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Enfant agressé : le self-défense,
une fausse bonne idée

Renaud rentre de l'école la tête basse et file s'enfermer dans sa chambre. Son problème ? Dans le bus, deux « grands » ont fait main basse sur son iPod… Eh oui, celui-là même que vous lui aviez offert pour son 14e anniversaire la semaine précédente ! « Comment réagir ? » interrogeait ce même numéro du Ligueur. Vous, vous faites ni une ni deux, vous prenez votre téléphone et l'inscrivez à un cours de self-défense, histoire qu'il puisse se défendre la prochaine fois. Bonne idée ?

Enfant agressé : le self-défense, une fausse bonne idée - Thinkstock

La petite délinquance ou les incivilités ont régulièrement leur place dans les journaux et nous font en général, soyons honnêtes, peu ou prou réagir. Vague soupir chez les uns, haussement de sourcil chez les autres, lamentations chez les troisièmes et puis on passe à autre chose. Mais quand c’est notre propre enfant qui est victime, la réaction en tant que parent est prompte. Entre instinct de protection et projection de nos peurs, on se dit qu'il est urgent de donner des armes à son « petit » pour qu'il puisse faire face.
Certains choisiront de donner à leur enfant des outils plutôt « doux », comme le verbe, redoutable quand on sait bien s'en servir. D'autres prendront des options plus musclées et se tourneront vers les arts martiaux ou de combat. Parmi ceux-ci, les plus prisés sont le karaté, le kick-boxing, le self-défense ou encore le krav maga. Petite précision pour cette technique de combat rapproché utilisée par les forces spéciales de nombreux pays et très à la mode actuellement : il ne faut pas oublier que c'est avant tout un outil de travail pour des soldats aguerris dont deux des principes fondateurs sont que tous les coups sont permis et qu'ils sont focalisés sur des cibles anatomiques comme les yeux, la nuque, la gorge, les parties génitales…

Le self-défense, inutile immédiatement

« Autant le dire tout de suite et clairement, c'est quasiment inutile, explique Thierry Guinodeau, professeur de karaté et de self-défense. Premièrement : parce que la maîtrise des techniques, même les plus basiques, demande du temps, et quand je dis du temps, c'est plusieurs mois, voire plusieurs années. Deuxièmement : parce que lors d'un vol de GSM ou de lecteur MP3, tout va souvent trop vite pour qu'on puisse appliquer ce qu'on a appris. Pour avoir le bon réflexe, il faudrait faire comme les sportifs de haut-niveau, à savoir répéter quotidiennement les mêmes gestes. »
Par contre, le professeur de karaté recommande la pratique des arts martiaux pour gérer les situations de stress que sont les agressions. « À défaut de pouvoir battre son adversaire sur le terrain de la violence, on peut rivaliser - et souvent gagner ! - sur le plan mental. Savoir maîtriser ses émotions, faire preuve de calme peut déstabiliser complètement l'agresseur ou du moins permettre de rentrer en relation avec lui pour désenclencher le processus de violence. Je ne dis pas qu'il n'y aura pas de vol de GSM à l'issue de l'agression, mais on pourra peut-être éviter de recevoir des coups, ce qui en soi est une victoire. »
Que faire alors, lorsque son ado se fait dérober un GSM ou un MP3 ? La réponse la plus pratique vient de la police : déposer plainte le plus vite possible en fournissant le maximum d'éléments. Par là, on entend aussi bien la description des agresseurs que des précisions sur l'appareil volé comme la référence et le numéro de série. Pour les GSM, c'est l'IMEI, une sorte d'ADN propre à chaque téléphone, qu'il faut garder précieusement (ndlr : si vous ne le trouvez pas sur la facture ou la boîte du téléphone, tapez *#06# pour le faire apparaître à l'écran). « Ce n'est pas une garantie totale pour retrouver l'appareil dérobé, mais ces numéros sont encodés sur une base de données. En cas de saisie, on vérifie si les numéros de série correspondent à du matériel déclaré volé », explique un policier.
Le deuxième réflexe à avoir dans le cadre d'un vol de GSM est de penser à faire une déclaration de vol auprès de son fournisseur. Ceci permet de suspendre la ligne et donc d'empêcher l'utilisation du téléphone volé avec le forfait ou les crédits du propriétaire légal. Petite précision tout de même, la suspension de ligne est temporaire et n'est en aucun cas une procédure de résiliation de l'abonnement.

Agir aussi en prévention

Ces réactions et bons réflexes interviennent a posteriori, mais peut-être faut-il agir aussi en termes de prévention. L'utilité d'un Smartphone de type iPhone ou Blackberry pour un ado, quel que soit son âge, est très loin d'être évidente. Lui dira que c'est essentiel parce que tous les copains en ont un et que c'est un signe d'appartenance à la société d'aujourd'hui et à sa communauté. Seulement, en tant que parent, on peut légitimement se poser la question de savoir si arborer ostensiblement un GSM - ou un lecteur MP3 d'ailleurs - qui vaut plusieurs centaines d'euros n'est pas une sorte de provocation.
Pour trouver la bonne - ou moins mauvaise ? - solution, le débat est à sans doute à ouvrir en famille. Pour les plus jeunes des ados, il est normalement encore possible d'imposer ses choix (un GSM simple et un forfait limité). Pour les 16 ans et plus, la donne change et il sera sans doute plus question d'apprentissage de la gestion d'un budget… et de la société de consommation et de ses dérives.

Romain Brindeau

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