Vie de parent

Vaccinations, rougeole : les Belges dédaignent leur santé

Alerte mondiale sur la résurgence de la rougeole. Réapparition des épidémies en Belgique. Fausses informations, méfiance, manque de suivi : malgré les recommandations claires de l’OMS, les Belges dédaignent leur santé, ils ne sont pas assez vaccinés. Et risquent le retour de maladies oubliées. « Il est urgent d’agir et se montrer solidaires », exhorte la pédiatre Liliane Gilbert.

 

Vaccinations, rougeole : les Belges dédaignent leur santé

C’est la Semaine européenne de la vaccination : du 24 au 30 avril, on informe, on explique, on démonte les fausses rumeurs. Et c’est vraiment nécessaire. C’est qu’en Belgique, un quart des parents ne vaccine pas comme il faut, contre la rougeole notamment. Si les premières doses sont administrées correctement, les rappels, qui doivent avoir lieu vers 11-12 ans, ne sont respectés qu’à 75 % en Fédération Wallonie-Bruxelles, alors qu’il faudrait une couverture de 95 % pour être à l’abri des épidémies.

Symptômes, transmission

De la température, les yeux qui pleurent, le nez qui coule, des petits boutons blancs dans la bouche, quelque chose ne tourne pas rond. Et ce matin, au bout de quatre jours, plus de doute : une éruption recouvre le corps d’Esteban. La pédiatre le confirme, c’est la rougeole. C’est sérieux.
La rougeole est une maladie virale extrêmement grave et contagieuse. L’homme est le seul réservoir du Morbillivirus à l’origine de la rougeole. Il se transmet essentiellement par voies aériennes : les sécrétions nasales et pharyngées émises lors de la toux et des éternuements, ou simplement en parlant. Gare aux mouchoirs, aux mains souillées par les postillons de salive ou aux surfaces contaminées. Le virus reste vaillant jusqu’à deux heures sur une surface inerte !
Les premiers symptômes peuvent ressembler à ceux d’un gros rhume, avec une conjonctivite. Ils sont rapidement suivis d’une forte fièvre, d’une éruption cutanée, d’un mal-être général et d’une toux. L’éruption commence au niveau du visage et du haut du cou, puis s’étend progressivement pour atteindre les mains et les pieds en trois jours. Elle va durer cinq à six jours environ. Les facteurs de risques que le médecin va déterminer : s’il y a eu un contaminateur dans l’entourage proche sept à quinze jours avant le début des symptômes, si l’enfant n’a jamais fait de rougeole auparavant et si le vaccin n’a pas été administré complètement.  

Gare aux vaccins incomplets

« La seule précaution valable, c’est la vaccination, assène sans hésiter Liliane Gilbert, et ce dès l’âge de 12 mois ; plus tôt si l’enfant a été en contact avec le virus. Deux doses seront administrées, en Belgique on effectue le rappel vers 11-12 ans. »
La vaccination est très efficace, avec une protection estimée à 90 % lors de la première dose, qui passe à 98 % lors du rappel. À l'AViQ (Agence pour une vie de qualité), Tiphaine Dedonder confirme : « Il y trop de cas de vaccins incomplets, y compris chez les adultes. Les rappels pour la deuxième dose atteignent à peine 75 % en Wallonie et à Bruxelles. Du coup, on constate un déplacement des cas de rougeole dans les tranches d’âge plus élevées (ados de + de 14 ans). Jusqu’ici, la moitié des cas déclarés auprès de la cellule de surveillance a été hospitalisée pour des complications. Les enfants de moins de 5 ans représentent tout de même un cinquième des patients, et nous déplorons des cas de contaminations même auprès des professionnels de la santé ».

Soyez solidaires : pensez aux autres !

Se vacciner, c’est prendre soin de soi, et des autres. Sur les réseaux sociaux, les publications se multiplient pour décourager les parents à vacciner leurs enfants. On y trouve même des allégations selon lesquelles le vaccin provoquerait la sclérose en plaques ou l’autisme.
« Je suis catastrophée lorsque je m’entretiens avec des parents qui prennent cette décision, explique la pédiatre. Et je constate que je dois le faire de plus en plus souvent. Les complications possibles sont multiples : otite, pneumonie, bronchite, convulsions ou encéphalites qui peuvent provoquer des séquelles irréversibles (retard mental, paralysies). N’oubliez pas que les femmes enceintes et les personnes immunodéprimées sont extrêmement à risques. Aux sceptiques, j’explique le concept de vaccination altruiste : on le fait pour protéger ses propres enfants mais également le reste de la population ! J’ai encore connu des salles d’hôpitaux pleines d’enfants atteints de rougeole, tant la maladie est contagieuse. »

Le business de la non-vaccination

Selon les informations relayées par certains sites qui défendent la « liberté vaccinale », il serait plus dangereux de vacciner ses enfants que le contraire. « Les gens ne se rendent pas compte de la gravité de cette maladie parce qu’ils n’y sont plus confrontés depuis longtemps, les efforts de vaccination ayant fait chuter les cas », poursuit Liliane Gilbert.
« Les informations relayées par ces sites sont parfois soutenues par des médecins et des avocats qui en profitent, c’est ce que j’appelle le business de la non-vaccination. Je comprends parfaitement la peur des parents, lorsqu’ils lisent tout ce qui pourrait arriver ! C’est pourquoi il faut continuer à faire œuvre éducative. En effet, après le vaccin, certains enfants font une petite réaction, de la température, ils sont moins bien entre le troisième et le quinzième jour après l’injection, mais cela n’est rien comparé à un cas de rougeole avéré. De plus, le vaccin est efficace à vie. Nous devrions être beaucoup plus présents car dans cet état d’esprit, toute autre maladie qui pourrait intervenir même longtemps après une vaccination peut lui être imputée ! »

Que faire pour éviter la propagation ?

► Vérifier son statut vaccinal
 : les deux doses offrent une protection élevée à vie.
► Déclarer les cas suspects : la rougeole est une maladie à déclaration obligatoire dès suspicion. C’est le médecin qui se charge de contacter la cellule de surveillance des maladies infectieuses de l’AVIQ, qui coordonne les mesures de prévention. Wallonie : surveillance.sante@aviq.be (071/205 105) ; Bruxelles : notif-hyg@ccc.irisnet.be (0478/77 77 08 - 02/552 01 67).
► Faites venir le médecin à domicile si vous soupçonnez un cas de rougeole. Se trouver simplement dans la même pièce qu’un malade suffit à être contaminé si on n’est pas protégé. À l’hôpital, il sera placé en confinement.
► Appliquer une éviction temporaire de la crèche, de l’école ou du travail, au moins jusqu’à quatre jours après la survenue de l’éruption.
► Mener une enquête pour identifier la source de la contamination et informer les personnes ayant été en contact de l’utilité des mesures préventives (vaccination dans les 72 heures du contact), par téléphone ou mail.

Aya Kasasa

Sur la toile

  • Soyez à jour grâce au site vaccination-info.be. Principes, calendriers, questions fréquentes : tout sur la vaccination en pratique en Fédération Wallonie-Bruxelles.
  • Visitez mongeneraliste.be, réalisé par la Société scientifique de médecine générale. Des médecins de famille donnent une information sérieuse, validée, indépendante de tout intérêt commercial sur la santé, les maladies et leur prévention. Pour protéger la collectivité, les crèches et autres endroits d’accueil de la petite enfance agréées par l’ONE vous demanderont de présenter un carnet de vaccination en ordre. Les vaccins obligatoires sont les suivants : poliomyélite, diphtérie et tétanos, coqueluche, Haemophilus influenzae de type b, la rougeole, la rubéole et les oreillons. Les vaccins fortement recommandés : pneumocoque, méningite à méningocoques C et hépatite B.
  • Des informations sur l’épidémie en cours sur le site de l’AVIQ, administration wallonne responsable des politiques majeures en matière de bien-être et santé, handicap et famille.
  • Des conseils sur le site de l’ONE

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