6/8 ans

Espace-rencontres : un enfant et deux parents

Contacté par des personnes qui, pour différentes raisons, ne peuvent maintenir les relations affectives qu’ils souhaitent avec des enfants proches, le juge de la jeunesse peut décider que des visites, encadrées et soutenues, doivent avoir lieu dans un « espace-rencontres », un lieu neutre, une espèce de bulle, hors conflit, hors débat. Ce juge décide « en fonction de l’intérêt de l’enfant ».

Espace-rencontres : un enfant et deux parents - Thinkstock

Les cas de figures sont nombreux, tous différents les uns des autres. Par exemple, depuis plusieurs mois, Elsa n’a plus vu son papa. Après de nombreuses disputes, ses parents se sont séparés et la fillette vit chez sa mère. Au début, quand son père venait la chercher, sa maman n’aimait pas que sa fille parte, qu’elle voit son papa, elle pleurait et celui-ci était fâché… Finalement, il n’est plus venu.
Gabin vit chez ses grands-parents paternels, ses parents sont séparés et sa maman vit de graves problèmes d’alcoolisme.
Après la séparation, la mère de Marine et Jos s’est retrouvée sans logement. Elle vit chez des copines et ne peut accueillir ses enfants…
Les parents d’Alex et Alizée refusent que les grands-parents reçoivent leurs enfants. Ils estiment que cela leur fait du tort.

Éviter de se croiser

Avertis par le tribunal et en possession du jugement, les intervenants de cet espace-rencontres prennent contact avec les personnes concernées (parents gardiens, parents visiteurs, grands-parents, parfois un ex-beau-père, un frère, une tante ou encore un établissement où sont placés des enfants) et proposent un calendrier.
Ces espaces-rencontres peuvent être le carrefour où le parent gardien déposera son enfant sans croiser son ex-conjoint qui viendra le chercher un quart d’heure plus tard. Ou encore le lieu où un enfant, repris à l’école le vendredi par son père, sera ramené le samedi soir avant que sa mère ne vienne le rechercher.
L’espace-rencontres peut aussi accueillir, sur place, enfant(s) et adulte(s) pendant une heure ou plus. En fonction du jugement toujours, l’adulte peut ou non emmener l’enfant ailleurs, pour une durée déterminée.

Des rencontres preparées

Avant une première rencontre, une permanente de l’espace-rencontres accueille séparément enfant et adulte concernés, montre et explique le lieu, écoute les questions, tâche d’y répondre.
Lors d’un contact, un intervenant de l’espace-rencontres sera discrètement présent. Il ne se substituera pas aux personnes et n’interviendra que pour permettre une rencontre la plus sereine possible dans un cadre sécurisant psychologiquement et physiquement, dans un lieu neutre, protégé, différent des lieux de vie habituels de l’enfant et des parents.
L’objectif est ici que le lien se crée, se retisse ou se maintienne entre adulte et enfant, que le parent garde ou reprenne sa responsabilité. Le professionnel, lui, n’est ni juge ni médiateur ni psychologue. Il n’anime pas la rencontre, ne cherche pas à résoudre un conflit mais peut, par exemple, tendre une perche à un enfant timide, aider un adulte à rester calme…
Des entretiens de suivi peuvent avoir lieu, généralement séparément avec chaque personne concernée, tout au long de la prise en charge.
Ces espaces-rencontres interviennent généralement sur demande d’un tribunal de la jeunesse, parfois d’un service d’aide à la jeunesse (SAJ) ou d’un service de protection judiciaire (SPJ). Ils peuvent être spontanément contactés par des familles, mais cela se fait rarement. Parents et enfants sont accueillis en toute confidentialité. Mandatés par un tribunal, un SAJ ou un SPJ, les services doivent leur envoyer « une note informative », plus ou moins détaillée selon les arrondissements judiciaires.

Thérèse Jeunejean

EN SAVOIR +

Un espace-rencontres mobile

Fin 2012, Trimurti, l’espace-rencontres de l’arrondissement de Huy (chaque arrondissement judiciaire en possède un), a mis sur pied un projet pilote : le premier espace-rencontres mobile. Un camion aménagé permet ainsi à une ou deux familles de se retrouver le mercredi après-midi, le samedi ou le mardi soir. Une réalisation utile pour des personnes qui ne peuvent se déplacer facilement comme une maman handicapée, un père sans véhicule, voire deux parents vivant très éloignés l’un de l’autre.
Plus d’infos : mobile.trimurti@cof.be ou 0490/56 82 80.

À lire

  • Comment on s’parle ?! ou l’accueil des adolescents dans les services espaces-rencontres est édité par FESER, la Fédération des espaces-rencontres francophone. Un document proposant de nombreux témoignages faisant écho au vécu et au questionnement des adolescents concernés.
  • Autre brochure, destinée aux enfants : L’histoire de Sophie.
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