Vie de parent

Épuisement parental : osons en parler

La Ligue des familles lance une campagne sur le burn-out parental pour lever le tabou qui pèse dessus, déculpabiliser les parents et leur proposer un accompagnement adapté.

Épuisement parental : osons en parler

On a tous et toutes, à un moment donné, craqué devant nos enfants. Eux, trop fatigués et énervés. Nous, accablés par l’accumulation de choses à faire, à penser, à régler. Et puis, ça passe.
Nos enfants sont des soleils qui nous éclairent et nous emplissent d’énergie. Mais voilà, certains parents - des mères, surtout - n’en sortent pas. Au contraire, ils et elles s’enfoncent dans ce sentiment de perte de contrôle, de déconnexion et se retrouvent dans un état d’épuisement immense.

On ne peut pas démissionner de ses enfants comme on le fait d’un emploi quand ça ne va plus

Rongés par le sentiment d’être un mauvais parent, ils et elles endurent la culpabilité et la tristesse de ne plus supporter ses propres enfants. Ils et elles n’osent pas en parler. Encore aujourd’hui, c’est tabou de dire ouvertement qu’on ne parvient pas à être le parent dont on rêvait.

Le burn-out parental, mode ou maladie ?

La tendance à psychologiser ce qui nous arrive est dans l’air du temps. Un exemple ? La mise à toutes les sauces du burn-out. Mais voilà, là, c’est sérieux.
Le syndrome d’épuisement parental, dit burn-out parental, comprend plusieurs symptômes : l’épuisement physique, psychologique ou cognitif, la distanciation affective avec ses enfants et une perte d’épanouissement dans son rôle de parent. Le père ou la mère a le sentiment d’être mauvais et n’a qu’une seule envie : tout abandonner, s’échapper de son quotidien et de son rôle de parent.
Les impacts sur la santé mentale et physique peuvent être sévères, ainsi que pour les proches. Nous parlons bien ici d’une maladie qui exige un accompagnement et des soins appropriés. Pas moins. Et la question est complexe, plus encore que pour le burn-out professionnel : on ne peut pas démissionner de ses enfants comme on le fait d’un emploi quand ça ne va plus.
D’où ce sentiment d’être face à une situation inextricable, sans espoir de solution et sans personne à qui parler. Alors que le burn-out professionnel est reconnu par la Sécurité sociale comme un risque professionnel, rien de tel pour le burn-out parental.
Autant du côté social que médical, ce syndrome est peu connu, donc mal diagnostiqué et les réponses souvent inadaptées. L’UCL, pionnière, a développé une clinique spécifique mais ses services croulent sous les demandes.

Personne n’est à l’abri

Les recherches le démontrent, le burn-out parental touche potentiellement tous les parents : des femmes et des hommes, des monoparents et des couples, des parents en situation précaire et à hauts revenus, avec des tous jeunes enfants ou des ados, etc. Personne n’est à l’abri.
Le burn-out parental n’est pas non plus un phénomène marginal. Plus de 1 parent sur 5 a déclaré ressentir un risque de burn-out parental dans le Baromètre de la Ligue des familles de 2016. C’est considérable. Mais ce qui doit le plus retenir notre attention, ce sont les impacts de ce burn-out pour des familles qui cumulent d’autres difficultés comme la monoparentalité, la précarité ou l’isolement.
Le 23 avril dernier, nous avons organisé une table ronde avec des femmes monoparentales souffrant de burn-out parental. Elles nous ont dit le décalage entre leurs espoirs de vie de famille et la réalité qu’elles vivent. Elles nous ont parlé du poids du regard des autres, de l’impression d’être jugées en permanence, de l’impossibilité de se plaindre, de la perte d’estime de soi. Je cite Sarah, maman solo d’un petit garçon : « On devient maman 24 heures sur 24 et on se déshumanise ». Elles nous ont dit, aussi, craindre pour leurs enfants et la peur de commettre l’irréparable.
L’absence de solutions d’urgence, de réponses adaptées et d’accompagnement multidisciplinaire, mais aussi de réseaux d’entraide et de ressources accessibles, nous a sauté aux yeux. Nous ne pouvions rester sans rien faire.

Parentàbout.be, une campagne de la Ligue des familles

Le 20 octobre, la Ligue des familles dévoilera sa nouvelle campagne, L’épuisement parental, osons en parler, avec le soutien de Céline Fremault, ministre bruxelloise des Familles, en partenariat avec les Fédérations des centres de planning familial et l’UCL.
Des affiches seront déposées dans les lieux bruxellois fréquentés par les familles (crèches, consultations ONE, CPAS, etc.), un site web parentàbout.be est mis en ligne, des supports audiovisuels seront diffusés sur les réseaux sociaux et une conférence gratuite aura lieu le 23 novembre dans les locaux de la Ligue des familles.
L’opération a lieu uniquement à Bruxelles dans un premier temps, mais nous mettrons tout en œuvre pour offrir aux parents wallons des solutions similaires. L’objectif de cette campagne est double : prévenir et accompagner. Prévenir en aidant les parents à détecter les premiers signes pour agir à temps. Accompagner ceux qui en ont besoin dans les centres de planning familial bruxellois prêts à accueillir ces parents. Et surtout, sortir du tabou et oser en parler.

Delphine Chabbert, secrétaire politique de la Ligue des familles

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