.

Thérèse Jeunejean

En pratique

Parents, créez des repères !

  • Demandez à faire le tour de l’école, à rencontrer ceux et celles qui auront l’enfant en charge ou au moins à connaître leur prénom et leur rôle.
  • Rassurez l’enfant en énumérant pour lui la succession des temps, des lieux, des personnes.
  • Permettez au petit d’emmener doudou et tétine dans son cartable même s’il ne peut les sortir à l’école à tout moment. Expliquez-lui la règle : « Madame dit que c’est parce que tu deviens grand et que si tout le monde prend son doudou, c’est compliqué. Mais il est avec toi et tu pourras le sortir en quittant l’école ».
  • Parlez avec l’enfant et donnez-lui l’occasion de mettre des mots sur ce qu’il vit et ressent.
  • Osez aborder les problèmes avec Madame (ou Monsieur) et essayez de trouver des solutions ensemble.
  • Quand c’est possible, réduisez le temps passé à l’école. De longues journées ne facilitent pas l’adaptation de l’enfant.
  • Mettez dans la poche de votre petit(e) une poignée de bisous, petits papiers illustrés d’un baiser, d’une bouche. Ou une photo de maman, de papa…
  • Aidez-les à être autonomes avec une boîte à tartine simple à ouvrir et des vêtements faciles à porter…
  • Et puis, si c’est possible, pourquoi ne pas attendre 3 ans pour l’inscrire à l’école ?

Zoom

La place du doudou à l’école

L’avis de Céline Bouchat, anthropologue : « On dit que le doudou gêne, qu’il dérange, qu’il est un empêcheur de relations. Mais l’enfant qui est mal ne peut pas être dans la relation ! Il faut débattre de la place du doudou : pas pendant qu’on fait de la peinture, d’accord ; mais pourquoi pas à d’autres moments ? Avec une règle claire. Et quand l’enfant ne l’a pas, qu’il soit disponible pas très loin de lui, pas caché au-dessus d’une armoire pour être repris pour rentrer à la maison. Le doudou, c’est l’assurance-vie de l’enfant au niveau de son développement affectif. »

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Une journée en classe d’accueil

Il est 8h30 et les enfants de la garderie sont en classe avec Madame Nathalie. « Bonjour Louise ! Bonjour Marius ! ». L’institutrice a un mot pour chaque « petit » en accueil ou « grand » de 1re maternelle. Un bisou à Madame, la mallette dans un bac, les tartines dans un autre et les enfants se dirigent vers la table des marqueurs, des briques ou des autos.

 

La maternelle par le trou de la serrure

Vous courez, retenez in extremis la porte de l’école qui se referme à quelques secondes de l’heure fatidique, vous embrassez votre petit, le laissez à sa Madame, puis foncez vers de nouvelles aventures. Pause ! Quel parent ne rêve-t-il pas de savoir ce qu’il se passe ? Comment se déroule la journée de son marmot ? Que dit-il, que fait-il, que pense-t-il ? Nous vous proposons une plongée dans le quotidien de votre petite chose adorable, par le petit bout de la lorgnette. Chuuut, pas si fort, ils vont vous entendre…