Vie de parent

« Enfin un petit coin
où je me sens bien »

Aujourd’hui, c’est la journée mondiale des toilettes. L’occasion d’arrêter de tourner autour du pot et d'aborder la question de l’insalubrité des WC dans les écoles. À Liège, des parents ont décidé de lever le tabou. Ils se mobilisent depuis plusieurs années pour améliorer le petit coin de la cour de récré de leurs enfants.

« Enfin un petit coin où je me sens bien »

 

« Ça pue ». « Y a du pipi partout ». « La planche est cassée ». « Je ne peux pas fermer la porte à clé ». « Y a pas de papier toilette ». « Pas de savon pour me laver les mains, pas d’essuie pour les sécher ». « Paul croit que le trou de sterput au sol, c’est l’urinoir du coup, y en a partout tout le temps »…

À l’école communale du jardin botanique à Liège, de nombreux enfants se plaignent auprès de leurs parents de l’état déplorable des toilettes. Il y a une petite dizaine d’années, Valérie, maman de Louise (12 ans) et de Léon (10 ans), a décidé de se mobiliser avec d’autres parents au sein de l’association de parents (AP) pour améliorer la situation. Ils étaient effrayés des conséquences de ces insalubrités sur leurs enfants.

« Certain·e·s ne voulaient plus du tout aller aux toilettes, explique la maman. Filles comme garçons se retenaient toute la journée, ne buvaient plus et développaient de gros problèmes urinaires comme des cystites à répétition ».

Un travail de longue haleine

Depuis quelques années, donc, l’AP ne cesse d’interpeller la direction de l’école ou son pouvoir organisateur (le conseil communal) pour tenter de faire bouger les choses. Le chemin a été long, semé d'embuches, cette AP a eu beaucoup de mal à se faire entendre.

«  Nous étions une nouvelle AP, la direction et les professeur·e·s étaient très craintifs vis à vis de nous au début. Par conséquent, quand nous proposions des projets d’amélioration, ceux-ci n’étaient pas retenus, car pas soutenus par l’école », explique Valérie. Par ailleurs, les budgets la ville de Liège étant limités, leur demande n’aboutissait pas.

L’intervention du Fonds Byx

En 2019, après avoir déposé pour la seconde fois un dossier qui présente leur projet intitulé « Enfin un petit coin où je me sens bien », cette AP obtient un financement du Fonds Byx et parvient ainsi à se faire reconnaître au sein de l'école. Ce fonds est géré par la Fondation Roi Baudouin et agit avec l’ASBL Question Santé dans le cadre du projet « Ne tournons pas autour du pot ».

Grâce à un accompagnement méthodologique, l’initiative aide les établissements scolaires en Fédération Wallonie-Bruxelles à rendre leurs sanitaires accueillants et faire de ceux-ci un endroit dans lequel les enfants peuvent trouver sécurité, confort, hygiène et intimité. En juin 2019, le projet de rénovation des toilettes de l’AP de Valérie était retenu et pouvait enfin commencer à se concrétiser.

« C’est mieux, mais il y a encore du boulot ! »

Aujourd’hui, bien que la mise en œuvre soit loin d’être simple et que la crise du Covid-19 mette en suspens l’avancement du projet, des améliorations peuvent être observées. Les toilettes ont été repeintes en blanc, les portes de WC en couleur, les éviers ont du savon (mais celui-ci manque encore régulièrement), la direction a mis en place une surveillance plus accrue et les élèves ont signé une charte dessinée qui leur explique le comportement à adopter quand on va au petit coin.

L’AP est satisfaite, mais ne compte pas en rester là. « L’idée n’était pas de se contenter de travaux superficiels qui durent un an ou deux, mais d’arriver à quelque chose de durable. Nous aimerions entre autres nous attaquer au revêtement du sol, car celui-ci absorbe toute l’urine. Pour ce faire, nous devons collaborer avec l’administration communale, ce qui prend beaucoup de temps, observe Valérie. Cela va mieux, mais il y a encore du boulot ! »

Un Manneken-Pis « Ne tournons pas autour du pot »

Si l’état des WC de l’école des enfants de Valérie s’est quelque peu amélioré, celui des toilettes dans de très nombreuses écoles en Fédération Wallonie-Bruxelles reste très problématique. L’initiative « Ne tournons pas autour du pot » demeure donc, plus que jamais, actuelle. Jusqu’à présent, elle a permis à 317 écoles du fondamental et du secondaire de bénéficier d’un soutien pour améliorer leurs toilettes et ouvrir la réflexion sur leur place dans la vie scolaire.

Pour marquer le coup de cette journée mondiale des toilettes, instituée en 2013 par l’ONU, le Manneken-Pis revêt d’ailleurs, ce 19 novembre et pour la seconde fois, un costume spécial à l’effigie de « Ne tournons pas autour du pot ». N’hésitez pas à aller le voir ou à consulter le très bon site de cette campagne, qui est aussi accessible aux enfants !

Alix Dehin

Un livre pour améliorer les toilettes à l’école

À l’occasion de la journée mondiale des toilettes, et dans le cadre de sa mission de sensibilisation, le Fonds Byx annonce la sortie du livre Améliorer les toilettes à l’école (Chronique sociale). Cet ouvrage établit des constats, parfois alarmants, autour de ce sujet. Il propose également une méthodologie testée et appliquée dans des centaines d’écoles en Wallonie et à Bruxelles, pour faire des toilettes de vrais espaces de bien-être pour tou·te·s les élèves. Il remet aussi au centre de l’attention les impératifs d’hygiène des mains, particulièrement cruciaux en cette période de crise sanitaire. Ce livre sera disponible en librairie dès le 26 novembre.

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