16/18 ans

Enquête : les ados face au sexe

Comment les jeunes vivent-ils leur sexualité ? Quelles sont leurs motivations ? Leurs valeurs ? Leur niveau d'information ? L'Observatoire de la santé du Hainaut a mené une enquête parmi des jeunes de 10 à 17 ans de cette province. Constat : les parents ne jouent qu'un rôle marginal en cette matière.

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Tous parlent d'amour, mais les garçons sont plus frivoles et, sans doute, moins respectueux. L'Observatoire de la santé du Hainaut, qui sonde régulièrement la population de la province pour évaluer sa santé, s'est intéressé cette fois à la manière dont les jeunes Hennuyers vivent leur sexualité.
Une enquête similaire avait déjà été menée en 2002-2003. Celle-ci a été réalisée en 2009-2010 auprès de 1 300 garçons et filles. Les données dont nous disposons déjà permettent de se faire une idée des évolutions au cours des huit années qui séparent les deux enquêtes.

50 % des filles et garçons de 16-17 ans disent ne pas avoir eu de relations sexuelles

L'échantillon a été réparti en parts égales entre des élèves de classes de 6e primaire (10-12 ans), de 2e (13-14 ans) et 4e secondaire (15-17 ans) de tous les réseaux d'enseignement.
Dans le groupe des 16-17 ans, la moitié (54 % des garçons et 50 % des filles) déclare ne pas encore avoir eu de relations sexuelles. 39 % des garçons et 34 % des filles déclarent en avoir déjà eu. Les autres ne répondent pas.

47 % des filles de 16 ans feraient l’amour pour faire comme les autres

Quelles peuvent être les motivations d'une relation sexuelle ? La plupart des jeunes (environ 90 %) citent l'amour, mais d'autres raisons sont en même temps avancées : l'attirance ou le désir physique par 80 à 90 % des répondants.
Non négligeable non plus : la proportion de ceux qui pensent que la motivation peut être de « faire comme les autres ». Les filles sont nettement plus nombreuses que les garçons à citer cette raison : 34 % des filles de 13 ans, 34 % des filles de 16 ans n'ayant pas eu de rapports sexuels et 47 % des filles en ayant eu. Chez les garçons, ces taux sont respectivement de 20, 20 et 34 %.
En revanche, les garçons citent plus souvent la curiosité : 51 % des garçons n'ayant pas eu de rapport et 46 % de ceux qui en ont eu, contre 33 et 42 % chez les filles.

18 % des filles de 16 ans feraient l’amour par obligation

Plus étonnant est le fait qu'une part non négligeable des filles citent le fait d'y « avoir été obligée » comme une raison possible de passer à l'acte : 20 % des filles de 13 ans, 15 % des filles de 16 ans sans rapports sexuels et 18 % des filles de 16 ans ayant eu des rapports.
Bien sûr, fait remarquer le Dr Christian Massot, auteur de l'enquête, « cette question ne portait pas sur l'expérience personnelle des répondants, mais sur leur opinion quant aux motivations possibles. Et le terme 'obligé' ne signifie pas nécessairement viol, cela peut être aussi se sentir obligé pour ne pas perdre une relation. »
Il n'empêche que le fait qu'entre 15 et 20 % des filles y songent indique que la problématique de la contrainte dans les relations sexuelles et amoureuses est bien présente chez une partie au moins des jeunes filles. D'ailleurs, la proportion importante de celles qui citent « faire comme les autres », qui est une forme de contrainte sociale, est un autre indice de ce problème.
Les filles ont manifestement une approche différente de la sexualité : elles sont moins d'un tiers (30 %) à considérer que la notion d'amusement est importante dans une relation sexuelle, alors que la majorité des garçons (58 %) y répondent positivement. Cette proportion a fortement augmenté en huit ans chez les garçons, puisqu'elle était de 48 % en 2002-2003. Et seulement 5,5 % des filles accepteraient une relation sexuelle sans en avoir réellement envie, alors que les garçons sont 32,6 % à trouver cela tout à fait possible.

92 % des filles désignent les photos ou les films comme un abus

Quelles sont les circonstances susceptibles d'être considérées comme un abus en matière sexuelle ? L'acte sexuel obligé est perçu comme un abus par 95 % des filles (mais seulement par 84 % des garçons).
Assez symptomatique des pratiques actuelles, le fait de faire des photos ou un film non désirés est un abus cité presque aussi souvent que le viol : par 92 % des filles et 80 % des garçons.
Les caresses non désirées sont citées par 83 % des filles et 67 % des garçons, tandis que le refus du préservatif par le partenaire est cité par 38 % des filles et 35 % des garçons. Un seul abus est cité plus souvent par les garçons (30%) que par les filles (27%) : être obligé de s'embrasser sur la bouche...

43 % des filles de 16 ans citent le coït interrompu comme moyen contraceptif efficace

Qu'en est-il de la prévention des grossesses non désirées ? Seulement 2 % des filles et 4 % des garçons admettent qu'avoir moins de 19 ans est déjà un âge idéal pour avoir des enfants. Et très peu (3 % des filles de 16 ans) estiment que le fait d'avoir un enfant à l'adolescence pourrait être une manière de se sentir importante.
Le Hainaut reste cependant une province où le problème des grossesses à l'adolescence est plus marqué qu'ailleurs. On y a enregistré une moyenne de 115 naissances par an chez les moins de 18 ans de 2004 à 2010, soit 8,3 pour 1 000 naissances contre 5,8 pour 1 000 dans l'ensemble de la Fédération Wallonie-Bruxelles.
Dans l'ensemble, les filles sont nettement mieux informées que les garçons sur les méthodes contraceptives efficaces et, cette connaissance augmente avec l'âge et avec l'activité sexuelle. Par exemple, 77 % des filles de 16 ans ayant eu des rapports sexuels citent le préservatif comme un moyen de contraception efficace et 83 % la pilule contraceptive.
Mais, paradoxalement, une part non négligeable d'entre elles cite aussi comme efficaces des méthodes qui ne le sont pas du tout : 49 % des filles de 16 ans sexuellement actives continuent à penser que faire l'amour pendant les règles est une protection efficace et 43 % citent le retrait (coït interrompu).

6 garçons sur 10 croient que la pilule est efficace contre les IST

La connaissance des infections sexuellement transmissible (IST) est, quant à elle, très relative. Si le sida est connu de presque tous, les autres IST (syphilis, herpès, hépatite B, etc.) ne sont connues que par moins d'un tiers des jeunes.
Les rapports sexuels sans préservatif sont bien connus comme à risque d’IST par 95 % des jeunes. Mais 25 % croient encore qu'on peut contracter une IST dans l'eau d'une piscine et 40 % aux toilettes.
Quant à l'efficacité des moyens de protection contre les IST, si celle du préservatif est bien reconnue par la plupart, une grande ignorance continue à se manifester à l'égard des autres méthodes contraceptives, inefficaces contre les IST.
Si on prend les jeunes de 16 ans ayant déjà eu des relations sexuelles, les filles ont des lacunes moindres que celles des garçons, mais elles sont quand même 29 % à croire la pilule efficace contre les IST - tout comme près de 6 garçons sur 10 ! -, 40 % à croire à l'efficacité du stérilet et 60 % à se fier aux crèmes spermicides. Les résultats des garçons sont encore plus lamentables : plus de 70 % croient en l'efficacité du stérilet ou de la crème spermicide contre les IST.
De la connaissance de l'efficacité du préservatif à son usage constant, il y a encore un pas à franchir : 69 % des garçons de 16 ans disent utiliser toujours un préservatif, mais seulement 34 % des filles.

Jean-Paul Vankeerberghen

EN BREF

Le niveau d'information sur la sexualité est en légère augmentation en 2010, mais il reste encore pas mal de lacunes. Les comportements sont relativement stables dans le temps, mais l'utilisation effective du préservatif est encore loin des 100 %. Comme source d'informations en dehors de l'école, la mère continue à occuper une place importante, après les copains et copines, alors que le père reste en retrait.

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