Vie de parent

En coloc’ avec mon enfant :
une nouvelle famille ?

Septembre rime souvent avec emménagement dans une nouvelle coloc… et pas que pour les étudiants. Certains parents aussi s’y mettent. Plus d’une coloc’ sur dix abrite des parents en Région bruxelloise. Ils font ce choix pour des raisons financières dans un premier temps. Mais très vite, c’est la solidarité et la chaleur d’une nouvelle famille qui les enveloppe. Une nouvelle façon de voir la famille ? On a posé la question à Salvatore D’Amore, enseignant, chercheur à la faculté de psychologie et de sciences de l’éducation à l’ULB. Il est spécialisé sur la clinique de l’enfant, de l’adolescent et de la parentalité.

En coloc’ avec mon enfant : une nouvelle famille ?

Le Ligueur a rencontré des mamans solos qui vivent en colocation avec d’autres adultes et leur·s enfant·s une semaine sur deux. Peut-on considérer tous les habitants de cette colocation comme formant une famille ?
Salvatore D’Amore
: « Qui peut donner une définition unique, aujourd’hui ? Elle est multiple. Chaque famille décide si elle en est une et ce qu’elle doit faire pour l’être. En théorie, une famille est un système émotionnel qui répond aux besoins de sécurité, d’attachement, mais aussi d’autonomie et de socialisation de ses enfants. Aujourd’hui, les familles varient selon trois axes principaux : la culture, le genre et l’orientation sexuelle des parents. À partir du moment où elle fait grandir l’enfant en promouvant sa sécurité et en même temps sa liberté, c’est une famille. »

Peut-on définir une famille comme étant un ensemble de gens qui vivent sous le même toit ?
S. D. : « Oui, le toit regroupe une famille, mais les enfants actuels peuvent avoir plusieurs toits. Quand une famille se sépare et se recompose par ailleurs, un enfant peut avoir plusieurs toits et donc plusieurs familles. »

Et dans le cas d’une maman solo qui vit en colocation avec sa fille une semaine sur deux ?
S. D.
: « On constate que les mamans s’appauvrissent davantage que les papas suite à un divorce ou une séparation. Elles n’ont souvent pas les moyens économiques pour se payer un appartement. Souvent, elles ne veulent pas rentrer dans leur famille, car cela voudrait dire qu’elles reprennent leur rôle de fille qui n’est peut-être pas conciliable avec celui de parent. Elles cherchent donc à maintenir une certaine forme d’autonomie. La colocation peut être un bon moyen communautaire de s’inscrire dans une nouvelle habitation. Cela lui permet d’avoir du soutien des colocataires. C’est une forme de solidarité que la famille nucléaire a perdu au fil du temps. Les nouvelles familles communautaires définissent davantage les titres et fonctions de chacun. »

Vous remarquez dans vos entretiens que les parents solos en colocation sont plus nombreux qu’avant ?
S. D.
: «: Oui, tant dans la recherche qu’à la clinique, les nouvelles familles se redéfinissent. Beaucoup de familles se demandent aujourd’hui si c’est opportun de s’installer dans une maison unifamiliale ou bien de vivre dans un bâtiment communautaire reprenant plusieurs familles avec des enfants, une sorte d’habitat groupé. »

Quand un enfant vit avec plusieurs adultes, comment être clair avec le projet éducatif ?
S. D.
: « C’est un défi d’élever des enfants dans le cas où deux parents vivent sous le même toit mais ne sont pas en couple. Ils doivent faire en sorte de devenir une équipe sans pour autant avoir un lien conjugal. Si chaque duo parent-enfant fait sa vie de son côté, il y a une sorte de liberté qui peut rassurer, car chacun fait comme il le souhaite. Mais en même temps, ça mine le sentiment de communautarisation et du lien qui se crée dans le cadre de ce projet. Il ne pourra donc pas durer très longtemps.
Dans le cas où il n’y a qu’un parent et son enfant dans une colocation, les autres colocataires peuvent soutenir le parent. Le colocataire est responsable en tant qu’adulte pour protéger l’enfant en cas de souci. Mais je ne pense pas qu’il ait son mot à dire sur l’éducation de l’enfant sans en avoir parlé avec les parents. Il peut simplement devenir une ressource pour l’enfant et la mère ou le père. »

Si un parent vous demande si c’est une bonne idée de vivre en coloc’ avec un enfant, que répondez-vous ?
S. D.
: « D’abord, j’essaye de comprendre la situation actuelle du parent, son histoire, le lien avec sa famille d’origine et quelles sont ses ressources. Les parents traversent trois écueils principaux : la charge éducative, la solitude et la question économique. Si la colocation peut répondre à ces besoins, pourquoi pas. C’est plutôt une bonne idée. Il est important de ne pas avoir un regard normatif sur les relations familiales et de respecter l’unicité de chaque famille qui essaye de continuer à répondre à ses besoins. Je considère tout de même que la colocation reste un projet transitoire… Par contre, un immeuble communautaire avec plusieurs appartements où chacun a son propre espace peut plus facilement se pérenniser. »

Marie-Laure Mathot

En savoir +

Les abonnés l'ont reçu dans leur boîte au lettre. Les internautes peuvent poursuivre la lecture. Le Ligueur a poussé les portes de plusieurs colocations de parents. Adeptes de ce que certains appellent le cotoiturage. Qui sont-ils ? Comment s'organisent ces parents ? On vous dit tout ici.